Georges Alomène est acquitté

Les jurés l’ont déclaré non coupable du meurtre de Michel De Bast

Jojo et sa bouteille d’oxygène sont libres comme l’air. Le verdict est tombé peu avant minuit : non coupable ! Le jury s’est rendu aux arguments de la défense qui, toute la matinée, l’avait conjuré de bien vouloir considérer que la vérité ne choisit pas forcément la voie la plus simple. D’envisager qu’elle peut emprunter l’un ou l’autre de ces chemins abstrus dont l’enquête avait d’emblée résolu de ne tenir aucun compte, dès lors que les circonstances – et la rumeur ! – conspiraient pour faire de Georges « Jojo » Alomène le coupable idéal. Et que le prosaïsme de l’univers – tous des pochards ! – dans lequel le drame survint n’inclinait sans doute pas les enquêteurs à pousser plus avant leurs investigations.

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« La victime a elle-même brouillé la piste »

Michel De Bast, dit l’accusation, ignorait qu’il allait mourir : il n’a pas livré Georges Alomène par peur des représailles

Des pistes négligées ? « Il n’y a dans ce dossier aucun indice propre à faire croire qu’une autre personne que l’accusé a pu tuer Michel De Bast », martèle l’avocat général Carole Fruy. Sauf, bien sûr, à ajouter foi aux ragots nicotinés qui, à l’heure de l’apéro, continuent de prospérer dans les bistrots du quartier du Midi – cette rumeur selon laquelle Michel De Bast aurait, le 8 février 2008, ramené chez lui un homosexuel nord-africain qui lui aurait fait du plat dans un troquet portugais du voisinage. Ou à considérer comme seulement plausible l’irruption, ce jour-là, de l’autre Georges Alomène – le fils à Raymond – dans l’univers étriqué d’un Michel De Bast qu’il aurait estourbi sur-le-champ pour lui voler ses trois sous.

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Il y a deux Georges Alomène…

L’audition des témoins, mardi après-midi, jette le discrédit sur l’enquête

Le jury est perplexe. D’abord, il y a cette petite tache de sang retrouvée sur l’un des pans de la chemise que l’accusé, Georges « Jojo » Alomène, portait durant la journée du 8 février 2008. Une projection à ce point minuscule qu’on eut mille peines à la localiser lorsque, pour l’édification des jurés, on exhuma la chemise des pièces à conviction. L’analyse génétique de cette micro-trace a révélé qu’il s’agissait d’une empreinte mixte, mêlant le profil ADN de l’accusé à celui – « majoritaire et plus intense » – de la victime, Michel De Bast. Mais voilà : ce profil majoritaire peut aussi bien avoir été livré par du sang que par n’importe quel autre liquide biologique – de la salive, par exemple – sécrété par la victime.

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« Michel, il m’appelait papa »

L’accusé nie être le Georges que la victime a désigné comme son agresseur

Lui, Georges, c’était Jojo. Et son univers, grand comme un ticket de métro, était peuplé de Nénette, de Zézette, de Bilou, de Spirou, de Tchitcho et d’une poignée d’autres zigues qui, selon des orbites diverses, gravitaient autour des numéros 103 et 105 de la rue de Mérode, à Saint-Gilles. Deux maisons que des aménagements crapuleux, menés sans autre logique que celles de la rentabilité et de l’urgence, avaient abouchées pour ne former qu’un seul immeuble : un taudis qui était devenu le biotope infect d’une petite communauté de laissés-pour-compte et d’oubliés de la chance, locataires de studios insalubres et abonnés aux repas que Tchitcho, le proprio, servait à qui les commandait dans la friterie désaffectée du rez-de-chaussée : c’était 5 euros la bouffe, 1 euro la canette de Stella.

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Georges l’a tué. Quel Georges ?

La victime n’avait fourni que le prénom de son agresseur avant de mourir.
Georges Alomène est l’accusé. Tout semble le désigner, y compris l’analyse ADN d’une minuscule tache de sang. Mais pourquoi la victime aurait-elle décrit si vaguement un homme
qu’elle connaissait parfaitement ?

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