Marie-Christine Draise condamnée à dix ans de réclusion

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Au bout du compte, la cour d’assises de Namur se sera montrée clémente : vendredi après-midi, elle a condamné à dix années de réclusion Marie-Christine Draise, déclarée coupable, la nuit précédente, d’un assassinat sur la personne de son ex-mari, Alain Servotte, dont le corps lardé de dix-huit coups de couteau avait été découvert, le 18 avril 2008, dans l’habitation qu’il occupait, rue des Juifs, à Couvin.

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Haro sur l’enquête

Assises Le verdict était attendu hier en fin de soirée

Coupable ou innocente ? Jeudi soir, à l’heure de boucler cette édition, Marie-Christine Draise attendait toujours d’être fixée sur son sort. Le jury s’était retiré vers 19 heures, emmenant dans sa salle de délibération les arguments développés, toute la journée durant, par l’accusation et la défense.

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Deux moineaux dépenaillés dans une java d’enfer

Assises de Namur Les fils de Marie-Christine Draise brossent un portrait impitoyable de leur mère

Après son divorce, en 1987, la vie de Marie-Christine Draise n’avait plus été qu’une java. Une java sans joie. Elle buvait, les gosses trinquaient. André avait dix ans, à l’époque. Mickaël en avait cinq de moins. Elle les traînait de bistrot en troquet. Elle draguait au bar. Pompette. Elle picolait des pils – « Mes vitamines », aboyait-elle –, ils picoraient des chips, des cacahuètes et des croque-monsieur, comme deux moineaux dépenaillés.

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Des insultes écrites au rouge à lèvres

Assises de Namur Procès Draise

Ceux qui prirent part aux libations livrent une description plutôt confuse de la beuverie qui eut lieu, le mercredi 16 avril 2008, chez Alain Servotte, rue des Juifs, à Couvin. Quand ils étaient arrivés, vers la fin de l’après-midi, Romain Bouvy, Michaël « Strix » Striccelle et Christophe Draise, dit « Nono », avaient trouvé les deux autres bien éméchés, à l’aplomb d’une bouteille de pastis : Marie-Christine Draise faisait la bamboula dans le living, Alain Servotte tutoyait le coma dans le divan. Atone, absent, somnolent. Une apathie inhabituelle que les trois autres avaient mise sur le compte de l’alcool.

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Accusée légère, dossier maigrelet

Assises de Namur Marie-Christine Draise persiste à nier le meurtre de son ex-mari

La cause est loin d’être entendue. Avec ses mots grenus qui empestent encore la goguette ordinaire et le bistrot du coin, Marie-Christine Draise continue de nier : elle n’a rien à voir, dit-elle, avec la mort de son ex-mari, Alain Servotte. Elle avait fait des aveux, c’est vrai, au tout début de l’enquête. Et elle les avait maintenus lors de son premier passage devant la chambre du conseil. À l’époque, elle avait même fourni un mobile : elle avait voulu venger « les nénettes », ses deux nièces dont Alain Servotte avait abusé durant l’année 2004. Mais elle s’était rétractée quelques jours plus tard : elle n’avait revendiqué le meurtre, prétendit-elle, que pour disculper « Nono », son neveu, car elle redoutait qu’on lui imputât le crime.

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Itinéraire d’une femme déchue

Justice Le procès de Marie-Christine Draise débute ce lundi aux assises de Namur

Marie-Christine Draise a-t-elle tué Alain Servotte, son ex-mari dont elle était divorcée depuis plus de vingt ans ? Elle l’a admis. Elle l’a nié. Elle a dit qu’elle l’avait tué pour venger « les nénettes » : deux nièces mineures d’âge dont Alain Servotte avait abusé en 2004 – des faits dont il aurait dû répondre devant un tribunal correctionnel le 22 avril 2008, six jours après la date présumée de son décès. Puis elle a fait volte-face : elle avait confessé ce crime, dira-t-elle, car elle redoutait qu’on l’imputât à son neveu « Nono ». On ne l’a pas crue : elle avait livré, dans ses premiers aveux, des détails qui la trahissaient.

