Magnée songe à la Cassation
posté le 1 mars 2010 |
catégorie Affaire Gailleterie
Patrice Gailleterie est condamné à la perpétuité
Lundi en début d’après-midi, la cour d’assises de Namur a condamné à la réclusion à perpétuité Patrice Gailleterie, 47 ans, que le jury avait déclaré coupable, vendredi soir, de l’assassinat de son fils Corentin : un enfant de 8 ans qu’il avait mis à mort dans des conditions atroces, le 23 avril 2007, dans les rochers de Freyr, à Dinant.
Ce lundi-là, Patrice Gailleterie avait fait part à la mère de l’enfant, dont il était séparé depuis deux ans, de son intention de se suicider et d’emmener Corentin avec lui dans la mort : un projet insensé qu’il avait forgé, disait-il, dans le désespoir qu’il concevait à l’idée de devoir renoncer à la garde alternée de l’enfant – quelques jours plus tôt, il avait pris connaissance des conclusions d’un rapport dans lequel la psychologue commise par le tribunal de la Jeunesse de Mons s’opposait à la mise en œuvre de cette formule d’hébergement. Affolée, la mère de l’enfant avait alerté la police qui, au terme d’une traque dramatique, avait assisté, impuissante, au meurtre de Corentin : deux des policiers lancés à ses trousses dans le tohu-bohu des rochers de Freyr n’avaient pu empêcher Gailleterie de porter à son fils les ultimes coups qui avaient eu raison de sa vie. Ils n’avaient, en revanche, guère eu de peine à sortir le père des eaux de la Meuse où il s’était jeté dans l’intention, dira-t-il, de s’y noyer – les enquêteurs ont émis les doutes les plus nets à ce propos.
Lundi matin, l’avocat général Serge Mottiaux avait requis la perpétuité contre Patrice Gailleterie. Il avait en tout cas conjuré la cour de ne pas abaisser la sanction en deçà d’une peine de 30 ans, eu égard à l’atrocité des faits et à la personnalité du coupable.
Face à « l’immense douleur » de la mère de Corentin, Me Magnée, l’avocat de l’accusé, avait résolument joué la carte de la plus émolliente contrition. Des circonstances atténuantes ? « Les énumérer n’aurait pas plus de sens que de vous apporter des bonbons », dit-il en les mentionnant quand même sur le ton dont on userait pour dresser un fastidieux inventaire…
Bien sûr – bien sûr ! – qu’il avait, trois jours plus tôt, plaidé l’acquittement de son client. « Patrice Gailleterie ne m’avait pas chargé de le faire, préciserait son avocat. C’est une lecture des faits qui m’est venue quand j’ai entrepris de comprendre comment pareille atrocité avait pu servir d’épilogue à une histoire qui débute banalement par un divorce en consentement mutuel. » Pour le reste, Me Magnée s’était contenté d’évoquer à mots couverts – « un murmure », dit-il – la détresse de son client : « S’il fut, l’espace de quelques minutes, l’assassin de Corentin, il avait été son père, huit années durant. » L’avocat s’était, en fin de compte, retourné vers Patrice Gailleterie : « Sa peine, quelle qu’elle puisse être, ne signifiera rien parce que sa vie ne signifie déjà plus rien : votre décision sera la nôtre. »
Vraiment ? Une heure plus tôt, Me Magnée n’en avait pas moins déposé des conclusions qui revenaient à dire qu’il n’admettait pas d’emblée la régularité de la procédure telle qu’elle s’était déroulée vendredi soir. Pour rappel, la première délibération du jury avait été annulée parce qu’un juré suppléant avait pris part au débat en lieu et place d’un effectif qui n’était ni empêché, ni récusé (Le Soir de ce week-end). La cour avait rendu un arrêt aux termes duquel “le jury régulièrement composé” des douze jurés effectifs avait été renvoyé en délibération.
La cour a précisé ce lundi que le procès-verbal de la délibération annulée sera joint sous pli scellé au dossier : elle a ainsi fait droit à la requête d’un maître Magnée d’autant plus soucieux d’assurer la bonne conservation du document que ce P-V pourrait, le cas échéant, permettre d’établir devant la Cour de cassation que l’incident de vendredi a contrarié le destin de son client. Autant dire que l’arrêt rendu ce lundi à Namur rend l’hypothèse d’un pourvoi hautement plausible…
DETAILLE,STEPHANE

Commentaires
répondre