« Ma peine, je m’en fous »

Justice Geneviève Lhermitte condamnée à la réclusion à perpétuité

Coupable d’assassinats, elle prend le maximum. Peu lui importe : aucune peine ne sera plus longue que son chagrin.

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Une perpétuité et deux acquittements

Commentaire

Le procès de Geneviève Lhermitte, qui s’est achevé vendredi soir à Nivelles, sanctionne de la peine la plus lourde, la perpétuité, la mère meurtrière de ses cinq enfants. La Cour et les jurés n’ont retenu aucune circonstance atténuante à cette prétendue mère parfaite qui n’a cessé, tout au long de son procès, de tenter d’expliquer l’inexplicable et l’inexcusable par des futilités reprochées à son mari, Bouchaïb Moqadem, et au bienfaiteur de sa famille, le Dr Michel Schaar.

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« Elle est malade, il faut la soigner »

Les avocats de l’accusée s’en remettent aux conclusions des experts et sollicitent l’internement de leur cliente.

Evidemment, c’est une autre histoire. Ou plutôt, c’est la même histoire, mais considérée cette fois à travers le prisme de Geneviève Lhermitte. Un prisme sans doute déformant – son avocat, Me Spreutels, en convient sans peine – mais qu’importe dès lors que c’est ainsi qu’elle voyait les choses. Même si, dans le même temps, elle s’échinait à sauver les apparences d’une vie réussie : l’histoire d’une jeune femme instruite qui jouait Mozart à la flûte traversière, Chopin au violon, qui choyait un mari parfait et dorlotait cinq enfants magnifiques dans une vaste maison. « Comment peut-on tuer ses cinq enfants et attenter à ses propres jours quand on vit dans un paradis équipé d’une cuisine professionnelle ? », s’est interrogé Maître Magnée, son autre défenseur.

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L’avocat général requiert une condamnation

L’avocat général Pierre Rans en a convenu durant son réquisitoire : sans doute est-il confortable de penser que c’est un acte fou. Sans doute est-ce rassurant de considérer qu’une mère qui tue ses enfants n’a pu agir délibérément. Sans doute a-t-on pu, à cet égard, accueillir avec soulagement l’ultime rapport des psychiatres selon lequel Geneviève Lhermitte a égorgé ses cinq enfants alors qu’elle se trouvait dans un état de déséquilibre mental si grave qu’il la rendait incapable du contrôle de ses actes.

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« Il faut la dire coupable »

Pour les parties civiles, l’internement serait une mesure inadéquate : l’accusée est coupable d’assassinats.

 Yasmine était morte. Egorgée comme les quatre autres. Ils étaient tous morts. Le silence, terrible, s’était insinué sournoisement dans chaque pièce de la maison. Sauf dans le living où la télé continuait de babiller étourdiment, comme si les enfants faisaient encore cercle autour d’elle.

Geneviève Lhermitte l’avait éteinte machinalement. Il y avait ce vide en elle. Et, dit-elle, cette impression que sa tête se réduisait. Elle avait tué ses cinq enfants. Elle ne ressentait rien.

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Geneviève Lhermitte n’était pas responsable de ses actes

Procès Lhermitte

Elle a tué dans un état « de dépersonnalisation transitoire »

C’est désormais l’avis des psys après un nouvel examen de l’accusée et des lettres qu’elle rédigea en février 2007.

 S’il n’est pas sûr que ces deux lettres auraient permis de conjurer le drame, il est certain qu’elles auraient permis d’éviter le procès. Ces lettres, ce sont celles que Geneviève Lhermitte avait adressées à son psychiatre, le Dr Veldekens, les 13 et 27 février 2007. Deux appels à l’aide dans lesquels elle s’ouvrait de ses projets suicidaires et – dans le second message rédigé la veille des faits – de son intention d’emmener ses enfants dans la mort. Le lendemain, dans la vaste maison que la famille occupait à Nivelles, Geneviève Lhermitte avait égorgé ses cinq enfants avant de tenter de mettre fin à ses jours.

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Une question, parmi les autres, posée aux jurés

ÉCLAIRAGE

 Que va-t-il se produire suite aux nouvelles conclusions des experts ? Ces derniers ont estimé mardi que Geneviève Lhermitte était dans un état grave de déséquilibre mental au moment des faits, un état qui se perpétue encore aujourd’hui. À quel scénario aurait-on assisté s’ils étaient arrivés à cette même conclusion au moment de l’instruction ?

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« C’était une mère exemplaire », selon les témoins

Justice Geneviève Lhermitte devant la cour d’assises du Brabant wallon

A une amie qui lui demandait le nom de ce toubib dont elle ne cessait de lui dire pis que pendre, Geneviève Lhermitte avait un jour répondu : « Il s’appelle Schaar, comme le méchant dans Le Roi Lion. »

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La haine plus forte que la souffrance

L’accusée a tué ses cinq enfants. Immense, sa souffrance ne l’a pourtant pas purgée de sa haine.

 ANALYSE

Le procès n’a pas mis deux jours à changer d’âme. Chaque phrase, chaque mot qu’elle a prononcé durant son interrogatoire, lundi dernier, exsudait l’extrême souffrance de Geneviève Lhermitte : une douleur immense, palpable, qui met à la torture chaque fibre de son cœur de mère. Cette souffrance-là est évidente. Elle est incontestable. Elle est éminemment respectable. Ce jour-là, cette souffrance écrasait tout. Jusqu’aux blancs des silences. Et tous ceux qui l’écoutaient souffraient avec cette femme dont la voix blanche, livide, disait des choses impossibles à dire.

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Un monde d’apparences

Justice Geneviève Lhermitte devant ses juges

L’accusée a vécu  dans un monde où tout le monde donnait le change.
A commencer par elle.

 Tout, ou presque, n’était que non-dits, mensonges, malentendus et faux-semblants. Geneviève Lhermitte fut longtemps convaincue, par exemple, que le Dr Schaar avait une fille prénommée Olivia, qu’il faisait passer pour sa nièce : une gamine dont elle avait aperçu une photographie dans la chambre à coucher du médecin. C’était faux, bien sûr : l’enquête a établi qu’Olivia était bien la fille de Jacques Schaar, le frère du docteur.

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