« Il a étouffé sa souffrance »
posté le 29 mars 2009 |
catégorie Affaire Eric Trentesaux, Bibliothèque judiciaire
Eric Trenteseaux a tué son fils cadet âgé de 11 ans en qui il lisait sa propre détresse à la veille de son divorce.
Eric Trenteseaux n’a jamais vraiment dit pourquoi il avait tué Louis, le cadet de ses quatre enfants : un gamin de 11 ans. Il ne supportait plus, a-t-il dit, la souffrance qui suintait de l’enfant depuis la séparation de ses parents.
Eric Trenteseaux, estiment les psys, aurait vu en son fils sa propre détresse : dans son égarement, il avait cru mettre un terme à cette douleur en supprimant « l’être souffrant » qui était tout à la fois lui-même et ce fils avec lequel il s’était identifié jusqu’à là fusion.
Il avait étouffé Louis de ses propres mains. C’était dans la soirée du vendredi 12 janvier 2007. Louis était mort dans le décor impersonnel de la chambre qu’Eric Trenteseaux avait réservée au Novotel de Neuville-en-Ferrain, en France : un hôtel situé en bordure d’autoroute, à la périphérie de la métropole de Lille-Roubaix-Tourcoing.
Ne sachant où aller, c’est déjà là – dans cet hôtel sans âme – qu’Eric Trenteseaux, désemparé, avait échoué, cinq semaines plus tôt, quand son épouse l’avait invité à quitter le domicile conjugal. Puis il s’était installé chez ses parents, à Mouscron.
Eric Trenteseaux, né en 1957, avait 29 ans lorsqu’il avait épousé Anne Vuylsteke. Le parti idéal : la mariée, championne de tennis, est la riche héritière d’une fortune familiale bâtie dans le textile mouscronnois. Un avenir doré sur tranche ? Sans doute.
Mais le bonheur n’est jamais si fuyant que lorsqu’il semble couler de source. Eric Trenteseaux est gêné aux entournures dans le milieu de son épouse. Il est mortifié de ne pouvoir assurer seul – il est cadre commercial dans une société du Péruwelzis – le train de vie auquel sa femme est accoutumée : la belle-famille doit banquer en coulisse pour maintenir le standing de la maisonnée à la hauteur idoine. Sitôt marié, le couple s’est installé dans une propriété que la famille Vuylsteke possède à Dottignies.
Quatre enfants y sont nés : Thibaud, Marie, Thomas et Louis. Une petite tribu que le père gouverne d’une main de fer, comme pour racheter par un surcroît d’austérité l’aisance dans laquelle les enfants grandissent : dans l’éducation décrétale de Trenteseaux, il n’y a guère de place pour la fantaisie, la bonne humeur, l’expression des sentiments.
L’atmosphère est aride. Le couple lui-même finit par sécher sur pied. La thérapie conjugale menée à l’automne 2006 échoue. Le couple se sépare. Eric Trenteseaux, disent les psys, vit cette rupture comme « un véritable séisme existentiel, social, relationnel, narcissique : c’est son propre moi qui s’est disloqué sous le poids de l’insupportable. »
Sans doute l’imminence du divorce – l’échec, alors, prendra la force de la chose jugée – exacerbe-t-elle encore ce mal-être.
Le 12 janvier, Eric Trenteseaux obtient de son épouse de pouvoir passer la soirée avec Louis, leur fils cadet. Une sollicitation hautement symbolique : le lendemain, le couple doit se retrouver chez un avocat pour établir les conventions du divorce. Son père passe prendre Louis à la sortie de son cours de tennis. Il a réservé cette chambre d’hôtel où ils font brièvement halte – le gamin doit se changer – avant de se rendre à Lille. L’idée, dira Eric Trenteseaux, était d’aller au McDo puis au cinéma. Mais il n’y a rien à l’affiche qui les tente. Alors, père et fils reviennent à l’hôtel. Ils « zappouillent » sans conviction devant la télé. Et discutent de ça : du divorce, de la famille en miettes. Louis, dit son père, aurait eu à ce propos des paroles qui l’auraient blessé sans qu’il puisse toutefois s’en souvenir. Quand le gamin s’était endormi, sur le coup de 22 heures, il l’avait étouffé. Puis il avait vainement tenté de se suicider. Avec son Opinel, puis avec le cordon du sèche-cheveux. Il avait tout juste perdu connaissance. Le lendemain matin, il avait enveloppé d’une couverture le corps de Louis qu’il avait discrètement déposé dans le coffre de la Volvo, en empruntant un escalier de service. Il avait passé le reste de la journée à rouler sans but – halluciné, hagard – sur les routes du Nord. Il avait repassé la frontière à la nuit tombée. Il s’était dirigé
vers l’Escaut. Pour s’y jeter, dit-il, avec sa voiture et tout ce qu’elle contenait d’horreur et de souffrance. Mais il y avait trop de trafic sur le fleuve.
La Volvo est immobilisée dans les ténèbres d’un parking de Pecq, entre Mouscron et Tournai, lorsque des policiers la repèrent le dimanche 14 janvier, vers 1 h 30 du matin.
La disparition de Louis a été signalée douze heures plus tôt et le père et l’enfant sont, depuis, recherchés activement.
« Où est Louis ? », demandent les policiers à l’homme prostré au volant. « Dans le coffre », dit l’homme. Et il fait ses premiers aveux dans la lueur des torches électriques : c’est lui qui l’a tué.
DETAILLE,STEPHANE
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