« Une blessure narcissique »

Il avait d’étranges tocades. Quand, en 2001, Yasmina T. était devenue sa maîtresse, Patrice Gailleterie avait tenu à ce qu’ils aient leur première relation intime dans la suite de cet hôtel nivellois où, trois ans plus tôt, il avait passé sa nuit de noces après son mariage avec Laurence. « Il avait amené avec lui les photos de la chambre qu’il avait prises cette nuit-là, raconte Yasmina T. C’était très bizarre. »

Ceux qui entretinrent avec Gailleterie des rapports strictement professionnels décrivent un homme sérieux, motivé, disponible, grand travailleur. Ceux qui, selon des orbites diverses, gravitèrent autour de sa sphère intime évoquent l’homme exigeant, maniaque, chicanier.

Sa liaison avec Yasmina T. n’avait duré que cinq mois : « Il ne parlait que de lui. » Cette vanité, tous ceux qui ont fréquenté l’accusé la décrivent dans des termes approchants. « J’ai rarement rencontré un homme qui avait de lui-même une opinion aussi élevée », admettra le psychiatre Jocquet.

Une forme boursouflée de narcissisme que l’accusé aurait développée dès lors que, fondamentalement, il avait de lui-même une image assez négative. « Ce narcissisme résulte en fait d’une surcompensation », note le psychologue Allard.

Peut-être, chez Patrice Gailleterie, ce narcissisme-là trouvait-il dans son rôle de père un exutoire d’autant plus avenant que l’accusé pouvait nourrir le sentiment de n’avoir jamais failli dans cette fonction. Il était un bon, un très bon, un excellent père. Quand, après avoir quitté Laurence Fontaine, il avait revendiqué pour leur fils Corentin une garde alternée, il avait été mortifié par les conclusions de « cette pseudo-psychologue », peu favorables à un hébergement égalitaire : ne revenaient-elles pas à dire qu’il n’était pas un bon père ?

« On peut parler d’une blessure narcissique qui, infligée à une personnalité aux traits paranoïdes, déclenchera chez l’accusé une riposte d’une extrême violence », explique le Dr Jocquet qui évoque, à ce propos, un « suicide égoïste » par opposition au « suicide altruiste » : bafoué, son père en vient à conclure que Corentin ne peut exister dans un monde qui ne serait pas régi par ses normes à lui.

Sa vanité commande qu’il orchestre une fin grandiloquente. Et qu’elle ait un public : le lundi 23 avril 2007, on recense sur le GSM de Patrice Gailleterie une quarantaine d’appels sortants – SMS et conversations téléphoniques. Il veut capter les regards. « Il entend être le metteur en scène et l’acteur principal de cette ultime scène, explique le Dr Jocquet. Il fait un premier repérage sur les hauteurs de Freyr. Il installe la dramaturgie avec ce mot qu’il fait écrire à l’enfant et cette allusion au paradis blanc. »

Nul ne saura jamais quelle fin Patrice Gailleterie avait imaginée pour son film. L’irruption des policiers bouscule son scénario. « On lui volait son histoire, on le privait du premier rôle. On lui infligeait une seconde blessure narcissique qui a décuplé sa violence. »

DETAILLE,STEPHANE

Commentaires

répondre