Levêque : « Un même destin pour les accusés »
posté le 16 juin 2012 |
catégorie Affaire Frédérique Levêque, Bibliothèque judiciaire
Jurés, ne frissonnez-vous pas à l’idée que chacun d’entre vous aurait pu se trouver sur la table de la morgue à la place de Frédérique Levêque ? ». L’avocat général Bernard Dauchot avait donné le ton, dès l’entame de son réquisitoire à l’encontre des deux accusés qui, l’après-midi du 5 mars 2010, avaient sauvagement attaqué la bijouterie Rubin, rue Vanderkindere, à Uccle, avant d’abattre froidement Frédérique Levêque, 46 ans, cette maman de 3 enfants à laquelle ils voulaient à tout prix voler la voiture pour assurer leur fuite.
Elle n’aurait pas dû mourir. Ils n’auraient jamais dû devenir ces deux « prédateurs », praticiens de cette « délinquance du confort qui leur permet d’assurer leurs fins de mois », comme l’avait dit Me Pierre Chomé, avocat des bijoutiers. « Ils avaient tout pour rester le nectar, ils ont tout fait pour devenir la lie », s’était exclamé l’avocat général Dauchot, explorant ce « champ de ruines immense » que l’équipée mortelle et déterminée d’Hicham El Gaabouri et Hassan Essahale avait laissé, en quelques minutes dans les rues d’Uccle.
Ces jeunes étaient « les fleurons de leur communauté, des valeurs apparemment sûres de notre société ». « Ils étaient cités en exemples, issus de familles aimantes, ils gagnaient honnêtement leur vie » : la monstruosité de l’affaire est là. Une pure innocente fauchée un jour de travail ordinaire, à un feu rouge, par deux convertis si subitement à la délinquance la plus sauvage dont ils avaient été toujours préservés.
Bernard Dauchot refuse cette « fatalité » : « La mort qui se trouve au carrefour n’est pas la marque de la fatalité mais la signature du grand banditisme ». Et la société, ses valeurs, ses règles se doivent de rédiger à l’encontre des deux accusés « un acte de défense contre ceux qui les ont fracassées, comme le crâne de la malheureuse conductrice », explosé par la balle du 357 Magnum tirée au travers la vitre de la Renault Scenic par Hicham El Gaabouri.
Mes Laurent Kennes et Nathalie Uyttendaele, les avocats de la famille Levêque, ont rappelé l’indicible douleur des proches de la victime. Ils ont ramené le débat au seul point de contradiction entre l’accusation et la défense des accusés (qui s’exprimera lundi). Hicham a tiré. Le tireur soutient que le « tir est parti tout seul », que la mort de Frédérique Levêque ne serait pas un meurtre mais « des coups et blessures volontaires », presque un accident de voiture. Et Hassan Essahale prétend qu’il devrait être dispensé de sa responsabilité dans le meurtre de la kinésithérapeute.
Me Kennes avait supplié le jury de ne pas infliger aux enfants de Frédérique Levêque « une injustice supplémentaire » en dissociant les deux de cette responsabilité collective.
Hicham pointait son arme sur Frédérique Levêque. Hassan lui avait crié : « Elle n’ouvrira pas sa portière ». Le coup de feu partit. Ils tentèrent encore d’ouvrir la porte de la Scénic dont les sièges étaient maculés du sang de l’innocente, dont des « morceaux de cervelle »étaient à la vue des deux furieux qui s’attaquèrent ensuite à une autre voiture qui prit la fuite.
Cet épisode, à lui seul, suffit, selon les parties civiles et l’avocat général Dauchot à réserver aux deux accusés le même sort. « Il n’y a pas de raison de dissocier cette équipe. Ils ont soudé leur destin judiciaire. »
Les avocats de Léon-Philippe Rubin avaient eux aussi, fustigé la détermination des accusés, soulignant le quotidien désormais brisé de ces commerçants : « Le bouton d’accès à leur magasin est devenu un bouton de mort »…
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