Léopold Storme échappe au maximum

Vingt-six ans de réclusion

La culpabilité de Léopold Storme prononcée dans la nuit de mardi à mercredi par les jurés des assises de Bruxelles offrait sur un plateau à l’avocat-général Bernard Dauchot la possibilité de requérir la perpétuité à l’encontre du triple assassin des Marolles. Il n’en a rien été. L’avocat-général l’annonça d’emblée : « Je ne ferme pas la porte. Je ne vais pas requérir la perpétuité », se lança-t-il, s’interrogeant dans la foulée aux circonstances qui « pourraient atténuer cette boucherie » et donc permettre de descendre dans l’échelle des peines. Et il écarta l’absence de casier judiciaire de l’accusé, faisant remonter, quand même, à la surface de la mémoire des jurés sa « consommation effrénée de cannabis » ou cette tentative d’incendie à l’athénée Catteau. Puis, il exprima cette seule circonstance atténuante qui justifiait, à ses yeux, sa « concession importante » à demander cette « peine proportionnelle aux faits graves » commis par le jeune homme de 19 ans qu’il était, aujourd’hui âgé de 23 ans. La famille ! Ces proches de Léopold Storme qui n’eurent de cesse de croire envers et contre tout, en son innocence, à la soutenir en rangs serrés aux premiers rangs de la cour d’assises, se refusant toujours, malgré le verdict

implacable des jurés à considérer l’un des leurs comme le triple assassin des membres du clan Storme. « Comment autant de proches ne se sont jamais demandés pourquoi ce gamin allait mal ? », s’interrogea-t-il. Et de dénoncer « le Monde idéal d’Alice au Pays des Merveilles » créé par une famille aveugle autour d’un Léopold en pleine dérive. La famille, partie civile mais solidaire de l’accusée et renvoyée à une part de responsabilité dans la commission de la boucherie des Marolles ? Pour l’avocat-général, bouffé des yeux tout au long du procès par cette cohorte de proches, constituées parties civiles – c’était une première – pour mieux se porter forts aux côtés de Léopold Storme, c’était tout autant un constat raisonné que le reproche d’un aveuglement jamais démenti.

« Or et ordures »

Et Bernard Dauchot récupéra au vol les passions littéraires de l’accusé, lecteur assidu en prison de Fiodor Dostoïevski, pour lui renvoyer les mots du proscrit, écrits à son frère Mikhaïl le 22 février 1854 : « Aux travaux forcés, parmi les brigands, j’ai fini par découvrir des hommes véritables, des caractères puissants et beaux. De l’or sous les ordures ? Il y en avait, qui par certains aspects de leur nature forçaient l’estime ». « L’or de Léopold Storme, en prison, reprit Bernard Dauchot, ce sont les diplômes qu’il a pu décrocher. Il doit faire fructifier cet or après avoir accepté sa culpabilité et avoir réfléchi à ses errances ».

Trente ans requis. Trente ans quand même, un petit cran concédé à la perpétuité, cette peine de mort sans effusion de sang. Les avocats de Storme, Me Mayence et Huet, auraient pu reprendre, eux aussi, Dostoïevski écrivant dans Les Frères Karamazov : « Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable ». Ou encore cette envolée dans L’Idiot : « Mettre à mort un meurtrier est sans commune mesure avec le crime qu’il a commis ». Ils n’en ont rien fait. Les deux, encore sous le choc du verdict rendu la veille, menèrent un dernier baroud, ramenant aux jurés le portrait de Léopold « adolescent immature et en difficulté ». Et ils demandèrent aussi, avec insistance et conviction, de ne pas infliger une insupportable sanction aux grands-mères de Léopold, meurtries par la perte d’un fils, d’une fille, d’une petite-fille, en faisant admettre par une circonstance atténuante incriminant la famille, qu’elles aussi eurent un rôle même très indirect dans ce drame. La cour et les jurés ont cette fois suivi la défense. Vingt-six ans de réclusion. Soit quatre ans de moins que requis, gagnés sur la personnalité fragile de l’accusé, son jeune âge. La famille a été épargnée.

MARC METDEPENNINGEN

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