Portrait en noir et blanc d’un homme en blanc
posté le 16 mars 2010 |
catégorie Affaire Michel Letiexhe
Après l’arrestation du Dr Letiexhe, la clinique Sainte-Elisabeth dut engager une employée à la seule fin de gérer les 790 rendez-vous que l’incarcération du diabétologue laissait brutalement en carafe. Le docteur était un bourreau de travail. Malgré quoi, il réservait à chaque patient la même disponibilité bienveillante et une écoute jamais prise en défaut. Deux jours durant, une longue procession embuée de patients reconnaissants viendra, face à la barre, tresser des lauriers au médecin qui gratifiera chaque témoin d’un sourire émollient : le même, on le jurerait, qu’il arborait – « A qui le tour ? » – chaque fois qu’il ouvrait la porte de sa salle d’attente.
Figé dans cette posture ramassée qu’impose la modestie quand elle est mise à l’épreuve, il pose un doigt sur ses lèvres pour dissimuler le réconfort qu’il tire de ce tombereau d’éloges : le docteur était un homme bon, chaleureux, attentif, compétent – « Il m’a sauvé la vie ! », clameront plusieurs patients –, calme et rassurant. Sa patientèle l’adulait : il a reçu 3.400 lettres de soutien depuis son incarcération. Ses collaborateurs aussi l’adoraient : « Il n’était pas l’un de ces médecins qui se prennent pour des dieux », raconte une secrétaire.
« Des envieux ! »
Il était lui-même très attaché à ses patients. Au point que certains étaient devenus ses intimes : il arrivait qu’il les convie à sa table et qu’il évoque avec eux ses déboires conjugaux. Et il n’était pas dupe, semble-t-il, de l’intérêt que sa propre personne suscitait dans une partie de sa patientèle : « Beaucoup de mes patientes étaient amoureuses de moi », a-t-il déclaré aux enquêteurs. Il avait d’ailleurs été le médecin de Marie Vossen avant de devenir son mari. Comme il fut le diabétologue de Christine S. qui fut sa maîtresse – du moins le revendique-t-elle – et de la mère de Catherine L., qui devint sa compagne en 2006.
Son aura était autrement mitigée dans le cénacle de ses confrères. Ses collègues du CHU l’ont décrit comme méprisant, individualiste, difficile à cerner, imbu de lui-même, âpre au gain. « Jalousie, coupe l’intéressé. La plupart d’entre eux ont pris ombrage de la relation privilégiée que j’entretenais avec le Pr Lefebvre, sous l’autorité duquel j’ai débuté ma carrière au CHU. »
Des débuts difficiles, d’ailleurs : brillant scientifique, le Dr Letiexhe montrera vite ses limites quand il s’agira de prendre des décisions rapides et d’organiser son activité. Il a des problèmes quand il est de garde aux urgences, il peine à assurer la gestion d’une unité. A telle enseigne que le Pr D’Orio, responsable des urgences au CHU, devra l’écarter de son service « pour la sécurité de la pratique médicale ». Un bon choix, selon le Pr Lefebvre : « Il n’avait pas le profil et la suite a montré qu’il excellait en médecine ambulatoire. »
Le Dr Letiexhe n’en a pas moins conçu un évident ressentiment à l’endroit d’une partie du corps médical : des envieux, dit-il. « La position de victime est une constante de sa personnalité, commentera à ce propos Fabienne Glowacz, chargée de l’expertise psychologique de l’accusé. C’est un mode de pensée qui l’exonère d’une remise en question. »
« Stricts ? Jamais ! »
Les psys qui l’ont examiné ont souligné « l’intérêt ténu » que le docteur manifesterait pour les autres. Ce dévouement de tous les instants pour ses patients ? « Chez lui, affirme l’expert psychiatre Denys, il n’y a d’altruisme que lorsque la position est favorable. » A l’entendre, la personnalité de Michel Letiexhe est tiraillée entre deux tendances : d’une part, une forme d’introversion sociale qui le pousserait à accroître sans cesse sa compétence professionnelle pour compenser un manque de confiance en soi et s’adjuger des positions dominantes, d’autre part « une tonalité paranoïaque » qui inspire toutes sortes de rigidités, d’intolérances à la critique et de sentiments d’injustice. De toute évidence, disent les psys, l’éducation très stricte de Michel Letiexhe a pesé lourdement sur sa vie d’adulte qui serait restée corsetée « dans une gaine de principes inamovibles et entretenus de manière obsédante. »
Lorsqu’elle était venue à la barre, sa mère s’était offusquée : « Stricts ? Mais nous avons jamais eu à l’être avec Michel : dès son plus jeune âge, il a fait ce qu’on attendait de lui sans avoir à l’exiger. »
DETAILLE,STEPHANE
Commentaires
répondre