«Si vous le dénoncez…»

Le Dr Letiexhe fut-il jamais l’amant de cette petite femme ronde et exaltée qui rêva, après avoir invoqué sainte Rita, de lui faire expier sa faute en le guidant sur le chemin raboteux de la rédemption ? « Jamais, martèle l’accusé. Christine S. fut longtemps une confidente et une amie, rien d’autre ». Elle, elle revendique avec force la liaison qu’ils entretinrent, dit-elle, de janvier à juillet 2006.

Elle avait été sa patiente. Il était devenu son amant. Du genre transi. Il lui téléphonait dix fois par jour, raconte-t-elle. Il passait des heures au bureau qu’elle occupait dans une agence immobilière. « Il a porté, trois mois durant, une alliance que je tenais de mon père. Un jour, il m’a emmenée dans le cimetière de son village natal pour me montrer la sépulture où, disait-il, nous reposerions côte à côte pour l’Eternité. J’étais bouleversée ». Fin 2005, il y avait eu cette histoire de cassette. « Un soir, Michel m’a téléphoné. Il était aux abois. Il disait que son épouse, Marie Vossen, l’avait piégé en enregistrant, à son insu, une conversation au cours de laquelle il avait raconté “des conneries”. Il disait qu’elle le faisait chanter : elle lui réclamait 20 millions de FB. »

Christine S. lui avait conseillé de porter plainte à la police. Il avait regimbé : « Tu ne sais rien des circonstances. » Il avait fini par lui confesser son implication dans la mort de Josée Julemont – « Berthe Loix, il n’en a parlé que bien plus tard ». Christine S. s’était, à sa façon tempétueuse, mise en devoir de l’aider. Pour elle, le docteur – cet être exquis – n’avait pu agir qu’à l’instigation de son épouse.

Christine S. s’était mis en tête de tout arranger en sous-main avec la complicité de Marcel C., l’amant de Marie Vossen, avec lequel elle comptait négocier une sorte d’alliance objective : leur intérêt commun n’était-il pas que les ex-conjoints concluent un armistice ? Mais Marcel C. n’avait pas honoré son rendez-vous. Un jour de janvier 2006, Christine S. avait empoigné son téléphone pour laisser ce message menaçant sur le répondeur de Marie Vossen : « Si vous le dénoncez, je vous chargerai ! ». Il n’avait plus été question de cette cassette pendant des mois.

Au bout du compte, c’est elle, Christine S., qui l’avait dénoncé. Sa liaison avec le Dr Letiexhe avait changé. Elle avait appris, pour la tante Betty. Il avait changé, dit-elle. Il lui faisait peur. « Il était fier de ce qu’il avait fait. Je me souviens de la façon dont il m’a regardée, un jour, pour me dire : “Je suis un tueur” ». Elle l’aimait encore. Elle se voyait sauver son âme, en laver la tache infâme dans l’océan paisible des bienfaits qu’ils feraient naître autour d’eux. Parce que, lui disait-elle, il faudrait bien qu’il paie. « Je t’interdis de dire qu’il faut payer ! », aurait-il hurlé, un jour qu’ils étaient à Saint-Idesbald.

Ils avaient rompu, cet été-là. Elle était restée seule, écrasée par le poids de ce qu’elle savait. Torturée, aussi, par cet amour qu’elle jugeait coupable : « C’est une grande souffrance d’aimer un homme que votre conscience condamne », renifle-t-elle devant les jurés. Elle avait fait le pas des mois plus tard : elle s’était rendue à la police en janvier 2007.

Les enquêteurs n’avaient pas été longs à retrouver la fameuse cassette dans le coffre d’une banque, à Spa. « Cette cassette, c’était mon idée, c’est vrai », admet Marcel C. « Nous avions été pris en flagrant délit d’adultère, en novembre 2005. Marie était folle de rage. C’est alors qu’elle m’a raconté que son mari avait assassiné deux parentes dont elle était la légataire universelle. Mais, à mesure que le temps passait, elle me paraissait moins affirmative. J’ai voulu en avoir le cœur net : je lui ai suggéré de faire parler son mari et d’enregistrer la conversation ».

La captation était de mauvaise qualité. Presque inaudible. Ils avaient bricolé ce qu’ils pouvaient pour améliorer la bande. Ils l’avaient réécoutée cent fois. « A compter de ce moment-là, dit Marcel C., j’ai été convaincu que Marie m’avait dit la vérité. Il l’avait fait. Tout ce que j’entendais là – sa voix, son ton, ses mots… – me disait qu’il l’avait fait ». Il avait songé à dénoncer le docteur. Mais il ne pouvait pas le faire sans le consentement de Marie. Et Marie ne songeait qu’à protéger les enfants. « Je crois aussi qu’elle était psychologiquement réticente à admettre des faits qui lui semblaient inadmissibles ». Peut-être, aussi, Marie n’avait-elle pas encore fait le deuil de son mari. Cet homme qui, un jour, lui aurait dit : « Il n’y a pas de vérité, Marie. Construis ta vérité et apprends à vivre avec ».

en un coup d’œil

Les accusés

Michel Letiexhe et son ex-épouse Marie Vossen répondent comme auteurs ou coauteurs de la mort de Josée Julemont, en février 2001, et de Berthe Loix, en janvier 2002. Marie Vossen et Christine S., qui fut l’amie de l’accusé, accusent Michel Letiexhe d’avoir provoqué le décès de ces deux femmes.

Aujourd’hui

Les cassettes des « aveux » de Letiexhe seront auditionnées.

DETAILLE,STEPHANE

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