L’injection d’insuline est improbable

Des circonstances du décès de Josée Julémont, on ne connaît rien qui ne vienne des accusés eux-mêmes : leur parente, disent-ils, avait fait un malaise peu après avoir bu son blanc-cassis, elle avait été prise de vomissements, le Dr Letiexhe lui aurait injecté une ampoule de Buscopan et elle était morte, une heure plus tard. Cette version, les légistes ne disposent d’aucun élément propre à la contredire.

L’examen du dossier médical de la défunte révèle qu’elle avait des antécédents cardiaques mais qu’elle ne souffrait ni de diabète ni d’aucune autre pathologie susceptible de la plonger brutalement dans un coma hypoglycémique. Les légistes doutent, du reste, de l’origine glycémique de son décès – une hypothèse qui repose seulement sur les déclarations de Marie Vossen selon laquelle le Dr Letiexhe aurait injecté une dose létale d’insuline à sa marraine : « La survenance rapide du décès ne milite pas en faveur de cette thèse », commente les experts. Qui confirment en revanche que les vomissements peuvent faire partie de la symptomatologie de l’infarctus.

On en sait davantage sur les circonstances dans lesquelles survint le décès de Berthe Loix, quelques heures après son admission au CHU d’Esneux. « Tante Betty » non plus n’était pas diabétique. Le test pratiqué dès son admission révèle pourtant une glycémie catastrophique : 0,01 gramme par litre de sang.

Le Dr Renier, responsable du service des urgences, conclut d’autant plus naturellement à un coma hypoglycémique que son estimé confrère, le Dr Letiexhe, l’aurait assuré que sa « marraine » est diabétique – l’accusé nie l’avoir dit, l’urgentiste n’en est plus très sûr, les infirmières sont formelles. « Si l’on ne m’avait pas annoncé d’emblée que la patiente était diabétique, j’aurais considéré le cas suspect », commente le Dr Renier.

Le plus étonnant, cependant, c’est que le dosage de l’insuline est lui-même remarquablement bas : « En cas de coma hypoglycémique, commente l’expert Ketgelslegers, le taux d’insuline est particulièrement élevé. » Ce résultat apparemment paradoxal ne serait explicable que dans l’hypothèse où Berthe Loix aurait été atteinte d’un insulinôme. « Mais il s’agit d’une maladie rarissime : quatre cas par million d’habitants et par an, note un expert. Et cette affection est toujours précédée d’une altération de l’état général. » Or, tante Betty était d’une santé insolente.

L’hypothèse d’un insulinôme ou de toute autre maladie rare n’aurait toutefois pu être écartée que par un dosage des C-peptides : « Le corps sécrète une molécule de C-peptide pour chaque molécule d’insuline. En présence d’un insulinôme, les taux d’insuline et de C-peptides sont pareillement élevés. »

Le dosage de ces peptides-C aurait, selon la même logique, permis de révéler une injection d’insuline : dans ce cas, le taux de C-peptides serait tombé en deçà des valeurs mesurables car le corps cesse de produire sa propre insuline en cas d’apport d’insuline exogène.

Mais voilà : le CHU d’Esneux ne fit aucun dosage de ces peptides. « Je l’avais réclamé, j’ignore pourquoi cela n’a pas été fait », assure l’accusé.

Reste qu’une injection d’insuline aurait immanquablement été décelée lors des tests effectués à Esneux. Elle ne le fut pas. Alors ? Si l’on retient l’hypothèse du geste criminel, il y a lieu de considérer, disent les experts, que le produit injecté ne fut pas de l’insuline mais un analogue, indécelable à Esneux, comme l’a confirmé son fabricant. Il pourrait s’agir, disent-ils, d’une injection d’Humalog. Il était utilisé au CHU de Liège dès le début des années 2000.

DETAILLE,STEPHANE

Commentaires

répondre