C’était un meurtre…

Assises de Bruxelles Michel Geeraerdt déclaré coupable

Hier, vers 21 h 30, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles ont déclaré Michel Geeraerdt coupable d’un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, alors qu’il s’était introduit par effraction dans l’habitation de la victime, à Dilbeek. Michel Geeraerdt a toujours prétendu que c’était un accident : trébuchant dans l’escalier, il avait – involontairement, dit-il – pressé sur la détente du pistolet 7,65 qu’il étreignait dans sa main, tuant à bout portant Daniel Thomson Pacheco qui le précédait, une ou deux marches plus bas.

Cette version, l’avocat général Dauchot s’était employé – avec succès, donc – à l’anéantir, quelques heures plus tôt, en reprenant à son compte la plupart des arguments développés vendredi par les avocats des parties civiles (Le Soir d’hier). Comme eux, il regardait l’accusé comme un homme méticuleux – voyez le soin qu’il avait mis à préparer « son nécessaire de braqueur » –, organisé, calculateur : tout, sauf « un simplet inoffensif ».

La défense, faut-il le dire ?, avait livré de l’accusé un portrait autrement émollient, en piochant dans son parcours de vie quantité d’éléments propres à lui rendre « sa vraie dimension humaine » : celle, somme toute, d’un « looser » que les vicissitudes d’une existence trop longtemps chaperonnée par une mère étouffante avaient mené – à 50 ans ! – sur les sentiers raboteux de la petite délinquance.

« C’est plausible ! »

Un voleur de tondeuses à gazon : voilà ce que Michel Geeraerdt était devenu. Un gagne-petit que ses misérables ambitions situent à cent lieues du personnage calculateur décrit par l’accusation. « Il n’a jamais eu le projet de tuer, avait martelé son avocate, Me Joëlle Noëlle. Sinon, pourquoi aurait-il emporté dans son sac ces cordages, ce rouleau d’adhésif, ces bâillons ? »

Pourquoi, avait-elle poursuivi, ne pas ajouter foi aux propos de son client quand il raconte la conversation surréaliste qu’il a avec Daniel T. Pacheco, lorsqu’il fait irruption dans sa chambre à coucher ? « Elle a forcément eu lieu, dit-elle : comment l’accusé aurait-il pu savoir autrement que la victime travaillait à la banque de La Poste et occupait une maison appartenant à la marraine de sa compagne ? »

Pourquoi ne pas suivre l’accusé quand il prétend que, oui, ce fut un accident ? « C’est plausible », avait-elle lancé. Elle avait décrit sa carrure de grizzli engagée dans l’étroit boyau de l’escalier – 70 cm seulement séparent les deux murs –, sa pointure 45 ripant sur des marches de 22 cm de profondeur, la pente casse-pipe – 44 degrés, c’est raide –, le stress qui devait forcément affecter ses capacités motrices. Oui, il était tombé – il avait même failli se ramasser à l’identique, lors de la reconstitution. Et c’est parce qu’il avait fait cette chute qu’il ne portait sur lui aucune trace de sang : sa glissade l’avait soustrait « au cône d’aspersion » décrit par le légiste.

Sa connaissance des armes ? « Parlons-en, dit Me Noël. Il ne sait même pas ce qu’est une glissière. » La défense avait encore noté ceci : l’accusé avait renoncé à attendre les antiquaires auxquels il avait tendu ce guet-apens : si, comme l’avait prétendu l’accusation, il avait tué Daniel T. Pacheco pour éliminer « un témoin gênant », pourquoi aurait-il renoncé à mettre son plan à exécution jusqu’au bout ?

Mais voilà : ce raisonnement-là, le jury ne l’a pas suivi.

DETAILLE,STEPHANE

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