Déni de grossesse : les «passagers clandestins» de l’accusée
posté le 14 mars 2010 |
catégorie Affaire Jessica Bily
La cour d’assises du Hainaut, siégeant à Mons, ouvre ce matin un procès historique et dramatique. Historique, car c’est la première fois qu’une mère infanticide, reconnue par les psychiatres qui l’ont examinée comme souffrant d’un « déni de grossesse », comparait devant la plus haute juridiction criminelle. Dramatique, parce qu’entre le 5 et le 20 janvier (elle ne se souvient plus de la date exacte), elle étouffa de sang-froid ce bébé de sexe masculin dont on ignore le prénom. Il pesait 3,780 kilos. Il était né à terme et, selon le légiste, il était viable.
Jessica Gladys, serveuse de profession, demeurait à Saint-Ghislain. Elle n’a pas bénéficié de la couverture médiatique exceptionnelle allouée à la Française Véronique Courjault, jugée l’été dernier pour le meurtre de 3 de ses enfants (dont deux furent retrouvés dans un congélateur à Séoul, en Corée). La justice condamna la Française à 8 ans de réclusion. Mais à cette « mère parfaite », de bonne éducation et d’extraction sociale convenable, l’opinion accorda intuitivement les circonstances d’absolution que vaudrait le « déni de grossesse », ce trouble psychologique qui affecte une femme sur 500.
Ce trouble dissimule dans un corps à peine transformé par la maturation de l’embryon un bébé à naître, refoulé par l’esprit de la maman.
Un « passager clandestin » d’une maternité sinon refusée, au moins ignorée, jusqu’à la révélation par l’expulsion de la présence pendant neuf mois de gestation d’un « corps étranger », expulsé comme un déchet de son propre corps, jamais reconnu comme un enfant.
En ce mois de janvier 2008, Jessica Gladys expulse donc de son corps, dans les toilettes de son domicile, le corps de ce bambin mâle en bonne santé. Elle croyait être constipée. Elle a poussé. Le bébé dont elle ne connaissait pas l’existence a surgi de ses chairs. Elle était seule. Elle l’a pris contre son ventre, face vers le bas pour, sans doute, ne pas voir son visage. Et lui a appliqué la main sur la bouche. De longues minutes. Jusqu’à ce que le nouveau-né ne respire plus, le refoulant dans l’inexistence dans laquelle le corps de Jessica l’avait confiné durant neuf mois. Et, comme tant d’autres mères en proie au « déni de grossesse », elle plaça le petit corps étranger dans un sac-poubelle qu’elle abandonna dans un seau en plastique qui demeura dans la buanderie jusqu’à sa découverte en novembre 2008.
Le Code pénal retient des constats matériels et des aveux de Jessica, incarcérée depuis 16 mois, qu’il s’agit d’un néo-infanticide, soit le meurtre d’un enfant nouveau-né.
Trois mois après son incarcération, Jessica donnait naissance à un autre nouveau-né.
Ni elle, ni le personnel médical de la prison, ni ses codétenues ne s’étaient aperçus de la présence de ce nouveau « passager clandestin ». Cette fois-là, heureusement, son accouchement inattendu avait eu des témoins. Le déni de grossesse ne l’avait pas quitté. Ce dernier « passager clandestin » fut sauvé.
METDEPENNINGEN,MARC
Un cas pareil ne devrait pas être du ressort des cours et tribunaux déjà encombrés.