Patrice le Narcisse se rebiffe

Patrice Gailleterie, 47 ans, a l’air de jouer aux échecs depuis le box de la cour d’assises de Namur où il répond depuis lundi de l’assassinat de son fils Corentin, 8 ans, précipité avec sauvagerie sur les roches pointues de Freyr, puis achevé à coups de pierres par ce père qui lui avait fait écrire un mot d’adieu à sa mère : « Maman, je t’aime très fort, on se reverra au paradis blanc. Ton petit Nono. Corentin. »

On ne sait s’il a lu en cellule les théories de Leonid Shamkovik ou d’Andrew Soltis, deux maîtres du « sacrifice positionnel » aux échecs. Mais il en maîtrise en tout cas les enseignements, abandonnant à ses adversaires dans une sincérité que l’on devine de circonstance « l’être abject » qu’il dit être, un « je m’en fous de la vie » et enfin ces « excuses sincères » qu’il n’avait jamais voulu adresser à son ex-épouse. Ces sacrifices inévitables des pièces de son jeu ne servent qu’à bonifier celles qu’il entend avancer tout au long du procès. Il promet des « révélations ». Il reproche aux policiers qui avaient assisté impuissants, sur les pentes roides de la Roche Al Legne, aux coups de grâce assénés au crâne déjà éclaté de Corentin. Il leur fait grief de ne l’avoir point retrouvé assez tôt. Et il prétend qu’en mettant à mort son enfant, il n’aurait été qu’un « agent » ; que la responsabilité de l’assassinat de ce gamin espiègle et heureux serait imputable à sa mère et à cette psychologue (« Je suis un psycholophobe », dit-il) qui avait rendu un avis négatif quant à sa demande d’une garde partagée. Il accuse la psy de « collusion » avec son ex-épouse parce que le petit avait eu

la mauvaise idée d’offrir à cette professionnelle qu’il rencontrait pour exprimer ses souhaits dans la procédure de garde partagée une modique figurine de sel, banal bricolage enfantin.

Patrice Gailleterie est presque insolent dans son box. Il entend rivaliser de connaissance de son affaire avec le président Gérard. Il est capable de citer « la page 2084 » du dossier répertoriant une futilité. Il entend surtout détourner son procès de son unique objet. Ce « Narcisse » et ce « vantard » décrit par les psychiatres n’a pas démenti la haute estime qu’il a de lui, lors de son interrogatoire par le président Gérard.

Ses déconvenues scolaires (à peine un certificat d’études primaires), c’est la faute à une mère « toujours malade ». La déconfiture de son entreprise de recyclage de papier ? « C’est à cause de la jalousie de mes cousins ! » L’échec de l’organisation d’un spectacle de François Pirette ? Il n’en peut rien. Car lui, il était « largement compétent ». Et il charge son ex-épouse ; l’agonit de reproches quant à son infidélité prétendue, l’accuse d’avoir soumis son fils né d’un premier mariage à des « tortures physiques et psychologiques ». Son premier mariage ? Il en attribue l’échec à l’alcoolisme allégué de cette femme décédée. Les errances de sa fille ? Il prétend qu’elle fut victime de pédophiles, des « hommes mariés ». « La justice a failli », accuse-t-il, lâchant encore une larme poussive lorsqu’il raconte qu’en 1987 sa première épouse fit une fausse couche, deux mois avant terme, d’un fils qui devait se prénommer Nathanaël.

Patrice Gailleterie a tout d’un Calimero. La reconstitution, filmée par la PJ de Dinant, elle, ne ment pas. On voit sur l’écran le mannequin représentant Corentin projeté à 3 mètres de distance sur une paroi rocheuse, puis tombant 6 mètres plus bas. Et son papa l’achevant ensuite. Il y a du sang sur des pierres. Des dents arrachées par l’impact de la tête du bambin sur des pierres qu’il choisit de manière consciencieuse. Et à 30 mètres de là, ces policiers qui assistent, impuissants, à cette mise à mort. Sur son banc, la maman de Corentin pleure. Patrice Gailleterie ne bronche pas. Chaque année, il a l’outrecuidance de faire publier un avis nécrologique et la photo de Corentin dans la presse locale : « Tu as rejoint le paradis blanc et tu me manques énormément. »

L’accusé, à l’entendre, est la vraie victime de l’assassinat de Corentin. Narcisse, comme l’ont qualifié les psychiatres, n’a pas détourné lundi son visage de la mare de vanité où sa référence mythologique admirait inlassablement son visage, jusqu’à se noyer, selon l’une des versions du mythe. Gailleterie, lui, n’a pas réussi à se noyer dans la Meuse. A l’endroit où périt Narcisse, l’on vit des fleurs blanches (des narcisses) apparaître. Etait-ce ça le « paradis blanc » que l’accusé imposa au petit Corentin ?

METDEPENNINGEN,MARC

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