Léopold Storme échappe au maximum

Vingt-six ans de réclusion

La culpabilité de Léopold Storme prononcée dans la nuit de mardi à mercredi par les jurés des assises de Bruxelles offrait sur un plateau à l’avocat-général Bernard Dauchot la possibilité de requérir la perpétuité à l’encontre du triple assassin des Marolles. Il n’en a rien été. L’avocat-général l’annonça d’emblée : « Je ne ferme pas la porte. Je ne vais pas requérir la perpétuité », se lança-t-il, s’interrogeant dans la foulée aux circonstances qui « pourraient atténuer cette boucherie » et donc permettre de descendre dans l’échelle des peines. Et il écarta l’absence de casier judiciaire de l’accusé, faisant remonter, quand même, à la surface de la mémoire des jurés sa « consommation effrénée de cannabis » ou cette tentative d’incendie à l’athénée Catteau. Puis, il exprima cette seule circonstance atténuante qui justifiait, à ses yeux, sa « concession importante » à demander cette « peine proportionnelle aux faits graves » commis par le jeune homme de 19 ans qu’il était, aujourd’hui âgé de 23 ans. La famille ! Ces proches de Léopold Storme qui n’eurent de cesse de croire envers et contre tout, en son innocence, à la soutenir en rangs serrés aux premiers rangs de la cour d’assises, se refusant toujours, malgré le verdict

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« Je n’aurais pu leur faire mal »

La famille Storme

Mardi, à l’heure où nous écrivions ces lignes, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles débattaient toujours du sort de Léopold Storme, accusé des meurtres de ses parents et de sa sœur Carlouchka dont les corps exsangues avaient été découverts, le 17 juin 2007, dans le magasin que la famille exploitait à Bruxelles, 20, rue des Capucins, en plein cœur du quartier des Marolles.

Les jurés s’étaient retirés peu après 10 heures, pour débattre de la culpabilité de l’accusé. Certaines des treize questions soumises au jury abordent la santé mentale de l’accusé, ouvrant ainsi la porte à un possible internement si les jurés estiment que son état mental, au moment des faits, le rendait incapable du contrôle de ses actes et s’ils considèrent qu’il est toujours dans le même état aujourd’hui – Léopold bénéficierait ainsi de « l’absolution », une forme particulière d’acquittement, si les jurés venaient à conclure qu’il était irresponsable au seul moment des faits. lire la suite

Léopold Storme, coupable sur toute la ligne

La famille Storme

Mardi, à l’issue d’une très longue délibération qui a livré son verdict peu avant minuit, le jury de la cour d’assises de Bruxelles a déclaré Léopold Storme coupable d’un double parricide sur les personnes de son père, François-Xavier Storme, et de sa mère, Caroline Van Oost, ainsi que de l’assassinat de sa sœur Carlouchka.

De la lecture du long arrêt de motivation, il ressort que les jurés ont suivi en tout point l’argumentation que l’avocat général avait développée, vendredi, lors de son réquisitoire – jusque dans la préméditation du meurtre de Carlouchka, qui constituait pourtant le point le plus discutable de cette argumentation. lire la suite

Un patient travail de sape

La défense de Léopold Storme ébranle les certitudes

La défense aussi fut brillante. Et perturbante pour qui aurait cru la cause définitivement entendue. Mes Huet et Mayence, les avocats de Léopold Storme, ont tout remis à plat. Ils ont proposé du dossier une lecture dont le premier postulat serait celui de l’innocence de l’accusé. Aux antipodes, donc, de « la sixième version » – ce trait-là vint de Me Mayence – livrée vendredi par l’avocat général : « un tissu d’hypothèses insuffisamment vérifiées » que le tandem a méthodiquement entrepris d’atomiser.

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« Juste une hypothèse plausible »

La haine et l’amour sont les fruits du même arbre. Comment comprendre autrement que Léopold Storme ait pu, comme le soutient l’accusation, décimer ceux qui l’aimaient – et qu’il aimait – dans ce déchaînement de violence inouïe ? A défaut de savoir, l’avocat général Bernard Dauchot a proposé, vendredi, « une hypothèse » : un mobile plausible qui implique d’emblée de mettre à néant toutes les vérités reçues sur Léopold et les siens.

