Un troisième procès, sans Habran

Assises L’arrêt est attendu aujourd’hui, mais Giuseppe Rosato devra être rejugé

Le procès de Marcel Habran et de ses acolytes – deuxième du genre après celui de Liège – aura décidément été hors normes jusqu’au bout. Le verdict du jury a été prononcé en pleine nuit de mardi à mercredi. Et il a fourni lui aussi son lot de surprises au terme de six mois de débats particulièrement chahutés.

Pour le plus grand bonheur de ses proches qui ont applaudi au verdict, Anouar Bennane a été acquitté. A Liège, le même homme avait été reconnu coupable de trois assassinats sur Georges Hardy, Francesco Vella et Onofrio Cacciatore.

Le cas de Giuseppe Rosato est plus complexe. L’homme avait aussi écopé de la perpétuité à Liège, en 2009. Les jurés de Nivelles l’ont également reconnu coupable de trois assassinats. Mais – fait rarissime –, les trois magistrats professionnels ont estimé que le jury avait commis des erreurs dans son appréciation (voir ci-dessous). Rosato devra donc être jugé à nouveau par une troisième cour d’assises.

Les jurés ont enfin considéré que Marcel Habran et Thierry Dalem étaient coupables de l’essentiel des faits mis à leur charge, à des degrés divers toutefois. La famille de Habran a contesté cette décision. La fille du septuagénaire a été évacuée par les forces de l’ordre massivement présentes.

Mercredi après-midi a permis au ministère public et aux avocats de la défense des deux hommes de débattre des peines. L’avocat général Michel Yernaux a requis 25 ans de réclusion pour ce dernier (et un minimum de 15 ans, soit la peine dont il fut frappé à Liège) et 30 ans pour Thierry Dalem. Il précisa que « l’âge n’est pas une circonstance atténuante ».

Baise-main magistral

Me Uyttendaele et Kennes saisirent la balle au bond. « Non, mais l’âge est une réalité ». Leur client, qui n’est poursuivi « que » pour un simple braquage sans circonstance aggravante de meurtre, n’est plus dangereux. Il a changé depuis l’an 2000 et il ne fréquente plus le milieu. « La justice n’est pas une affaire de vengeance, elle n’a pas à faire un exemple. » Mes Bosmans et Mary explorèrent eux aussi la piste du changement. Dalem est devenu père en prison, il y a un an. Son souhait est de vivre le plus vite et le plus sereinement possible auprès de sa fille et de sa femme.

Invités à prendre la parole en dernier lieu, les accusés firent dans la sobriété. « Je n’ai plus rien à dire », déclara Dalem. Habran fut un peu plus prolixe. « J’ai parlé à plusieurs reprises, mais ça n’a servi à rien. Je vous demande de mettre fin à la dérive du procureur général qui a sacrifié à moi tout son temps de parole. »

Voilà qui, pour la petite histoire, rejoignait l’étonnement mêlé d’incompréhension de sa femme qui ne porte pas davantage Michel Yernaux dans son cœur. En attendant l’arrêt, mardi soir, elle nous disait ceci : « Je me trouvais dans la salle des pas perdus, il est venu à moi et m’a fait le baise-main. Pour un homme qui veut la tête de mon mari… »

Le jury se réunira ce jeudi matin pour délibérer sur la peine.

VANDENDRIES,JEAN

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