Letiexhe : « C’est un complot »
posté le 8 mars 2010 |
catégorie Affaire Michel Letiexhe

Un homme lisse, qu’on croirait tout juste sorti de son emballage. Le Dr Letiexhe a une diction parfaite. Et cette sérénité un rien ostentatoire de celui qui se fait fort de dissiper promptement un malentendu. Ses longues mains blanches virevoltent dans la lumière qui tombe en bruine des lampadaires. Il parle avec faconde – « Vous me suivez toujours ? », demande-t-il à la cour quand il s’égare dans une explication tarabiscotée -, répond à chaque interpellation avec la même urbanité, accueille chaque question dérangeante avec le même sourire indulgent : « Vous allez comprendre ».
Son histoire, c’est d’abord celle d’un succès. Des études brillantes, des diplômes prestigieux – médecine, médecine interne, diabétologie, endocrinologie… – arrachés à la seule force du travail et de la volonté, des parents qui idolâtrent ce fils en qui ils n’ont pas investi en vain, ces postes qu’il occupe dans différentes implantations du CHU de Liège et, plus tard, dans une clinique privée à Heusy. Et ce bonheur sans tache avec Marie qui fut d’abord sa patiente. « Un conte de fée », dit-il. En 1999, le couple s’est installé à La Reid, dans une villa dont ses parents ont financé la construction.
La vie est facile. Il gagne de l’argent, Marie le dépense. Sans compter : le docteur lui prête des emplettes pour 14 millions de FB en dix ans. « Elle possédait plus de 500 paires de chaussures, dit-il. Elles occupaient, à côté du dressing, toute une pièce de la maison que nous appelions ‘le shoesing’ ». Ils ont acquis un appartement à Saint-Idesbald, un autre à Spa où il possède également un cabinet. Lui, il collectionne les pièces de monnaie et les vins fins. Il prend des cours de pilotage sur un aérodrome de la région.
Elle ? Elle dilapide des fortunes pour tromper son ennui. Elle n’aime pas La Reid. Trop vert, trop isolé. Elle a le sentiment désastreux d’être confite dans un rôle dénué de toute épaisseur : « J’étais la femme du docteur », dit-elle. Une Emma Bovary qui déprime dans une prison dorée. Un fils, Antoine, est né. Puis une fille, Elisabeth, dont sa mère peinera à admettre la surdité.
Quelque chose se fissure. Quand, en 2003, Marie décide de reprendre des études de psychologie à l’Ulg, le docteur accueille ce choix comme une tocade de plus : pour lui, psycho et tourisme, c’est pareil. Elle s’accroche, elle bûche, signe une grande distinction en seconde année. Elle s’est follement éprise de Marcel C., l’un de ses professeurs qui va devenir son amant. « Alors, oui, tout s’est effondré. Tout ce que j’avais construit à force de travail et de renoncement », dit le docteur.
L’amour et la haine sont les fruits du même arbre : le couple en instance de divorce va se livrer à une guérilla féroce. Il l’a fait prendre en flagrant délit d’adultère. Elle le piège avec cette histoire de cassette : elle enregistre à son insu une conversation dans laquelle il raconte comment, cinq ans plus tôt, il a tué Josée Julemont, la marraine de Marie, en lui injectant une dose létale d’insuline. Puis la tante Betty. Pareil : insuline. Et les Letiexhe passent une deuxième fois à la caisse : Marie Vossen était la légataire universelle de chacune des défuntes.
Cette conversation ? « Bien sûr que nous l’avons eue, admet le docteur. Nous l’avons même eue souvent : c’était un jeu, un scénario sur lequel nous brodions sans fin pour pimenter nos relations sexuelles. »
-« Mais, intervient le président, les propos que vous tenez sur cette cassette, vous les confirmerez à votre amie Christine S. en 2006 ! »
-« C’est exact, rétorque l’accusé. J’ai pensé que ce serait une façon commode de me débarrasser d’elle lorsqu’elle est devenue harcelante. Je voulais lui faire peur. Mais je dois admettre que j’ai échoué : elle a continué de vouloir à toute force devenir Mme Letiexhe. »
Il l’avait éconduite. Elle s’était rapprochée, dit-il, de Marie Vossen. Elles avaient ourdi leur vengeance. L’une parce qu’elle avait perdu son divorce, l’autre parce qu’elle n’avait pas eu son mariage. « Toute cette histoire, dit-il, est un complot : elles se sont appelées à 29 reprises durant les six mois qui ont précédé mon arrestation, en avril 2007 ».
Il peut tout expliquer. Ce point rouge qu’il fit sur le verre de la marraine Josée pour distinguer le verre de « marraine Josée » quand elle vint dîner chez les Letiexhe ? « J’ai des problèmes hépatiques, dit-il, je me garde depuis toujours de boire dans le verre de n’importe qui car je redoute de contracter une hépatite B ou C. J’avais d’autant plus de raisons d’être vigilant que Josée Julemont venait de séjourner à l’hôpital pour une opération. » Cette incursion qu’il fit au domicile de la défunte, une heure à peine après son décès, pour retirer l’argent, les titres et les bijoux qu’elle cachait dans un tuyau, quelque part dans sa cave ? « Je ne pouvais pas laisser ces valeurs sans surveillance : tout le voisinage savait où elle cachait ses biens, elle s’en vantait partout. »
repères
Michel Letiexhe
Né en 1967, il répond comme auteur ou coauteur d’un double assassinat.
Marie Vossen
Ex-épouse du médecin, née en 1970, elle répond comme auteur ou coauteur d’un double assassinat ou, à titre subsidiaire, de recel d’héritages et de non-assistance à personne en danger.
Le procès
Présidé par le conseiller Robert Gérard, il devrait durer dix jours. Letiexhe sera défendu par Me Jean-Philippe Mayence, Vossen par Me Thierry Delobel. Le siège du ministère public sera occupé par Eric Staudt.
DETAILLE,STEPHANE
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