« J’ai glissé, chef ! »

Justice Michel Geeraerdt aux assises de Bruxelles

C’est un meurtre, point final. Pour les avocats des parties civiles, Mes Philippe Forton et Frédéric Clément de Cléty, il n’est pas douteux que l’accusé, Michel Geeraerdt, a délibérément, résolument, froidement abattu Daniel Thomson Pacheco, le 15 décembre 2009, dans cette maison de Dilbeek où il venait de s’introduire par effraction.

Il l’a tué pour assurer son impunité. Il était venu sans cagoule et il avait éliminé un témoin susceptible de l’identifier.

On aurait peut-être pu, disent-ils, ajouter foi à la thèse de l’accident si Michel Geeraerdt n’en avait lui-même ruiné la crédibilité en la truffant d’incohérences, d’approximations et de mensonges. Or, il a menti sur toute la ligne : il a prétendu que le tir était parti alors qu’ils s’étaient, « Monsieur Daniel » et lui, déjà bien engagés dans l’escalier. Une version inconciliable avec les constats des experts (Le Soir de vendredi) selon lesquels Michel Geeraerdt se trouvait encore sur le palier quand il avait fait feu. On n’a, du reste, retrouvé aucune trace de l’accusé dans la mare de sang qui baignait l’escalier : il en aurait immanquablement laissé si, comme il l’a prétendu, il était tombé, provoquant ce tir accidentel. Non, il n’était pas tombé : il avait abattu Daniel Thomson Pacheco d’une balle à bout portant puis il avait rejoint le rez-de-chaussée en empruntant l’autre escalier.

Les palinodies de l’accusé, disent les avocats, sont frappées au coin du mensonge : il déclare tantôt que Daniel Thomson Pacheco se trouvait dans son lit lorsqu’il avait fait irruption à l’étage, tantôt qu’il était déjà debout, occupé à regarder la télé dans sa chambre à coucher. Et comment croire qu’un familier des armes – l’accusé était membre d’un club de tir – ait pu, à son insu, tenir en main un pistolet prêt à faire feu ?

« Il avait d’autres choix »

Il y a, aussi, ce détail qui chiffonne Me Clément de Cléty : pourquoi donc Michel Geeraerdt avait-il voulu à toute force ramener « monsieur Daniel » au rez-de-chaussée – là même où il était censé tendre un guet-apens aux deux antiquaires ! – alors que la logique commandait qu’il le neutralisât en le ligotant à son lit ou sur l’un ou l’autre des sièges de l’étage ? Une décision incompréhensible dans le chef d’un homme que les deux avocats ont présenté comme « ordonné, calculateur et méthodique ».

Reste, aussi, que Michel Geeraerdt aurait pu faire d’autres choix en découvrant que la villa était occupée. Il aurait pu fuir. Au lieu de quoi, il était resté. Il avait liquidé un homme sans plus d’état d’âme. Et, rattrapé par la justice, il s’était mis en devoir de trousser cette histoire invraisemblable que Me Clément de Cléty allait brocarder en reprenant à son compte cette réplique célèbre : « J’ai glissé, chef ! »

DETAILLE,STEPHANE

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