Le Dr Lethiexhe est acquitté

Le président Robert Gérard n’avait pas lu les premières lignes de son arrêt, jeudi soir, qu’un tonnerre de cris et d’applaudissements – aussi vite réprimé par le magistrat – est monté du prétoire chauffé à blanc par six bonnes heures d’attente : les jurés de la cour d’assises de Liège venaient d’acquitter Michel Letiexhe et son ex-épouse, Marie Vossen, des assassinats de Josée Julémont et de Berthe Loix, les deux tantes « à héritage » que le couple était accusé d’avoir tuées pour entrer plus promptement en possession de leurs biens.

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Les deux accusés réclament leur acquittement

Une fois n’est pas coutume, c’est le ministère public qui n’a pas eu la partie facile, jeudi, puisque c’est à lui qu’incombe la charge de la preuve. Autant dire que ce n’était pas couru d’avance pour l’avocat général Eric Staudt dès lors que les poursuites, dans ce dossier, sont fondées sur les seules déclarations des divers protagonistes dont la crédibilité est, par essence, contestable : l’enquête, en effet, n’a recueilli aucun élément matériel objectif contre les accusés, le docteur Michel Letiexhe et Marie Vossen, son ex-épouse.

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Les excuses à la mère innocentée

Jessica Bily acquittée sous les applaudissements. Jessica Bily, 29 ans poursuivie pour l’infanticide du nouveau-né qu’elle étouffa au moment de sa naissance en janvier 2008, n’avait jamais été applaudie. Elle qui se demandait dans son journal intime « pourquoi (ses) parents l’avaient faite petite, grosse et conne », elle qui se cantonnait dans une timidité maladive la privant de toute relation sociale, elle a eu droit, pour la première fois de sa vie, aux applaudissements du public de la cour d’assises alors que le président Jean-Francis Jonckheere venait de prononcer ce mot magique et inattendu pour elle : « Acquittée ».

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Portrait en noir et blanc d’un homme en blanc

Après l’arrestation du Dr Letiexhe, la clinique Sainte-Elisabeth dut engager une employée à la seule fin de gérer les 790 rendez-vous que l’incarcération du diabétologue laissait brutalement en carafe. Le docteur était un bourreau de travail. Malgré quoi, il réservait à chaque patient la même disponibilité bienveillante et une écoute jamais prise en défaut. Deux jours durant, une longue procession embuée de patients reconnaissants viendra, face à la barre, tresser des lauriers au médecin qui gratifiera chaque témoin d’un sourire émollient : le même, on le jurerait, qu’il arborait – « A qui le tour ? » – chaque fois qu’il ouvrait la porte de sa salle d’attente.

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L’injection d’insuline est improbable

Des circonstances du décès de Josée Julémont, on ne connaît rien qui ne vienne des accusés eux-mêmes : leur parente, disent-ils, avait fait un malaise peu après avoir bu son blanc-cassis, elle avait été prise de vomissements, le Dr Letiexhe lui aurait injecté une ampoule de Buscopan et elle était morte, une heure plus tard. Cette version, les légistes ne disposent d’aucun élément propre à la contredire.

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L’infanticide au banc des victimes

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Aucun doute sur le déni de grossesse : pourquoi ce procès ?

Jessica Bily a esquissé un discret sourire de fierté lorsque le président de la cour d’assises du Hainaut, Jean-Francis Jonckheere, évoquant la bonne éducation dispensée à sa fille Jody, l’a gratifiée d’un : « Vous êtes une bonne mère ! » Une bonne mère ? « Je ne le suis pas puisque je suis en prison », lui a répliqué l’accusée, les yeux rougis de larmes. L’accusée ? Elle a plutôt occupé, en cette première journée de son procès, la place d’une victime. Victime de ce syndrome du « déni de grossesse » qui impose à des femmes « de toutes origines, de toutes conditions », comme l’a rappelé un président particulièrement documenté sur la question, des gestations clandestines, ignorées de ces femmes qui découvrent avec fulgurance leur condition de mères à l’occasion de l’expulsion de leur bébé, le plus souvent sans témoin et dans des conditions d’extrême souffrance imposées par cet intrus qui a habité clandestinement leur corps durant neuf mois.

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Déni de grossesse : les «passagers clandestins» de l’accusée

La cour d’assises du Hainaut, siégeant à Mons, ouvre ce matin un procès historique et dramatique. Historique, car c’est la première fois qu’une mère infanticide, reconnue par les psychiatres qui l’ont examinée comme souffrant d’un « déni de grossesse », comparait devant la plus haute juridiction criminelle. Dramatique, parce qu’entre le 5 et le 20 janvier (elle ne se souvient plus de la date exacte), elle étouffa de sang-froid ce bébé de sexe masculin dont on ignore le prénom. Il pesait 3,780 kilos. Il était né à terme et, selon le légiste, il était viable.

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« Josée se serait confiée à un pied de table »

Les Letiexhe, mari et femme, avaient fait irruption dans la vie de Berthe Loix après la mort de son mari, au début des années 2000. « Je ne les avais jamais vus auparavant, raconte une proche. La présence de Marie Vossen aux côtés de Berthe Loix, le jour des funérailles, ne m’en avait paru que plus étrange. Elle ne la lâchait pas et j’avais le sentiment qu’elle voulait me tenir à l’écart. »

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«Si vous le dénoncez…»

Le Dr Letiexhe fut-il jamais l’amant de cette petite femme ronde et exaltée qui rêva, après avoir invoqué sainte Rita, de lui faire expier sa faute en le guidant sur le chemin raboteux de la rédemption ? « Jamais, martèle l’accusé. Christine S. fut longtemps une confidente et une amie, rien d’autre ». Elle, elle revendique avec force la liaison qu’ils entretinrent, dit-elle, de janvier à juillet 2006.

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Troublants trous noirs

Bien sûr, il y a cette cassette. Celle où Marie Vossen enregistre, à l’insu de son mari, cette conversation durant laquelle il raconte comment il a envoyé « ad patres » la tante Betty et la marraine Josée. Mais on sait à quelle fin libidineuse Michel Letiexhe prétend avoir tenu ses propos accablants. « C’était, dit-il, un vieux truc dont ils étaient convenus pour lutter contre l’assoupissement sexuel. » À l’entendre, ces histoires morbides avaient ce don particulier d’émoustiller son épouse. Alors, il ne se privait pas de broder sur ce canevas propitiatoire. « J’en rajoutais, a-t-il raconté. C’était parfois n’importe quoi. Je regrette, à ce propos, que le passage où j’évoque la mort de la tante Betty ait été effacé de cette cassette : on aurait d’emblée compris qu’il s’agissait d’un jeu. »

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