La sortie ratée de Rudolf Mayer

mayer.JPGLa sortie ratée de l’avocat de la défense, Rudolf Mayer, au procès de Josef Fritzl
Envoyé spécial à Sankt Pölten

C’est le grand jour. Josef Fritzl va enfin savoir s’il est reconnu coupable, comme il l’a lui-même avoué, du meurtre par négligence d’un des sept enfants nés dans la cave. La juge Andrea Humer lit les questions principales auxquelles les huit jurés vont devoir répondre. Josef Fritzl est-il coupable, d’avoir séquestré sa fille Elizabeth pendant 24 ans, de 1984 à 2008, de l’avoir violé tant de fois ? De lui avoir imposé une relation incestueuse pendant ces années ? Est-il coupable d’avoir maintenu enfermé chacun des sept enfants qu’il a eu avec sa fille dans ce réduit souterrain de 55m2 ?
La procureure, Christiane Burkheiser, ouvre les débats. D’un ton posé, elle rappelle brièvement les faits. « Notre but, assure-t-elle en montrant le volumineux code pénal autrichien, est d’établir la vérité ». Elle commence par les faits d’esclavagisme. « Pendant vingt-quatre ans, Josef Fritzl a fait de sa fille sa propriété. Et cela, c’est de l’esclavagisme ».
Josef Fritzl garde la tête baissée. Jamais il ne va croiser le regard de la procureure. Sanglé dans son immuable costume gris clair, chemise bleue et cravate sombre, plus amaigri que jamais, il garde les poings serrés, tournant nerveusement le pouce.
Christiane Burkheiser insiste sur un point crucial : ces « soixante-six heures » où tout a basculé en 1996. « Avant, dit-elle, il a toujours tout rationalisé, tout planifié. La cave, les provisions. Il s’est toujours efforcé d’exercer pouvoir, contrôle, domination » sur cette « deuxième famille » enfermée trois mètre sous terre. « Mais pendant ces soixante-six heures, tout a vacillé. Il a eu du temps pour décider. Il a décidé de ne rien faire ». L’enfant est mort deux jours après, « le 1er mai 1996, à midi quinze ». « Et cela, ajoute-t-elle, c’est un meurtre par négligence ». A l’issue de ce réquisitoire, la sanction requise contre l’accusé est la « peine maximale ». Perpétuité.
Arrive l’avocat de la défense, Rudolf Mayer. Sa plaidoirie est attendue avec intérêt, surtout du côté autrichien. Le meilleur avocat du barreau autrichien est un habitué des cas désespérés. Il a un vrai don oratoire, et une certaine force de persuasion. Les médias vont être déçus. Rudolf Mayer reprend là où la procureure s’est arrêtée. A ces soixante-six heures cruciales dans la cave en 1996.
Mais aucun de ses arguments ne porte vraiment. Il invoque les « circonstances atténuantes », estime qu’« il n’y a pas eu meurtre ». S’efforce de montrer que dans « ce combat contre la mort », Elizabeth et son père étaient sur la même longueur d’ondes. Tous deux, dit-il, espéraient de toutes leurs forces que le nourrisson allait survivre.
Et puis l’avocat dérape, tombe dans le hors-sujet. Il revient longuement sur les lettres de menaces qui lui ont été adressées, sur ce climat pesant en Autriche. Il prend à partie les quatre-vingt quinze journalistes présents dans l’assistance, responsables (forcément) de l’hystérie qui pourrait influer sur la sérénité des jurés. « Mais revenons à mon client », se reprend-il. La maladresse fait sourire juges et jurés. Dans l’auditoire, des journalistes autrichiens secouent la tête, agacés par les énormités.

L’avocat de la défense a raté sa sortie. Dans le box des accusés, Josef Fritzl est ailleurs. Il semble avoir fait la paix avec lui-même. Il terminera sa vie derrière les barreaux car il le mérite. « Vous le voyez bien, mon client est sincère, conclue Rudolf Mayer, combattif. Sa réaction lorsque Kerstin (sa fille de 19 ans, frappée d’anémie en avril 2008 dans la cave) est tombée malade le prouve. Sa réaction lorsqu’il a visionné le témoignage vidéo de sa fille, puis lorsqu’il a senti que celle-ci était assise dans la salle, le prouve encore. Jamais il n’a cherché à vous tromper, mesdames et messieurs les jurés ».
La défense en a terminé. Josef Fritzl prend la parole en dernier, avant que les jurés ne retournent à leurs délibérations. « Je regrette de tout mon cœur, déclare l’accusé d’une voix à peine audible. Je n’y peux plus rien, malheureusement. Je peux seulement faire de mon mieux pour que les dommages soient aussi limités que possible ».

Maurin Picard

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