La famille Storme n’était sans doute pas ce havre enchanté où rien n’avait cours que l’amour, le respect et la complicité. Et Léopold Storme n’était manifestement pas celui que ses proches continuent de décrire en termes enamourés. lire la suite

Un réquisitoire implacable

Il y a, dans chaque procès d’assises, une phrase de l’accusé que le jury emporte avec lui dans le secret de sa délibération, dit l’avocat général Bernard Dauchot. Dans l’affaire qui nous occupe, ce seront les mots – “Allô, Papa ?” – que Léopold Storme laissa, dans la soirée du 16 juin 2007, sur la boîte vocale de son père décédé. »

Le ton, mesuré, renforce la puissance implacable du propos. Et l’architecture du propos est celle, charpentée, de la démonstration : six heures durant, l’avocat général sollicitera le seul raisonnement des jurés. Bernard Dauchot sera sobre, méthodique, acéré et percutant.

La culpabilité de l’accusé, dit-il, ne fait aucun doute. Elle résulte d’un faisceau de présomptions propres à fonder la raisonnable conviction du jury. « Le droit pénal, rappelle-t-il, n’a jamais exigé que soient réunies des preuves matérielles. La conviction des jurés peut se fonder sur tout élément qui a pu être librement contredit. » lire la suite

« Le jury choisira de croire l’incroyable »

L’instruction d’audience n’a pu définitivement imposer l’une ou l’autre des deux thèses

Analyse

Dans quelque sens qu’aille son verdict, le jury aura choisi de croire quelque chose d’incroyable », confiait récemment en aparté Me Mayence, l’un des deux avocats de Léopold Storme. C’est un fait : les arguments qui plaideraient pour l’innocence de l’accusé sont à peu près aussi malaisés à soutenir que ceux qui l’accablent. Et la longue instruction d’audience n’a pu définitivement imposer l’une ou l’autre des deux thèses. lire la suite

Deux témoins qui fâchent

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L’instruction d’audience s’est terminée, mercredi, par l’audition d’ultimes témoins dont les déclarations ont suscité quelques remous parmi les parties.

Ludo D. d’abord, une très vieille connaissance de François-Xavier Storme, venu évoquer une conversation confuse qu’il avait eue avec son ami, deux mois avant les faits. « Nous étions dans son magasin, raconte-t-il. Je sentais qu’il voulait me dire quelque chose mais il était embarrassé, il tournait autour du pot. Il a fini par clore le chapitre en disant : “N’en parlons plus, c’est un bon deal.” J’ignore ce qu’il voulait signifier. A l’époque, j’ai pensé qu’il évoquait un accord avec un fournisseur. Je ne l’avais jamais vu aussi anxieux. » lire la suite

Le poisson s’appelle Capone, le couteau Mélodie

C’était un rite. Chez les Storme, tous les messages que s’échangeaient les membres de la famille se terminaient par ces lettres : TCQJD, pour « Tout Ce Que Je Dis ». C’est Carlouchka qui avait trouvé ça. Tout ce que je dis, c’était tout ce que François-Xavier Storme disait : toutes ces recommandations – « Ne rentrez pas trop tard », « Soyez prudents », « Ne buvez pas trop » – qu’il faisait à ses enfants quand ils quittaient la maison. Et qu’il avait lui-même fini par condenser dans cette tournure elliptique : « Enfin, tout ce que je dis chaque fois ». TCQJD. Ces cinq lettres clôturaient depuis tous les SMS des enfants, tous leurs mails, comme un cryptogramme de connivence.

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Un « bad trip » importé de Sluis ?

N’était la gravité du propos, on aurait cru voir le cénacle de ces Diafoirus à chapeaux pointus qui, chez Molière, pontifiaient au chevet d’un malade imaginaire. Toute la matinée durant, vendredi, les experts psychiatres se sont respectueusement envoyé à la tête les conclusions définitives des rapports qu’ils avaient consacrés à la personnalité de Léopold Storme.

Les positions, il est vrai, n’étaient guère conciliables. Les membres du « premier collège » – requis par le magistrat instructeur – avaient conclu à l’irresponsabilité de l’accusé qu’ils décrivent comme une « personnalité structurée sur le mode psychotique ». Mandaté par la défense, le Dr Guillaume, lui, n’avait guère vu en Léopold qu’un adolescent somme toute très ordinaire. Les Drs De Mol, Dubois et Goffioul, enfin, mandatés par les parties civiles, n’avaient décelé chez l’accusé aucun trouble mental avéré, mais une personnalité « borderline », « susceptible à l’occasion de situations anxiogènes de développer des manifestations impulsives, persécutives et dépressives ». lire la suite