Procès Janssen : les enquêteurs sur la sellette

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Assises du Limbourg Les assassinats de Shana et de Kevin auraient peut-être pu être évités

Lorsque le cadavre d’Annick Van Uytsel, abîmé par les coups de marteau portés par Ronald Janssen, apparut sur l’écran géant de la cour d’assises du Limbourg, siégeant à Tongres, son père ne put que quitter la salle.

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Trois crocos et un magot

Pascal Gillot et Nathalie Van Kessel, deux des trois accusés qui comparaissent dès ce lundi devant les assises de Liège. La troisième accusée, Georgette Jonckers, répond elle aussi d’assassinat. © belga.

Justice Une mère, son fils et sa bru devant les assises de Liège

Quand Henri Vanhaeren était mort, le 5 novembre 2003, les formalités administratives avaient été promptement expédiées : mort naturelle. Même si, à 76 ans, le défunt portait encore beau. Il affichait même une santé insolente qu’il jardinait avec un soin jaloux : il pratiquait encore assidûment la danse de salon et la culture physique – deux heures d’haltères et de banc de musculation, chaque jour, dans son appartement de Waremme.

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Le tueur incrimine ses victimes

Eddy Van Uytsel, le père d’Annick, a quitté plusieurs fois la salle d’audience en entendant la nouvelle version de la mort de sa fille débitée par Ronald Janssen. ©Yorick Jansens/Belga

Assises du Limbourg Ronald Janssen livre une nouvelle version des faits

Et le « monstre » lâcha des larmes de crocodile. Ronald Janssen, le tueur en série dont le procès s’est ouvert vendredi devant la cour d’assises du Limbourg, siégeant à Tongres, offrait jusqu’alors le visage d’un tueur froid et déterminé, un Docteur Jekyll et Mister Hyde, homme parfait et sociable le jour, cruel prédateur la nuit, désireux de mener le procès à sa manière en accumulant les exigences (pas de dessins, de photos, de GSM…). Hier, lorsqu’il se leva à l’invitation du président Michel Jordens, il offrit le visage d’un petit bonhomme défait, coincé dans son box comme écolier dans le coin, serrant ses mains derrière le dos. Et il lâcha des sanglots. Les siens avaient déjà été précédés de ceux des parents des victimes, quittant en matinée la salle d’audience pour échapper, lors de la lecture de l’acte d’accusation de 69 pages, à l’écoute sordide du meurtre de leurs enfants : le marteau fracassant la tête d’Annick Van Uytsel, les deux balles tirées froidement dans la tête de Kevin Paulus, le viol et la mise à mort de Shana Appelmans.

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C’est Jacqueline qui a tué

Le jury désigne Jacqueline Dhert comme l'instigatrice du vol et la meurtrière des Beasche. © Belga

Isabelle et son épouse acquittées du plus lourd

La vérité judiciaire est tombée, abrupte, avec le verdict, jeudi en début de soirée : Jacqueline Dhert, ont dit les jurés, est l’instigatrice du vol commis, le dimanche 22 mars 2009, chez Daniel et Mechtilde Beasche, à Anvaing. Et c’est elle – et elle seule – qui a tué les deux retraités. Sa fille Isabelle, et sa bru, Mélissa Fruit, ont été déclarées coupables d’un vol avec violences ou menaces mais elles ont été acquittées de la circonstance aggravante de meurtre.

Le jury a en effet estimé qu’« aucun élément matériel objectif ne permettait de relier les deux jeunes femmes à la commission de ce double meurtre ». Les jurés ont considéré, en revanche, que plusieurs éléments recueillis au cours de l’enquête désignaient Jacqueline Dhert comme la meurtrière : les fibres de son t-shirt, retrouvées sur l’avant-bras de l’une des victimes, ou encore les empreintes de pas qu’elle aurait laissées dans les fluides corporels qui s’épanchèrent du corps de Mechtilde Plume au moment de son décès. lire la suite

Condamner le trio ou faire le distinguo ?

