L’infanticide au banc des victimes

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Aucun doute sur le déni de grossesse : pourquoi ce procès ?

Jessica Bily a esquissé un discret sourire de fierté lorsque le président de la cour d’assises du Hainaut, Jean-Francis Jonckheere, évoquant la bonne éducation dispensée à sa fille Jody, l’a gratifiée d’un : « Vous êtes une bonne mère ! » Une bonne mère ? « Je ne le suis pas puisque je suis en prison », lui a répliqué l’accusée, les yeux rougis de larmes. L’accusée ? Elle a plutôt occupé, en cette première journée de son procès, la place d’une victime. Victime de ce syndrome du « déni de grossesse » qui impose à des femmes « de toutes origines, de toutes conditions », comme l’a rappelé un président particulièrement documenté sur la question, des gestations clandestines, ignorées de ces femmes qui découvrent avec fulgurance leur condition de mères à l’occasion de l’expulsion de leur bébé, le plus souvent sans témoin et dans des conditions d’extrême souffrance imposées par cet intrus qui a habité clandestinement leur corps durant neuf mois.

Le bébé de Jessica, né « entre le 5 et le 20 janvier 2008 » dans la salle de bains de son appartement social de Saint-Ghislain, mesurait 52 centimètres et pesait 3,780 kilos. Il a été prénommé « Marc » quand il s’est agi de le faire inhumer. Jessica, souvent constipée, croyait qu’elle devait « faire caca » lorsqu’elle a commencé à pousser. La « chose » est venue. Elle l’a mis sur son ventre. Lui a appliqué son gant de toilette sur la bouche. « J’étais paniquée, j’avais peur. Il n’a pas bougé. Je ne l’ai jamais senti bouger », a-t-elle lancé entre deux sanglots, suggérant qu’elle ignorait si le bébé était vivant ; ignorant même s’il s’agissait d’un être humain.

Jessica Bily a consulté un gynécologue. Elle veut se faire ligaturer les trompes pour éviter de revivre ces cauchemars qui la poursuivent. En 2000, déjà, elle fait partie d’un spectacle de danse. Un médecin de l’assistance trouve étrange l’apparence de cette « Clodette » qui se trémousse sur la scène. Jessica découvre qu’elle est enceinte de 7 mois. Ni ses parents, ni ses amies, ni elle-même n’en savaient rien. Et l’annonce de cette grossesse rompt, comme par magie, la dissimulation imposée par son « déni de grossesse ». Cette révélation la fait mère instantanément. « J’ai grossi de 12 kilos en trois semaines », se souvient-elle. L’enfant à naître qui se « faisait discret, qui se serrait contre la colonne vertébrale », comme l’a expliqué le président, s’installe désormais sans complexe dans le corps de sa mère qui offre désormais un fier ventre maternel. Jody naît. Elle est aujourd’hui une petite fille de 10 ans, aimée par sa « bonne mère ».

Le 23 novembre 2008, David, le compagnon de Jessica, découvre dans un seau disposé dans la buanderie le corps du bébé mort.

Incarcérée à la prison de Mons, Jessica accouche « dans la cellule 15 », d’un petit Raphaël. Ni les surveillantes, ni ses codétenues, ni Jessica elle-même n’étaient au courant de ce nouveau « déni de grossesse ».

La jeune femme avait toujours ses règles. Une nouvelle fois, un « passager clandestin » s’était développé en elle. David, son ex-compagnon et papa de Marc et Raphaël, a assuré que Jessica était incapable de dissimulation. Constitué partie civile, il veut juste « comprendre ».

Jessica Bily est incarcérée depuis seize mois. Les psychiatres (que l’on entendra aujourd’hui), le président, l’avocat général, la partie civile et bien sûr sa défense, n’ont aucun doute qu’elle est atteinte de cette affection psychiatrique qu’est le déni de grossesse dont l’infanticide est bien souvent l’inévitable dénouement, selon les scientifiques.

Ce procès est moins une audience criminelle qu’un utile colloque scientifique. On a du mal à comprendre pourquoi l’accusée croupit depuis seize mois en prison.

METDEPENNINGEN,MARC

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