Un 7,65, ça ne part pas tout seul
posté le 19 janvier 2012 |
catégorie Affaire Michel Geeraerdt, Bibliothèque judiciaire

C’était un accident, dit l’accusé. Un dramatique accident. Il s’était engouffré dans l’escalier de service de la villa, son 7,65 pointé sur Daniel Thomson Pacheco qui marchait devant. Il avait trébuché. Le coup était parti tout seul. A bout portant. La balle avait traversé la boîte crânienne de « Monsieur Daniel », avait ricoché sur un mur, percuté celui d’en face avant de retomber, enfin inerte, dans l’une des pantoufles de la victime. Les enquêteurs l’avaient retrouvée là, indécemment calfeutrée dans ce pitoyable écrin : la mule douillette de l’homme qu’elle venait de tuer.
Un accident ? Les experts sont perplexes. L’escalier, c’est vrai, est piégeux : la profondeur des marches (22 cm) et leur largeur (70 cm) rendent la descente passablement périlleuse. Que Michel Geeraerdt, l’accusé, s’y soit cassé la pipe, c’est possible. Que le coup soit parti tout seul, c’est une autre affaire : l’arme – un pistolet FN semi-automatique que l’accusé avait hérité de son frère – est munie d’une double sécurité.
« Avant de pouvoir faire feu, explique un expert, il faut l’armer en faisant glisser la culasse vers l’arrière pour faire monter une balle du chargeur dans la chambre. Il faut placer le levier de la sécurité extérieure en position basse – faute de quoi la détente est bloquée –, exercer une pression suffisante sur la crosse pour neutraliser la sécurité de poignée et presser la détente avec une force de 27 newtons au moins. »
Le coup de feu aurait
été tiré sur le palier
La version livrée par l’accusé impliquerait donc que l’arme était prête à faire feu au moment de ce faux-pas tragique dans l’escalier. Ce qui revient à considérer qu’à cette seconde précise, une balle se trouvait déjà dans la chambre, prête à être percutée, que le levier de sécurité était abaissé et que – dans le mouvement désordonné qu’il fit pour retrouver l’équilibre en tentant d’agripper la rampe – Michel Geeraerdt avait serré la crosse au point d’enfoncer la sécurité de poignée et exercé sur la détente la pression qu’il faut pour déclencher le tir.
L’accusé ignorait, dit-il, que le 7,65 était prêt à faire feu. Il raconte que, la veille, il avait exhumé l’arme du tiroir où il l’avait remisée. Il ne l’avait jamais utilisée. Les mécanismes, à l’en croire, étaient un peu grippés – les experts, eux, ont décrit une arme parfaitement entretenue et lubrifiée. Il avait voulu, explique-t-il, s’assurer que le chargeur contenait des munitions. Quand il avait actionné la culasse pour faire monter une balle dans le canon, elle était restée coincée entre la chambre et la fenêtre d’éjection. Il l’avait extraite à grand-peine, avec un tournevis. La seconde balle était restée bloquée de la même façon. Alors, il les avait éjectées toutes – l’analyse des balles retrouvées chez lui a montré qu’elles portaient en effet les marques laissées par l’extracteur – avant de les replacer dans le chargeur. Il suppose qu’une des balles était restée dans la chambre sans qu’il s’en aperçût. Et qu’il avait placé l’arme dans son sac sans s’inquiéter de la position du levier de sécurité. Une négligence étonnante dans le chef d’un familier des armes – Michel Geeraerdt avait été membre d’un club de tir et aurait été affecté à l’armurerie durant son service militaire.
Les circonstances accidentelles dans lesquelles le coup serait parti intriguent pareillement les enquêteurs.
Michel Geeraerdt explique avoir trébuché alors que les deux hommes étaient déjà bien engagés dans l’escalier. Mais voilà : les projections de sang ont maculé le mur à l’aplomb du palier, à une hauteur de 1,85 mètre. « Il est beaucoup plus plausible, estime le médecin légiste, que le coup de feu a été tiré alors que l’accusé se trouvait sur le palier et la victime une ou deux marches plus bas. » Et alors ? Alors rien. Hors le fait, bien sûr, qu’on trébuche rarement sur un palier.
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