Hina, la nièce de Tariq, a raconté son enfer

Assises du Hainaut Le père de Sadia aurait joué un rôle primordial dans le mariage forcé de la fille de son frère Ashar

Après la mort de Sadia, un internaute anonyme avait posté sur le forum d’un blog que ses amis avaient dédié à la jeune victime cette phrase sibylline qui intrigua les enquêteurs : « La balle qui t’a tuée m’était destinée. » Ils ne furent pas longs à identifier l’auteur : Hina Sheikh, une cousine de Sadia installée en région parisienne. Entendue lors d’une commission rogatoire, la jeune femme – elle a aujourd’hui 26 ans – livra aux policiers un récit qu’elle a répété, hier, devant les assises du Hainaut, par le biais d’une vidéoconférence.

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« L’honneur, c’est des couilles ! »

Peut-être Mudusar et Sadia avaient-ils une égale propension à grossir démesurément les choses. Avec, au final, cette conséquence dramatique que, les outrances de l’un hypertrophiant celles de l’autre, ils se retrouveraient un jour dans le rôle exact dans lequel ils se virent, des mois durant : lui en justicier, elle en victime expiatoire. « Mudusar, pas plus que Sadia, n’a su s’ouvrir à nous de sa détresse, dira leur sœur Tahira. Ils ne nous ont pas fait confiance. »

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Un frère dans le rôle « du mari jaloux »

Faut pas pousser, dit Mudusar, quand l’expert Simon Peterman en termine avec son exposé sur le fonctionnement de la famille pakistanaise traditionnelle.  Lui, Mudusar, peine à reconnaître les Sheikh dans cette description-là. Il est Belge. D’origine pakistanaise, c’est entendu. Mais Belge : il recevait des cadeaux à la Saint-Nicolas. L’expert, lui, a livré le portrait d’une famille confite dans une tradition immémoriale que Tariq, le père, avait de bonnes raisons de jardiner jalousement : « En fait, dit-il, il reproduit – en les exacerbant – les comportements de la société traditionnelle d’origine pour préserver une identité et peut-être, avant tout, son pouvoir sur les siens qu’il sent menacé. » lire la suite

Papa, son fils modèle et ses filles rebelles

Justice La mort de Sadia devant les assises du Hainaut

Dans le répertoire de son GSM, Sadia avait encodé le numéro de Saryia, sa sœur cadette, sous la mention : « Ne pas décrocher. » Saryia la saoule. Toujours à l’épier, à la cafter. C’est une écervelée : bon cœur, attachante, mais soupe au lait, arrogante, agressive, mal embouchée. A l’école, elle a tout raté. « Elle a la tête, mais pas l’envie », dit l’une de ses sœurs. Saryia, sa vie, c’est son GSM, internet, la glande et les séries télé. « Je ne vois guère de qualités en elle », dira Tariq, son père, aux enquêteurs.

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Mudusar et Saryia s’accrochent à une version très improbable

Justice La mort de Sadia devant les assises du Hainaut

Le procès n’avait pas sitôt commencé, ce lundi, que Mudusar Sheikh passait à confesse dans un prétoire médusé : il avait non seulement prémédité le meurtre de Sadia, mais également – « Je vais l’apprendre à ma famille », hoqueta-t-il – celui de Saryia, leur sœur cadette assise à ses côtés dans le box des accusés. Tout sauf une péripétie d’audience. Car cet aveu-là, si les débats venaient jamais à lui donner quelque consistance, innocenterait Saryia, ci-devant troisième accusée, désormais deuxième victime.

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Une famille dans l’infamie

Justice La mort de Sadia devant les assises du Hainaut

Tout le monde s’épiait dans cette famille-là, comme si chacun avait voulu prévenir chez les autres l’inconduite ou le faux pas qui aurait entaché la réputation de la tribu. Les Sheikh formaient une famille honorable, selon les normes sourcilleuses de leur communauté.

