Le Dr Lethiexhe est acquitté

Le président Robert Gérard n’avait pas lu les premières lignes de son arrêt, jeudi soir, qu’un tonnerre de cris et d’applaudissements – aussi vite réprimé par le magistrat – est monté du prétoire chauffé à blanc par six bonnes heures d’attente : les jurés de la cour d’assises de Liège venaient d’acquitter Michel Letiexhe et son ex-épouse, Marie Vossen, des assassinats de Josée Julémont et de Berthe Loix, les deux tantes « à héritage » que le couple était accusé d’avoir tuées pour entrer plus promptement en possession de leurs biens.

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Les deux accusés réclament leur acquittement

Une fois n’est pas coutume, c’est le ministère public qui n’a pas eu la partie facile, jeudi, puisque c’est à lui qu’incombe la charge de la preuve. Autant dire que ce n’était pas couru d’avance pour l’avocat général Eric Staudt dès lors que les poursuites, dans ce dossier, sont fondées sur les seules déclarations des divers protagonistes dont la crédibilité est, par essence, contestable : l’enquête, en effet, n’a recueilli aucun élément matériel objectif contre les accusés, le docteur Michel Letiexhe et Marie Vossen, son ex-épouse.

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Portrait en noir et blanc d’un homme en blanc

Après l’arrestation du Dr Letiexhe, la clinique Sainte-Elisabeth dut engager une employée à la seule fin de gérer les 790 rendez-vous que l’incarcération du diabétologue laissait brutalement en carafe. Le docteur était un bourreau de travail. Malgré quoi, il réservait à chaque patient la même disponibilité bienveillante et une écoute jamais prise en défaut. Deux jours durant, une longue procession embuée de patients reconnaissants viendra, face à la barre, tresser des lauriers au médecin qui gratifiera chaque témoin d’un sourire émollient : le même, on le jurerait, qu’il arborait – « A qui le tour ? » – chaque fois qu’il ouvrait la porte de sa salle d’attente.

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L’injection d’insuline est improbable

Des circonstances du décès de Josée Julémont, on ne connaît rien qui ne vienne des accusés eux-mêmes : leur parente, disent-ils, avait fait un malaise peu après avoir bu son blanc-cassis, elle avait été prise de vomissements, le Dr Letiexhe lui aurait injecté une ampoule de Buscopan et elle était morte, une heure plus tard. Cette version, les légistes ne disposent d’aucun élément propre à la contredire.

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« Josée se serait confiée à un pied de table »

Les Letiexhe, mari et femme, avaient fait irruption dans la vie de Berthe Loix après la mort de son mari, au début des années 2000. « Je ne les avais jamais vus auparavant, raconte une proche. La présence de Marie Vossen aux côtés de Berthe Loix, le jour des funérailles, ne m’en avait paru que plus étrange. Elle ne la lâchait pas et j’avais le sentiment qu’elle voulait me tenir à l’écart. »

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«Si vous le dénoncez…»

Le Dr Letiexhe fut-il jamais l’amant de cette petite femme ronde et exaltée qui rêva, après avoir invoqué sainte Rita, de lui faire expier sa faute en le guidant sur le chemin raboteux de la rédemption ? « Jamais, martèle l’accusé. Christine S. fut longtemps une confidente et une amie, rien d’autre ». Elle, elle revendique avec force la liaison qu’ils entretinrent, dit-elle, de janvier à juillet 2006.

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Troublants trous noirs

Bien sûr, il y a cette cassette. Celle où Marie Vossen enregistre, à l’insu de son mari, cette conversation durant laquelle il raconte comment il a envoyé « ad patres » la tante Betty et la marraine Josée. Mais on sait à quelle fin libidineuse Michel Letiexhe prétend avoir tenu ses propos accablants. « C’était, dit-il, un vieux truc dont ils étaient convenus pour lutter contre l’assoupissement sexuel. » À l’entendre, ces histoires morbides avaient ce don particulier d’émoustiller son épouse. Alors, il ne se privait pas de broder sur ce canevas propitiatoire. « J’en rajoutais, a-t-il raconté. C’était parfois n’importe quoi. Je regrette, à ce propos, que le passage où j’évoque la mort de la tante Betty ait été effacé de cette cassette : on aurait d’emblée compris qu’il s’agissait d’un jeu. »

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Letiexhe : « C’est un complot »

Un homme lisse, qu’on croirait tout juste sorti de son emballage. Le Dr Letiexhe a une diction parfaite. Et cette sérénité un rien ostentatoire de celui qui se fait fort de dissiper promptement un malentendu. Ses longues mains blanches virevoltent dans la lumière qui tombe en bruine des lampadaires. Il parle avec faconde – « Vous me suivez toujours ? », demande-t-il à la cour quand il s’égare dans une explication tarabiscotée -, répond à chaque interpellation avec la même urbanité, accueille chaque question dérangeante avec le même sourire indulgent : « Vous allez comprendre ».

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Un coffre-fort, deux corbillards

Justice Un endocrinologue et son ex-épouse devant les assises de Liège

D’abord, il y avait eu Josée, la marraine. Puis, un an plus tard, la tante Betty. Mortes toutes les deux sans crier gare. Et incinérées sans tambour ni trompette. Deux décès qui n’avaient guère fait de vague. Pas même un clapotis. Ils entraient, somme toute, dans l’ordre naturel des choses. Même s’il s’agissait de deux vieilles dames pétulantes que leurs économies autorisaient encore à croquer la vie.

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