Meurtre de Kitty : trois fois 30 ans

Ils échappent à la perpétuité

Au terme de deux heures de délibération, la cour d’assises de Bruxelles a condamné, mardi peu avant 19 h, Noureddine Cheikhni, Galip Kurum et Hassan Iasir, à 30 ans de réclusion criminelle pour, essentiellement, le meurtre de la jeune policière Kitty Van Nieuwenhuyzen. Dans son arrêt, la Cour et les jurés stigmatisent l’attitude des accusés, insensibles au respect « de la vie et des biens d’autrui ».

Mardi matin, l’avocat général Bernard Dauchot s’était levé en premier. Il avait exhorté les jurés et la Cour à sanctionner par la peine la plus lourde la « sauvagerie gratuite » des trois accusés reconnus coupables, la veille, du meurtre de la jeune policière, de la tentative de meurtre sur son collègue Peter Van Stalle et de l’agression sanglante commise la même nuit dans la maison d’Ismaël Saccor, ce père qui porte encore aujourd’hui les séquelles des blessures par balles encourues alors qu’il protégeait sa femme et ses enfants contre l’intrusion des trois gangsters. « Ne glacez pas le sang de la société par des peines inadéquates », avait-il lancé aux jurés, leur rappelant le « fatras d’invraisemblances » empilé par les accusés tout au long de l’instruction et du procès, et leur « soumission absolue à la loi du milieu ». « Puisque le mal existe, il faut croire au châtiment », avait-il tonné, se référant à l’écrivain Michel Houellebecq qui écrivit : « Une peine est juste parce qu’elle est normale et nécessaire. » Et de faire suite à cette citation : « Le mal est tel dans cette histoire que la peine normale est la réclusion criminelle à perpétuité. » L’avocat général

s’était encore fait sévère, parlant d’une « hallucinante barbarie » commise par trois « récidivistes qui se sont exclus de la société ».

La défense des trois, encore sonnée par le verdict prononcé la veille, prit ensuite la parole. Me Kennes, l’avocat de Cheikhni, exhorta les jurés à ne pas cantonner son client « à sa délinquance », rejetant « l’effet dissuasif des lourdes peines ».

Le monde des prisons

Il entraîna les jurés dans ce monde immonde que sont les prisons : l’absence d’hygiène, les rats, les cafards, la douche tous les trois jours, des espaces de vie de 9 m2.

Me Olivier Martins, l’avocat de Kurum, reconnu comme le tueur de Kitty, exhorta les juges à rechercher une peine juste, la fixant à 20 ans, et trouvant dans la jeunesse de son client (33 ans), ses difficultés existentielles liées à son physique disgracieux (il est prognathe), dans son intelligence limitée, des circonstances atténuantes. « Vous n’allez pas me dire qu’il mérite la même peine que Dutroux », s’exclama-t-il.

Michel Bouchat se leva en dernier pour parler de son client Hassan Iasir, soulignant que celui-ci était le seul des trois à n’avoir tiré sur personne. « Ce meurtre, il ne l’a pas voulu. » Et lui aussi de plaider que la peine maximale se devait d’être « réservée aux monstres ». Et d’en citer d’autres : Habran, condamné à 15 ans, Michelle Martin, à 30 ans, pas à la perpétuité.

Puis, la présidente fit une dernière fois lever les accusés. Cheikhni : « Je suis abasourdi, mais j’accepte. Je ne réalise pas ce qui est en train de m’arriver. Donnez-moi l’opportunité de reconstruire ma vie, de construire une famille. » Les deux autres n’eurent rien à ajouter.

METDEPENNINGEN,MARC

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