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Georges Alomène est acquitté

Les jurés l’ont déclaré non coupable du meurtre de Michel De Bast

Jojo et sa bouteille d’oxygène sont libres comme l’air. Le verdict est tombé peu avant minuit : non coupable ! Le jury s’est rendu aux arguments de la défense qui, toute la matinée, l’avait conjuré de bien vouloir considérer que la vérité ne choisit pas forcément la voie la plus simple. D’envisager qu’elle peut emprunter l’un ou l’autre de ces chemins abstrus dont l’enquête avait d’emblée résolu de ne tenir aucun compte, dès lors que les circonstances – et la rumeur ! – conspiraient pour faire de Georges « Jojo » Alomène le coupable idéal. Et que le prosaïsme de l’univers – tous des pochards ! – dans lequel le drame survint n’inclinait sans doute pas les enquêteurs à pousser plus avant leurs investigations.

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« La victime a elle-même brouillé la piste »

Michel De Bast, dit l’accusation, ignorait qu’il allait mourir : il n’a pas livré Georges Alomène par peur des représailles

Des pistes négligées ? « Il n’y a dans ce dossier aucun indice propre à faire croire qu’une autre personne que l’accusé a pu tuer Michel De Bast », martèle l’avocat général Carole Fruy. Sauf, bien sûr, à ajouter foi aux ragots nicotinés qui, à l’heure de l’apéro, continuent de prospérer dans les bistrots du quartier du Midi – cette rumeur selon laquelle Michel De Bast aurait, le 8 février 2008, ramené chez lui un homosexuel nord-africain qui lui aurait fait du plat dans un troquet portugais du voisinage. Ou à considérer comme seulement plausible l’irruption, ce jour-là, de l’autre Georges Alomène – le fils à Raymond – dans l’univers étriqué d’un Michel De Bast qu’il aurait estourbi sur-le-champ pour lui voler ses trois sous.

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Il y a deux Georges Alomène…

L’audition des témoins, mardi après-midi, jette le discrédit sur l’enquête

Le jury est perplexe. D’abord, il y a cette petite tache de sang retrouvée sur l’un des pans de la chemise que l’accusé, Georges « Jojo » Alomène, portait durant la journée du 8 février 2008. Une projection à ce point minuscule qu’on eut mille peines à la localiser lorsque, pour l’édification des jurés, on exhuma la chemise des pièces à conviction. L’analyse génétique de cette micro-trace a révélé qu’il s’agissait d’une empreinte mixte, mêlant le profil ADN de l’accusé à celui – « majoritaire et plus intense » – de la victime, Michel De Bast. Mais voilà : ce profil majoritaire peut aussi bien avoir été livré par du sang que par n’importe quel autre liquide biologique – de la salive, par exemple – sécrété par la victime.

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« Michel, il m’appelait papa »

L’accusé nie être le Georges que la victime a désigné comme son agresseur

Lui, Georges, c’était Jojo. Et son univers, grand comme un ticket de métro, était peuplé de Nénette, de Zézette, de Bilou, de Spirou, de Tchitcho et d’une poignée d’autres zigues qui, selon des orbites diverses, gravitaient autour des numéros 103 et 105 de la rue de Mérode, à Saint-Gilles. Deux maisons que des aménagements crapuleux, menés sans autre logique que celles de la rentabilité et de l’urgence, avaient abouchées pour ne former qu’un seul immeuble : un taudis qui était devenu le biotope infect d’une petite communauté de laissés-pour-compte et d’oubliés de la chance, locataires de studios insalubres et abonnés aux repas que Tchitcho, le proprio, servait à qui les commandait dans la friterie désaffectée du rez-de-chaussée : c’était 5 euros la bouffe, 1 euro la canette de Stella.

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