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Sadia, disent les siens, avait caché son jeu

Justice La mort de Sadia devant les assises de Mons

Donnait-elle le change ? Le fait est que l’attitude de Sadia fut passablement ambiguë dans les mois qui suivirent son mariage. Elle avait choisi Abbas, un cousin, parmi les quelques prétendants dont son père avait ramené, franc battant, les photographies au retour d’un voyage de prospection au Pakistan. Elle ne l’avait rencontré qu’à une seule reprise, sept ou huit ans plus tôt, lors du mariage de l’une de ses sœurs. L’affaire avait été rondement menée : les noces avaient eu lieu en août 2005, via Internet – ici comme là-bas, les deux familles s’étaient agglutinées autour de l’écran d’un PC où s’animaient les images filmées par une webcam.

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Mudusar : « J’ai voulu tuer Saryia »

Mudusar Sheikh a l’air d’un chien battu. Comme si toute la tristesse du monde s’était soudainement diluée dans la flaque noire de son regard. Il est là pour dire que ni ses parents, ni sa sœur Saryia ne sont impliqués d’aucune manière dans la mort de Sadia. Il a agi seul. Il entend surtout, dit-il, livrer à la cour d’assises le fruit d’une récente introspection qui l’a conduit à enfin regarder en face l’être qu’il a été. « Ces dernières semaines, dit-il, j’ai pris conscience de beaucoup de choses que je ne voulais pas accepter. » Il est ému. Ses propos sont confus, ses phrases tarabiscotées ne sont pas toujours intelligibles. Mais cette phrase-là, tout le monde doit l’avoir entendue : « Je vais l’apprendre à ma famille, annonce Mudusar : j’ai voulu tuer Saryia ».

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Sadia, morte d’avoir voulu vivre

Ce soir-là, Sadia Sheikh et son père regardent ensemble une émission religieuse sur une télévision musulmane. La prédication terminée, le père se serait tourné vers sa fille : « Tu vois, Sadia, tout ce qu’il dit là, c’est vrai. Tout ce que tu as fait me permet de faire l’acte. De faire la charia. » Cette scène, c’est Sadia elle-même qui la rapportera à des proches. Ils s’en souviendront lorsque, dix jours plus tard, Sadia tombera sous les balles de son frère Mudusar, dans la maison familiale, à Lodelinsart. C’était le 22 octobre 2007. Un lundi. Sadia décédera de ses blessures deux jours plus tard, au CHU de Charleroi. Elle avait vingt ans.

Les enquêteurs et le juge d’instruction Ignacio de la Serna ont très tôt été convaincus que Sadia Sheikh avait été victime d’un complot familial dont Mudusar, son frère, aurait été l’exécutant : un « crime d’honneur » perpétré au motif que la jeune femme prétendait se soustraire à un mariage arrangé par sa famille avec un cousin resté au pays, là-bas, au Pakistan. lire la suite

Le jury est constitué, le procès débute lundi

Un crime d’honneur ? Sadia Sheikh, 20 ans, a-t-elle vraiment été victime, comme l’accusation le soutient, d’un complot familial parce qu’elle prétendait se soustraire au mariage que les siens voulaient lui imposer ?

Cette question-là sera, trois semaines durant, au cœur du procès qui débutera, ce lundi, devant la cour d’assises du Hainaut dont le jury – huit hommes, quatre femmes – a été constitué jeudi.

Quatre accusés prendront place dans le box : le frère de Sadia, son père, sa mère et Sariya, l’une de ses sœurs. C’est son frère, Mudusar Sheikh, qui a abattu Sadia, le 22 octobre 2007, au domicile familial, 220, rue du Chesnois, à Lodelinsart. Tout au long de l’instruction, il a prétendu avoir agi seul, dans l’emportement d’une dispute qui l’aurait opposé à Sadia : « J’ai vu rouge », dit-il. Mudusar, 27 ans, réfute formellement avoir jamais été « le bras armé » d’un complot impliquant les autres membres de sa famille. lire la suite