« S’il joue la comédie, il est balèze »

Justice.  La mort de Younes Jratlou devant les assises du Hainaut
 
 

Mohamed Jratlou a souvent pleuré durant son procès, répétant au nom d'Allah qu'il n'a pas tué "ce fils que Dieu lui avait donné tardivement". Il n'a toutefois pas convaincu le polygraphe de son innocence. © Belga.

Deux semaines durant, Younes Jratlou avait été un disparu omniprésent. On le signalait partout : à Charleroi, à Courtrai, à Comines, à Mouscron, aux Pays-Bas et jusqu’en Avignon. Des voyants l’avaient aperçu dans leurs transes. Des radiesthésistes le logeaient au diable vauvert avec leurs pendules.

Des témoignages livrés par des citoyens de bonne foi comme ceux qui, hier, défilèrent à la barre, sollicités par la défense – elle entendait, de toute évidence, démontrer de la sorte que l’enquête n’avait fait aucun cas d’une kyrielle de pistes plausibles.

L’audience prit parfois un tour cocasse. Comme lorsque Me Magnée, l’avocat de l’accusé, se mit en devoir d’interroger sur un ton inquisiteur ce Français qu’un Mouscronnois avait vu rôder, dans le quartier du Risquons-Tout, avec à son bord un enfant qu’il avait pris pour Younes. Avait-on examiné sa voiture ? Ce monsieur avait-il jamais possédé un bonnet gris semblable à celui décrit par le témoin ? L’homme, ahuri d’être ainsi mis sur la sellette – sa voiture, c’était même pas une Peugeot 405 : c’était une Mégane –, avait eu comme une suée : « C’t’un film d’horreur, c’qui m’arrive ! »

On entendit aussi ceux qui, à titres divers, avaient recueilli « les confidences » de Wasir, le frère aîné de Younes. Cette proche des Jratlou qui l’avait entendu raconter comment, la nuit des faits, il serait sorti de la maison en compagnie de son cadet, après le départ de leurs parents. Arrivé au coin de la rue, il aurait rebroussé chemin pour aller chercher les chaussures de son frère, sorti pieds nus. A son retour, Younes avait disparu, emmené par « une camionnette blanche » qui, à Comines comme ailleurs, est l’utilitaire attitré des prédateurs pédophiles.

La cour eut encore droit aux auditions vidéo-filmées de trois condisciples de Wasir. Trois gamines pareillement perdues dans un vaste fauteuil bariolé planté face à un inspecteur bon enfant. L’une racontait comment, avant qu’on ne retrouve le corps de Younes, Wasir avait prétendu savoir sur son frère « des choses » qu’il ne pouvait pas dire sans s’exposer au risque de subir le même sort. A l’autre, Wasir avait raconté que « ses parents s’étaient disputés et que son père tenait Younes dans ses bras ». La troisième, elle, évoquait ce dessin que Wasir aurait réalisé en sa présence : on y voyait le papa, la maman, Wasir lui-même et « son p’tit frère allongé à côté de son père ». Mais bon, les gamines n’arrivaient plus trop à faire la part des choses entre ce qui se racontait à la récré et ce qu’elles tenaient de source sûre.

Il y eut encore cette dame, libraire au Bizet, qui avait vu Mohamed Jratlou pleurer et se lamenter devant une affichette de Child Focus qu’elle avait scotchée à sa vitrine. C’était une semaine après la disparition de Younes. La douleur de ce père l’avait touchée.

« Vous aviez l’impression qu’il ne jouait pas la comédie ? », s’était enquis le président.

« Si c’était de la comédie, il est balèze », avait fait la dame.

Deux heures plus tard, on retrouvait ledit balèze face au polygraphiste de la police fédérale, le 3 décembre 2010 : un test filmé dont le jury allait visionner le DVD durant près de quatre heures. Lors de la conversation à bâtons rompus qui précède rituellement le test proprement dit, on entend Mohamed Jratlou soutenir que, de toute sa vie, il n’a jamais menti – parole ! – à qui que ce soit. Plus tard, le détecteur de mensonges avait pourtant tiqué quand Mohamed Jratlou avait répondu « non » à cette question présentée selon trois formulations différentes : « La nuit du 25 octobre 2009, avez-vous tué Younes ? »

Le polygraphe était formel : Mohamed Jratlou avait menti. Et le polygraphe, lui, ne mentirait jamais. Ou presque : il dit juste, semble-t-il, plus de neuf fois sur dix.

 
 

En Bref

L’accusé

Mohamed Jratlou répond du meurtre de son fils Younes, disparu du domicile familial, au Bizet (Comines), dans la nuit du 25 octobre 2009, et dont le corps fut retiré de la Lys deux semaines plus tard.

Le procès

Débuté le 6 juin, il devrait s’achever à la fin de cette semaine.

Aujourd’hui

On visionnera notamment les auditions filmées de Wasir, le frère aîné de Younes.

DETAILLE,STEPHANE

Commentaires

Une réponse à “« S’il joue la comédie, il est balèze »”

  1. lina, le 11 juillet 2012 14 h 41 min

    Ne vous êtes vous jamais dit, que peut-être sans faire express wasir aurai par accident “tuer” son frère quand ils étaient seule et que ces parents le couvre pour ne pas entacher son avenir??

répondre