Levêque : un verdict attendu

Assises de Bruxelles. Les jurés ont longuement délibéré
 
 

Le président Luc Maes, ancien juge d’instruction, a mené ce procès délicat avec une efficacité redoutable. © Belga.

Au terme de six heures de délibération, le jury des assises de Bruxelles appelé à statuer depuis vendredi dernier sur le sort à réserver à Hicham El Gaabouri, 26 ans, et Hassan Essahale, 22 ans, tous deux accusés de l’attaque sanglante de la bijouterie Rubin, rue Vanderkindere, à Uccle, et de la mort de Frédérique Levêque, 46 ans, cette mère de trois enfants abattue dans la fuite des deux malfrats qui voulaient lui voler sa voiture, avait tranché la question cruciale de ce procès, avant de se retirer à nouveau pour motiver, dans la nuit, son arrêt de culpabilité. Ce tir mortel fut-il la résultante d’un homicide, manifestant la volonté de tuer d’El Gaabouria, ou celle d’un accident, « des coups et blessures volontaires ayant entraîné le mort sans intention de la donner » ? Une autre question était soumise à leur sagacité : Hassan Essahale devait-il être entraîné dans le sillage du tireur, lui qui l’assistait, qui connaissait, comme l’avait requis l’avocat général Bernard Dauchot, tous les risques liés à leur entreprise délinquante. En droit, la différence entre les deux qualifications est grande : du meurtre aux coups et blessures, les peines diminuent de plusieurs années.

Les parties civiles avaient reçu avec étonnement cette argumentation de la défense, soutenant que le tir d’El Gaabouri n’aurait été que la résultante d’un stress intense, une crispation incontrôlée du doigt sur la détente du revolver 357 Magnum dérobé au bijoutier Rubin sauvagement agressé, frappé à coups de crosse, menacé par un canif. En fait, avait rappelé l’avocat général comme les parties civiles, les deux avaient encerclé la voiture de Frédérique Levêque. Ils avaient été repérés par une voiture de police. El Gaabouri portait son revolver à bout de bras, hurlant sur des passants de « dégager ». Ils s’en étaient pris à une première voiture qui avait réussi à prendre la fuite. Frédérique Levêque n’eut pas cette chance. El Gaabouri s’agrippa à la portière de sa voiture, le revolver pointé sur elle. Essahale se tenait du côté conductrice. « Ouvre la porte », gueulaient-ils. « Elle ne l’ouvrira pas », s’exclama Essahale. Le canon du 357 Magnum lâcha la balle mortelle qui fracassa la tête de Frédérique Levêque. Les deux tentèrent de s’en prendre à une autre voiture. puis, prirent la fuite, deux inspecteurs de la police d’Uccle sur leurs traces.

« Je ne suis pas un menteur »

Lundi soir, Hicham El Gaabouri avait pris une dernière fois la parole. Ce jeune homme, décrit comme exemplaire par ses amis et sa famille, agent de prévention de la Stib, mais intoxiqué par ces films d’action qu’il affectionnait, jamais tombé en délinquance, avait une dernière fois répété aux jurés qu’il n’avait jamais voulu la mort de Frédérique Levêque : « Je ne suis pas un menteur ou un manipulateur. J’affirme que je n’ai jamais voulu tuer. Je n’avais aucune raison de tuer cette pauvre femme. Je regrette. On avait une situation, un boulot… Je regrette, je regrette énormément. Mais entendre que j’ai voulu tuer, ça me fait mal. » Hassan Essahale, lui, avait préféré ne plus ajouter un mot.

Mardi matin, les jurés avaient reçu la liste des 40 questions auxquelles ils devaient répondre. Ils avaient longuement interrogé le président sur des notions de droit, comme l’intention homicide. Les jurés savaient qu’ils devaient motiver en droit leur décision. Ils ne peuvent plus répondre, comme par le passé, par un « oui » ou un « non ».

METDEPENNINGEN,MARC

Commentaires

répondre