Le stress n’est pas dans le box des accusés
posté le 19 juin 2012 |
catégorie Affaire Frédérique Levêque, Bibliothèque judiciaire

Me Amrani et Motte-De Raedt ont crânement défendu la position de leur client, selon lequel le tir fut involontaire. © Belga.
Les jurés des assises de Bruxelles qui entreront aujourd’hui en délibération se sont vus confier, lundi, par les avocats de Hicham El Gaabouri et de Hassan Essahale, les certitudes de leurs clients : « Ils n’ont pas voulu tuer Mme Levêque ». Et pourtant, cette mère de trois enfants dont les deux voulaient carjacker la voiture après avoir commis un hold-up sanglant, le 5 mars 2010, à la bijouterie Rubin, rue Vanderkindere, à Uccle, est bien morte des suites du coup de feu mortel tiré à travers la vitre de sa Renault Scenic par El Gaabouri.
« Son seul but, c’était de fuir. Il avait commis un acte débridé, ce hold-up », a plaidé son avocate Me Fernande Motte de Raedt. « La mort de Mme Frédérique Levêque pouvait-elle avoir une seule utilité ? Il voulait voler sa voiture et rien d’autre », a-t-elle soutenu en précisant que ce drame avait eu lieu, avenue Brugman, un « endroit très fréquenté » et pratiquement « sous les yeux de la police ». L’avocate soutient que son client se serait commis « d’un tir par crispation », que Hicham El Gaabouri était « dans une situation d’angoisse ; que son geste mortel ne résulta pas d’un choix ». Le codéfenseur de Hicham El Gaabouri a abondé dans le même sens. Me Abeladi Amrani s’est refusé à admettre que son client avait « tiré intentionnellement ». Et pourtant ce tir est parti. « Tout seul », soutient depuis son arrestation Hicham, qui pourtant avait déjà tiré deux coups de feu à l’aide de ce 357 Magnum, l’un dans la bijouterie Rubin, l’autre dans sa fuite dans la rue Vanderkindere.
Me Amrani a soutenu que son client « n’avait jamais visé » Frédérique Levêque qu’il ne pouvait voir à travers une vitre teintée (ce que l’enquête dément) ou en tout cas obscurcie par des reflets.
Les jurés seront confrontés dès aujourd’hui à cette réflexion : un braqueur qui brandit son arme imposante à hauteur de la tête de sa cible (à 135 cm de lui), qui exige qu’elle ouvre la porte, qui finit par tirer, peut-il invoquer un « accident », ou au contraire être confronté à l’échec d’une menace mise à exécution tragiquement ?
Me Amrani n’y croit pas. « Et s’il avait eu une intention homicide, il n’aurait pas emporté un pistolet factice ! » (avant de dérober l’arme, réelle, du bijoutier).
« Un stress traumatisant »
Me Olivier Martins, l’avocat du complice Hassan Essahale, s’est lui aussi étendu sur l’état de stress des deux ; « dont le but était de commettre un hold-up avec le moins de violences possible ». Ce stress, selon la littérature déclinée par l’avocat, aurait été « un mode de survie, développant une puissance musculaire décuplée » déployée par les deux comparses mis en présence inattendue de l’arme que leur opposait le bijoutier Rubin. Hassan et Hicham s’étaient en effet acharnés sur le bijoutier et sa compagne « criant, vociférant, menaçant » mais ne perdant pas de vue leur objectif : voler autant que possible de bijoux dans les vitrines de la bijouterie, puis fuyant, très certainement stressés par cette équipée sanglante et par la réaction inattendue du bijoutier alerté par les cris de sa compagne. « J’aurais réagi comme ce commerçant », a dit Me Martins. Et lui aussi a contesté l’intention homicide, avançant que son client n’aurait « peut-être pas vu qu’El Gaabouri allait tirer ». « Hassan Essahale, lui, n’a pas tiré », a soutenu Me Martins. Et il a raison. Mais il endosse la
même responsabilité et la même peine que le tireur, comme l’avait expliqué l’avocat général Dauchot. Lorsqu’El Gaabouri menaçait de son arme Frédérique Levêque et lui criait d’ouvrir la porte, Essahale, lui, beuglait : « Elle n’ouvrira pas. » El Gaabouri ouvrit le feu à cette annonce d’échec de leur entreprise de carjacking.
Les jurés devront décider si cette tragédie ne fut qu’un « accident », comme soutenu par la défense, ou un meurtre.
ÉPINGLÉ
L’émotion des avocats
Les avocats des deux accusés ont dit d’emblée, avant leurs plaidoiries, l’émotion dans laquelle les plongeait le sort injuste réservé à Frédérique Levêque. Me Amrani a ainsi dit qu’il avait « dû retenir ses larmes » lors du témoignage éprouvant du papa des trois enfants de Frédérique Levêque. Me Martins a parlé d’une « mort injuste, épouvantable. »
Sécurité abandonnée
Les contrôles stricts exercés au début du procès à l’entrée de la salle d’audience (identité, fouille, scanner), ont été abandonnés. Les gardes de sécurité sont absents de la salle d’audience.
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