La défense plaide l’acquittement

Que dire ? Que dire quand, comme ceux des parties civiles, on n’entend être ni les avocats de la haine ni ceux de la vengeance ? Que dire que l’évocation de toute cette horreur n’ait déjà cent fois ressassé ? Que dire, surtout, qui pourrait laisser croire que la détresse et l’immense souffrance de Laurence Fontaine, la mère de Corentin, ne furent pas assez poignantes, quand elle vint à la barre, pour s’imposer d’elles-mêmes aux jurés ?

Rien, sans doute. Parties civiles et ministère public n’ont guère fait que ruminer l’indicible, jeudi matin. Et la défense aurait pu jouer profil bas. Au lieu de quoi, elle entreprendra de démontrer comment, après son divorce, Patrice Gailleterie, « père aimant et attentionné », sera mortifié par des procédures en justice conçues par la partie adverse comme autant de vexations : « Ce fut, dit Me Birnfeld, un patient processus de destruction, de déni du père, qui culminera avec les conclusions d’une psychologue, quand l’accusé revendiqua la garde alternée de l’enfant. Dans ce rapport, le besoin du père d’être reconnu est regardé comme une tare. On lui conteste tout affect. C’est une entreprise de démolition. »

Me Magnée portera l’estocade. Ce rapport, dit-il, avait anéanti l’accusé. C’est un homme désespéré, brisé, disloqué qui, le lundi 23 avril 2007, s’ouvre au plus grand nombre – ses quarante coups de fil et SMS, ce matin-là, sont autant d’appels au secours – de son projet insensé en espérant qu’il se trouvera quelqu’un pour lui tendre la main. « Il a, le matin même, une conversation de dix minutes et 18 secondes avec Laurence Fontaine dont il n’obtiendra rien. »

L’accusé, dit l’avocat, passera toutes les heures suivantes à attendre vainement qu’une porte s’entrouvre. Il n’a pas arrêté sa décision : arrivé à Dinant, il retire encore 500 euros à un guichet automatique. Il mange un spaghetti, baguenaude avec son fils sur les hauteurs de Freyr, s’en retourne prendre une consommation à une terrasse : autant de manœuvres dilatoires qui, pour Me Magnée, trahissent l’homme encore habité par l’espoir. Un ultime coup de fil à Laurence Fontaine – 163 secondes – anéantit son espérance. Tout bascule. A cette seconde, Patrice Gailleterie n’est plus que le jouet « d’une force irrésistible » : celle-là même dont l’article 71 du code pénal dit qu’elle « détruit la volonté de l’auteur au moment de son acte ».

L’accusé, martèle son avocat, ne maîtrisait plus rien. « La question n’est pas de savoir s’il a eu tort ou raison. C’est de savoir s’il est coupable. Oui, l’enfant est mort. Mais lorsqu’il l’a tué, son père disposait-il de son libre arbitre ? », interroge l’avocat.

Il laisse le silence nimber l’audace de sa question. Un murmure parcourt le prétoire plein à craquer quand il reprend : « Je vous demande d’acquitter le papa de Corentin. Ce faisant, vous ne condamnerez pas sa maman. »

Culotté ? Le verdict est attendu ce vendredi.

DETAILLE,STEPHANE

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