« Le tir ne pouvait être accidentel »
posté le 13 juin 2012 |
catégorie Affaire Frédérique Levêque, Bibliothèque judiciaire

Hicham El Gaabouri, lors de la reconstitution. Il affirme que le coup de feu fatal serait « parti tout seul ». © D.R
Les jurés de la cour d’assises de Bruxelles, qui connaissent depuis vendredi de la mort de Frédérique Levêque, cette kinésithérapeute de 46 ans abattue le 5 mars 2010 par les deux braqueurs en fuite d’une bijouterie d’Uccle, ont pu soupeser l’arme du crime sortie de l’armoire aux pièces à conviction, s’essayer à son fonctionnement et surtout mesurer la crédibilité des propos d’Hicham El Gaabouri, le tireur, qui soutient que « le coup de feu est parti tout seul ».
Les trois experts en balistique convoqués par la Cour ont réfuté la possibilité d’un tir accidentel : « techniquement, c’est impossible ». L’arme tenue par le jeune braqueur était en mode « double action » au moment où il fit feu sur Frédérique Levêque, dont il voulait voler la voiture alors qu’elle attendait le passage du feu de signalisation au vert au carrefour formé par la place Vanderkindere et l’avenue Brugmann. L’expert André Chabotier a expliqué qu’une force importante avait dû être exercée sur la détente pour que le percuteur libère la balle fatale. « Une force de 35,7 Newton, soit 3,6 kilos de pression », a-t-il expliqué. Ce pistolet 357 magnum, volé au bijoutier Léon-Philippe Rubin, peut fonctionner en deux modes de tir : la « simple action » (le chien est volontairement relevé) ne nécessite qu’une pression de 12 Newton pour faire fonctionner l’arme. Mais selon les déclarations de l’accusé lui-même, le chien n’était pas relevé : l’arme était bel et bien en mode « double action ». La détente devait donc parcourir une distance de 15,9 mm avant d’actionner la mise à feu.
La voiture encerclée
Avant de quitter la bijouterie, où El Gaabouri et son complice Hassan Essahale avaient tabassé à sang M. Rubin, il avait déjà tiré une fois, logeant une balle dans le mur du commerce. Dans sa fuite, il aurait pu relever le chien, laissant ainsi une balle non percutée dans le barillet. Dans sa fuite aussi, et passé en mode « simple action », un deuxième coup de feu était parti, peut-être provoqué par un mouvement désordonné sur la détente qui, ainsi, ne doit parcourir que 0,8 mm pour que le coup de feu éclate. Ce tir avait percuté le trottoir de la rue Vanderkindere. La balle, en ricochant, s’était logée dans la vitrine d’un disquaire.
El Gaabouri maintient que tous ses tirs furent « accidentels », que le dernier coup de feu « partit tout seul », sans même qu’il ait actionné la détente ou le chien. Son arme était pourtant bel et bien pointée à hauteur de la tête de Frédérique Levêque. Il essayait de sa main gauche d’ouvrir la portière tandis que son complice arrivait à hauteur de la portière conducteur. Frédérique, Levêque, avait rappelé le président Luc Maes, n’apportera jamais son témoignage sur ces dernières secondes de vie, sur l’effroi qui dut être le sien en se voyant ainsi encerclée, braquée par les deux furieux. La thèse du « tir accidentel », même si elle avait dû être retenue par les experts, ne change rien à l’affaire. L’attaque sauvage de la bijouterie Rubin a débouché sur la mort injuste d’une mère de trois enfants. Le « stress » invoqué par les deux accusés ne les excuse pas.
Epinglé
Le chien, le toutou et l’arme
La compagne du bijoutier Léon-Philippe Rubin, Rita Claes, l’avait déclaré lors de son interrogatoire : « Mon chihuahua, c’est mieux qu’un psychiatre ! » Un chien peut-il panser les plaies des victimes ? Les médecins légistes ont relativisé mardi cette opinion : « Si la solution était si simple, tout le monde aurait un chien. » Ce chihuahua revient, bien malgré lui, dans certains débats. Lorsque le bijoutier évoque les blessures subies lors de sa sanglante agression, il lui arrive de dire : « J’ai été blessé par le chien. » Il parle, évidemment, du « chien » du revolver brandi par ses agresseurs. Pas du chihuahua qui fait preuve, pour l’avoir vu, d’un bon mordant !
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