Me Van Cleemput estime que sa cliente, Jacques Dhert, n'est pas responsable de ses actes. © Belga

Sa défense a sollicité l’internement de Jacqueline Dhert, l’aînée des trois accusées

Si les trois accusées avaient jamais espéré se tirer des flûtes en se rejetant l’une à l’autre la responsabilité du meurtre des époux Beasche, c’est raté, tonne l’accusation. « La question qui vous est soumise n’est pas de savoir qui, parmi les accusées, a commis les violences qui ont coûté la vie aux deux victimes : on vous demande de dire si, oui ou non, un meurtre a été commis pour faciliter un vol ou pour en assurer l’impunité », ont lancé aux jurés l’avocat général Alain Lescrenier et Me Geoffroy Huez, qui défend les intérêts des parties civiles. Dès lors, disent-ils, que les trois accusées s’étaient accordées sur l’idée de voler les Beasche, toutes les circonstances aggravantes qui lestent lourdement ce forfait leur sont pareillement imputables, sans considération pour le rôle que chacune d’elles put tenir dans cette tragédie. Elles sont, au nom du principe pénal de corréité, solidairement coupables d’un vol avec la circonstance aggravante que deux homicides ont été commis pour le faciliter.

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Un « baron » à la cour des miracles

Jacqueline Dhert est une femme fruste, impulsive qui entretenait avec sa fille Isabelle une relation toxique et fusionnelle. © Belga

Le témoin porte une sorte de redingote noire, austère, anachronique, qui jure cruellement avec les étonnantes ballerines bleu marine dont il est chaussé. Il est plutôt confus. Peut-être même bat-il un peu la campagne. « Ce que vous ignorez, c’est que Jacqueline Dhert a tué sa mère », jette-t-il soudain dans un prétoire consterné. Le président arrête les frais une minute plus tard, quand le témoin se met en devoir d’expliquer que Jacqueline a également tué Rosita Desmet, la compagne de sa fille Isabelle, en 1998. Le président le congédie avec un soupir fatigué : rien à tirer de ce zigue.

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« J’ai pas fait de mal à les vieux, ça j’peux l’jurer »

Isabelle Dhert (à gauche) et son épouse Mélissa Fruit (à droite) livrent un récit qui accable la mère. Jacqueline, elle, charge sa fille et sa bru. © Belga

Accusées du meurtre de deux retraités, mère, fille et bru se rejettent la responsabilité des faits les plus abjects
Les voisins sont formels : les vélomoteurs étaient arrivés simultanément chez les Beasche, ce dimanche-là. Et ils étaient repartis au même moment. Ce qui mite tout aussi sûrement la version de l’une que celle des deux autres. Parce que les trois accusées ne s’entendent sur rien : Jacqueline tente de se défausser du plus abject – l’ignominieuse mise à mort de Mechtilde et Daniel Beasche – sur sa fille et sa bru. Et les deux autres font pareil : c’est Jacqueline, disent-elles, qui a tué les retraités. « Et je pourrai encore lui pardonner si elle accepte enfin de dire la vérité », hoquette Isabelle, sa fille. Jacqueline, drapée dans les guenilles de sa dignité – à peine moins seyantes que sa chemise de bûcheron – se rebiffe : « J’ai jamais rien fait de mal à les vieux ! », croasse-t-elle.

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Gâteau empoisonné

Isabelle Dhert. © Belga

Elles avaient fait la route à vélomoteur. La mère sur le rouge, la fille et la belle-fille sur le noir. Le casque vissé sur la tête. Le cake aux pommes dans son emballage en alu ficelé sur le porte-paquet. A trente à l’heure, guère plus, dans le paysage en ronde-bosse des Ardennes flamandes, entre Anvaing et Renaix. Une équipée digne d’un film de Felix Van Groeningen. C’était un dimanche de mars. Le gâteau, derrière, c’était pour « le baron » et pour Mechtilde. Elles l’avaient cuit juste avant. Puis préparé le nappage : lait, œufs, vanille, crème. Et médicaments : phénobarbital, anxiolytique et diphénylhydantoïne.

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