« Nous irons en cassation »

Justice Le père de Sadia est condamné à 25 ans, sa mère à 20 ans

Quinze ans pour Mudusar. Cinq pour sa sœur Saryia. Vingt-cinq pour Tariq, son père. Vingt pour Parveen Zahida, sa mère. L’arrêt rendu hier soir par la cour d’assises du Hainaut n’a pas vraiment racheté, comme certains l’espéraient, la sévérité du verdict exprimé, vendredi, par le jury : ce jour-là, les quatre accusés avaient été déclarés solidairement coupables de l’assassinat de Sadia Sheikh, leur fille, leur sœur, abattue de trois balles tirées par son frère Mudusar, le 27 octobre 2007, dans la maison familiale de Lodelinsart. Les jurés avaient suivi la thèse de l’accusation. C’était un complot familial : ses proches avaient ourdi la mort de Sadia, coupable d’avoir éreinté l’honneur des siens en prétendant se soustraire à un mariage dont elle ne voulait pas.

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Le jury retient la thèse du complot

Justice Le frère de Sadia, sa sœur et ses parents sont dits coupables d’assassinat

Saryia, la cadette, aura été la première à comprendre : le président en est encore à lire les réponses – « Oui », « Oui », « Oui »… – apportées par les jurés aux vingt-quatre questions qui leur étaient soumises qu’elle étrangle déjà des sanglots. C’est déjà une certitude : le jury a retenu la thèse de l’accusation. Celle du complot familial.

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L’honneur en paravent d’un amour inavoué ?

Sarya et ses parents nient avoir comploté contre Sadia © belga

Sadia, 20 ans, a-t-elle été victime d’un complot familial dont Mudusar, son frère aîné, n’aurait été que l’exécutant ? A l’heure de boucler cette édition, le jury de la cour d’assises du Hainaut délibérait toujours de la culpabilité des quatre accusés : Mudusar – qui a d’emblée plaidé coupable –, sa sœur Saryia et ses parents, Tariq Mahmood et Parveen Sheikh, qui ont tous trois réclamé leur acquittement.

Le verdict n’est pas couru d’avance tant le procès aura peiné à démêler l’écheveau des relations complexes que les protagonistes du drame entretenaient entre eux dans un contexte culturel particulier. Le procès aura, à cet égard, eu le mérite de faire un sort aux idées simples : l’histoire – la tragique histoire – de Sadia n’est pas seulement celle d’une jeune Pakistanaise occidentalisée en butte à l’obscurantisme des siens, tuée par son clan parce qu’elle prétendait se soustraire à un mariage dont elle ne voulait pas, sacrifiée parce qu’elle aurait eu le front de placer son bonheur plus haut que leur honneur. lire la suite

« Je dis que Mudusar était amoureux de Sadia »

Me Vincent Dusaucy, avocat de la mère de Sadia © AVPRESS

« Pas de complot », dit l’avocat de la mère de Sadia, qui plaide l’acquittement

Un jour de janvier 2008, Parveen Zahida, la mère de Sadia, va et vient, en pleurs, dans sa maison, rue du Chesnois, à Lodelinsart. Elle est seule au logis. Elle soliloque à voix haute, en urdu, ignorant que, dans la pièce où elle fait les cent pas, les écouteurs placés par les enquêteurs sont toutes ouïes. Elle se lamente. Elle invoque Allah : « Mon fils, dit-elle, a commis une atrocité. Pardonne-lui. » Ces mots, l’avocat de Parveen les a rapportés dans sa plaidoirie, mercredi : « Une mère, dit Me Vincent Dusaucy, est faite pour donner la vie, pas pour la reprendre. »

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« L’inepte théorie du complot »

Leurs avocats réclament l’acquittement du père et de la sœur de Sadia

Même les actes les plus anodins peuvent donner lieu à des lectures très différentes selon le statut sous lequel on considère ceux qui les posent : coupables potentiels ou présumés innocents. C’est à cet exercice étonnant du changement de prisme que les avocats de la défense se sont livrés, hier, pour instiller parmi le jury ce doute qui doit profiter à l’accusé.

Si l’on voulait seulement, comme l’a fait Me Nathalie Buisseret, l’avocate de Saryia Sheikh, ajouter foi aux propos de Mudusar lorsqu’il déclare avoir également tenté de tuer sa sœur cadette, le 22 octobre 2007, on verrait toute la perspective de ce procès basculer. Saryia deviendrait victime, au même titre que Sadia, et ses déclarations – comme ses attitudes – retrouveraient du même coup une lisibilité malmenée par cette thèse du complot familial érigée d’emblée en postulat. lire la suite

Un complot familial, dit l’accusation

Justice Son frère a-t-il exécuté Sadia pour satisfaire ceux qui tiraient les ficelles ?

Les balles avaient traversé ses vêtements : Sadia n’avait eu le temps d’ôter ni son manteau ni son écharpe. « Ce fut une exécution », tonne l’avocat général Alain Lescrenier. L’affaire de quatre minutes, au maximum – moins de deux, plus probablement, selon la téléphonie qui a circonscrit la durée des faits avec une précision difficilement réfutable. Sadia n’avait pas sitôt franchi le seuil de la maison familiale qu’elle avait été abattue de trois balles par son frère Mudusar.

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« Qu’est-ce que tu as fait ? Pourquoi on est là ? »

Justice Parveen, la mère de Sadia, apostrophe son fils Mudusar devant les assises du Hainaut

Elle n’avait, jusqu’ici, émis que des sanglots. Passé des audiences entières à se torturer les mains, à triturer sans fin des mouchoirs en papier, à s’éponger les yeux, à pleurer encore.

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