Le tireur écope de 30 ans

Assises de Bruxelles / Levêque : le complice condamné à 20 ans

 

Frédérique Levêque: ses meurtriers écopent de lourdes peines. © D.R.

Au terme de cinq heures de délibération, la cour d’assises de Bruxelles a condamné mercredi à 30 ans de réclusion Hicham El Gaabouri, 26 ans, cet employé de la Stib qui avait abattu d’un coup de feu mortel, le 5 mars 2010, Frédérique Levêque, une maman de trois enfants dont il voulait voler la voiture après le braquage sanglant d’une bijouterie de la rue Vanderkindere, à Uccle. Son complice, Hassan Essahale, balayeur de rues à Bruxelles-Propreté, également reconnu coupable du meurtre de l’automobiliste, écope de 20 ans de réclusion.

L’avocat général Bernard Dauchot, suivi dans son réquisitoire sur la culpabilité des deux accusés, avait demandé à la cour et aux jurés de « consolider le mur » que le verdict avait commencé à construire la veille. Les accusés encouraient la perpétuité. Bernard Dauchot leur a consenti, comme la loi le prévoit, des circonstances (légèrement) atténuantes, énumérant : leur jeune âge, leur insertion professionnelle, leur absence de casier judiciaire… On l’avait écrit tout au long de ce procès : les deux accusés étaient des jeunes hommes sans souci financier, sans (ou quasiment sans) antécédents judiciaires, élevés dans des familles aimantes et strictes. Leur coup de folie du 5 mars 2010 les avait emmenés dans une traque subite et insensée, d’argent facile, de Braine-l’Alleud à Nivelles (deux hold-up avortés), puis à Uccle où ils se ruèrent sur la bijouterie Rubin.

Leurs avocats avaient demandé la clémence du jury et de la cour après le verdict implacable prononcé la veille. Mes Amrani et Motte de Raedt souhaitaient une peine ramène à 10 à 15 ans : « Ne le ramenez pas en enfer », avaient-ils plaidé. Me Martins, au nom du complice Hassan Essahale, cousin d’El Gaabouri, avait suggéré de descendre jusqu’à ce palier de cinq ans avec sursis assortis d’un sursis probatoire, suggérant ainsi, au grand dam des parties civiles, qu’il aurait pu repartir libre de ce procès.

« Les gènes de votre mère »

L’arrêt, prononcé peu avant 17 heures par le président Luc Maes a déçu la défense. Il pointe « l’extrême gravité des faits », la violation « de valeurs sociales essentielles », les « motifs futiles » qui ont conduit les deux à se lancer dans leur entreprise criminelle.

Le président a rendu hommage « à la dignité des parties civiles ». Fait exceptionnel, il s’est adressé à la jeune fille de Frédérique Levêque, qui a suivi courageusement tous les débats : « Margaux, ça ne doit pas être facile pour une adolescente de 14 ans d’avoir été présente ici tous les jours. Je ne vous connais pas. Je n’ai pas connu votre maman, mais j’ai envie de vous dire que l’attitude que vous avez eue au cours de ce procès nous a montré ses traits. Vous, comme vos frères, avez ses gènes. Peut-être qu’à travers vous, votre maman vit encore un peu. »

Au soulagement de la famille de Frédérique Évêque, satisfaite de cet arrêt, faisait contraste la déception de la famille d’Hicham El Gaabouri. Ahmed, son père, et Latifa, sa mère, estiment excessif que leur fils « a été condamné à une peine aussi élevée que celle de Dutroux ».

METDEPENNINGEN,MARC

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