Kitty : les trois, coupables

Cinq jours pour un verdict implacable

Au terme de cinq jours de délibération passés dans un hôtel ucclois, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles-Capitale ont rendu, lundi soir, un verdict sans équivoque à l’encontre des 3 accusés qui répondaient depuis le 28 février du home-jacking sanglant de Lot (Beersel), fatal à la jeune policière Kitty Van Nieuwenhuyzen, fauchée à la veille de son 24e anniversaire, par des tirs de Kalashnikov, dans la nuit du 3 au 4 décembre 2007.

Les réponses apportées aux 289 questions posées aux jurés s’alignent sur les réquisitions de l’avocat général Bernard Dauchot et rejettent les thèses des avocats des accusés qui avaient plaidé, les uns, la bonne foi de leurs clients, les autres, les incertitudes liées aux expertises génétiques ou encore des témoignages de proches attestant l’absence de Noureddine Cheikhni, Galip Kurum et Hassan Iasir sur les lieux de la sanglante attaque.

Pour les jurés, le tueur de Kitty Van Nieuwenhuyzen est incontestablement Galip Kurum, un Turc de 33 ans originaire de Châtelet. Ce grand gaillard de 1,88 m, selon les jurés, le seul qui ait pu tirer sur le fourgon de la police de Beersel dont Kitty était la passagère, logeant à 1,51 mètre de haut l’une des 16 balles fatales à Kitty ; les autres ayant grièvement blessé son collègue Peter Van Stalle.

Les psychiatres avaient décrit Galip Kurum comme le benêt de la bande, réagissant avec impulsivité à toutes les contraintes. Il avait déjà été condamné à 6 ans de prison pour l’attaque de la poste de Lodelinsart, à l’issue de laquelle il fut blessé par un tir de la gendarmerie alors qu’il tentait de forcer un barrage en compagnie de son coaccusé Noureddine Cheikhni.

Les deux autres accusés sont également reconnus coupables de ce meurtre comme coauteurs. Les jurés, dans la motivation de leur verdict, estiment que Cheikhni et Iasir avaient connaissance de l’armement de guerre emporté par Kurum, qu’ils avaient conscience des risques encourus et qu’ils n’ont rien fait pour empêcher l’usage fatal de cette arme. Ils auraient dû, estiment les juges populaires, avoir conscience des « risques prévisibles » que comportait leur expédition, entreprise à bord d’une voiture volée et soutenue par un armement lourd.

Les jurés se sont déclarés convaincus de la culpabilité des accusés par les preuves ADN récoltées par les enquêteurs. Leurs empreintes génétiques avaient été retrouvées dans la voiture Volvo T5 (tombée en panne) qui les avait emmenés sur les lieux. Des traces ADN furent retrouvées sur des ceintures de sécurité, sur des outils contenus dans deux sacs, sur un gilet pare-balles. Des traces récentes, avaient soutenu les experts, lors du procès, qui excluaient ainsi une contamination secondaire ou accidentelle de ces pièces.

Au cours des débats, la présidente Karine Gérard avait aussi pu emporter les aveux de Noureddine Cheikhni qui admit, à l’issue de la plaidoirie de son avocat, qu’il avait bel et bien chipoté cette voiture qu’il savait volée, en enlevant des autocollants et en sectionnant des ceintures de sécurité, sans toutefois dénoncer « par crainte de représailles » les voleurs de cette voiture, les couvrant jusqu’à l’absurde.

Les jurés se sont aussi dits convaincus par l’enquête de téléphonie qui a démontré, juste avant les faits mis à leur charge et juste après, d’importants flux de communications : les trois préparaient leurs coups, se taisaient pendant leur exécution et reprenaient ensuite leurs dialogues.

Les jurés n’ont enfin accordé aucun crédit aux explications des accusés concernant leur fuite simultanée vers le Maroc et la Turquie, deux jours après les faits. L’avocat-général avait estimé que, ce faisant, les trois voulaient se mettre à l’abri, attendant que la tempête policière née du meurtre de Kitty s’éloigne d’eux.

Maigre consolation pour les trois : ils ont été acquittés du vol d’une plaque de voiture commis à Gembloux. Seul Noureddine Cheikhni a été condamné pour un fait secondaire, le braquage d’un couple à Roux où de l’argent et le contenu d’un coffre avaient été emportés. Il avait laissé du sang sur les lieux. Et il avait finalement avoué à l’audience son implication dans ce braquage.

Aujourd’hui, la Cour et les jurés statueront sur la peine. Les trois accusés risquent la réclusion criminelle à perpétuité et une peine de mise à disposition du gouvernement.

En vedette, l’adn qui ne peut demeurer la seule preuve
Commentaire

Tout au long de ce procès, l’ADN, qu’il soit nucléaire ou mitochondrial, a tenu la vedette, « témoin silencieux » de la culpabilité des trois accusés. L’enquête menée sur le meurtre de la policière Kitty Van Nieuwenhuyzen ne s’est heureusement pas limitée à cet indice scientifique que des séries télévisées ont consacré bien abusivement comme la preuve ultime. D’autres preuves ont été rapportées. L’enquête policière s’est fondée sur les bons vieux tuyaux éternels : les indics, la dénonciation, la collecte de témoignages.

L’ADN est la pire et la meilleure des preuves. Si des traces génétiques sont collectées sur les lieux d’un crime, il faut encore qu’elles soient pertinentes et confirment d’autres preuves. Aux Etats-Unis, la foi en l’ADN, célébrée par la télévision, entrave de nombreux procès criminels. En matière financière, par exemple, des jurés exigent que l’ADN des criminels en col blanc se retrouve sur les chèques en bois qu’ils ont tirés. Et des criminels, avides de séries à succès, n’hésitent pas à transporter sur les lieux d’un crime qu’ils commettent les mégots de cigarettes d’un rival qu’ils veulent faire plonger.

Le procès Kitty a évité ces pièges grossiers. L’ADN n’a été qu’une brique supplémentaire à l’édifice de présomptions fiables et concordantes soumis à la sagacité des jurés. Reste que la preuve génétique, comme toute autre preuve que la science permet de dégager désormais, est une pièce maîtresse de l’enquête criminelle. Reste à conforter le statut et les moyens de nos « experts »

METDEPENNINGEN,MARC

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