Entre justice et injustice

Suspecté pendant huit ans, Labeau a bénéficié du doute

ANALYSE

 Cela s’appelle la vérité judiciaire : mardi soir, les jurés de la cour d’assises du Hainaut ont estimé que l’accusé, Stéphane Labeau, n’avait pas tué Rita et Christian Duquene, le samedi 10 mars 2001, dans l’étable de leur ferme de Roisin (Le Soir de mercredi).

La vérité judiciaire n’est pas forcément la vérité tout court. Cette vérité-là, il est à craindre qu’elle restera à jamais claquemurée dans la tête de Stéphane Labeau, de Mélanie Duquene et de Bernard Wallecam. Parce qu’il n’est pas douteux qu’ils savent, eux. Et que, par-delà les rancœurs qui les dressent désormais les uns contre les autres, ils restent indissolublement liés par leur terrible secret.

lire la suite

Stéphane Labeau a été acquitté

Justice Le meurtre des fermiers de Roisin devant les assises du Hainaut

Le procès de Roisin est terminé. Mardi, en début de soirée, les jurés de la cour d’assises du Hainaut ont estimé que Stéphane Labeau n’était pas coupable du meurtre de Rita et Christian Duquene, assassinés dans l’étable de leur ferme de Roisin, dans la soirée du samedi 10 mars 2001. Une issue qu’on avait longtemps cru improbable jusqu’à la plaidoirie étincelante de l’avocat de l’accusé. Toute la matinée durant, Me Bouchat avait en effet entrepris – et avec quel talent ! – d’instiller le doute dans l’esprit des jurés. Et, selon toute évidence, il y est parvenu.

lire la suite

« Un double assassinat »

La scène se déroule au troisième jour du procès. Le témoin appelé à la barre, cet après-midi-là, s’appelle Mikaël M. : un Français qui, lui aussi, travaillait chez les Duquene. Il admet avoir été, trois années durant, l’amant de Rita Wallecam. Christian Duquene et Mikaël M. avaient eu, dit-il, « une discussion entre hommes » quand le mari s’était avisé de son infortune – les deux autres ne se cachaient guère. « T’es pas l’premier et tu s’ras pas l’dernier », aurait dit Christian à son rival. Et les choses en étaient restées là.

lire la suite

Le codétenu a trahi le secret

Michaël T. a la tête et la gouaille de ces fripouilles sympathiques des films de série B. Il avait partagé la cellule de Stéphane Labeau, l’accusé, lorsqu’il était en préventive à la prison de Mons. Les deux hommes n’avaient pas été longs à sympathiser. Au point que Labeau était devenu le confident de Michaël T. Il lui avait raconté son histoire. D’abord par bribes et morceaux. Puis, un jour, il avait lâché : c’était lui, Labeau, le coupable. « Tout à coup, je me suis rendu compte que je partageais la cellule d’un meurtrier, raconte Michaël T. Moi, j’étais en taule pour un car-jacking. Pour moi, la vie a un prix. On était dans des mondes différents. » Michaël T. avait donc résolu de confier à la police ce que Labeau lui avait dit. Au nom du seul devoir civique ? Pas vraiment : il admet avoir tenté – mais sans succès – d’échanger son témoignage contre « certains avantages » quand il comprit que ses informations suscitaient l’intérêt des enquêteurs.

lire la suite

« Je regrette de ne pas t’avoir dénoncé ! »

Procès Labeau

Il y a, dans ce procès, cette impression frustrante de décrire des cercles toujours plus concentriques autour d’une vérité qui, invariablement, se dérobe au dernier moment, comme un insecte furtif. Ainsi, jeudi matin, quand le président rappelle Mélanie Duquene à la barre. Elle est là, qui pleure, prostrée devant le micro qui amplifie ses sanglots. Le président Jonckheer vient de lui parler longuement. Doucement.

– « J’ai l’impression, lui dit-il, que si vous aviez dit toute la vérité, vous ne seriez pas mal comme ça, Mademoiselle Duquene ».

Mélanie renifle.

– « N’essaierait-on pas, ensemble, d’aller un petit peu plus loin ? », chuchote le président.

– « Oui », souffle Mélanie.

lire la suite

L’accusé mouille Bernard Wallecam

proces.jpgCe fut une journée particulière. D’abord parce que l’accusé, Stéphane Labeau, qui comparait libre depuis le début de son procès, n’est pas dans le box lorsque l’audience reprend, mercredi matin – on apprendra plus tard qu’il s’est présenté, tôt, dans un hôpital de Valenciennes pour y recevoir des soins : « Je ne me sentais pas bien », expliquera-t-il. Ensuite parce que, de retour dans le prétoire, peu avant 16 heures – encadré, cette fois, par deux policiers –, Labeau prendra la parole pour faire une déclaration à tout le moins tonitruante. Lui qui, lundi encore, prétendait ignorer jusqu’au premier mot de l’affaire qui l’a conduit aux assises, va fournir des explications qui, à défaut de l’accuser vraiment, imputent à Bernard Wallecam un rôle central dans la mort de Rita et Christian Duquene.

lire la suite

« Stéphane Labeau m’a piégé »

Deux grosses pognes rougeaudes qui s’échappent d’une chemise rose saumon dont le col « pelles à tarte » suggère qu’elle a dû écumer les bals du pays sonégien, dans les années 70. Bernard Wallecam est venu vider son sac. A sa façon. L’entendre, c’est fouiller des strates épaisses de haines sédimentées dans la mémoire des familles Duquene et apparentées. Parce qu’il a la mémoire longue. Et la rancune tenace.

lire la suite

Il nie tout, elle ne sait plus rien

Stéphane Labeau

Elle pleure, Mélanie. Elle pleure. Elle se torture les mains. Elle triture sans fin le mouchoir qu’elle serre dans son poing. Derrière la barre, ses jambes tressaillent, secouées par un irrépressible tremblement. Elle regrette, dit-elle : elle ne se souvient de rien. De rien. « Comment est-ce possible d’oublier comme ça ? », sanglote-t-elle. Un jour, sa mémoire a tout oblitéré des événements qu’il lui était intolérable d’encore contenir. Le disque dur est vide. Tout a été « killé ».

lire la suite

Le procès de Stéphane Labeau débute devant les assises du Hainaut.

Stéphane Labeau

Stéphane Labeau répond du meurtre des époux Duquene, dont les corps avaient été retrouvés, en avril 2001, sous le tas de fumier de leur ferme, à Roisin. Il nie tout.

Ici, entre France et Belgique, la frontière est étrangement capricieuse. Comme si son tracé avait dû s’insinuer entre d’invisibles mais rédhibitoires obstacles, décrivant des crochets plus soudains que ceux d’un torrent qui aurait fait son lit dans un tohu-bohu d’affleurements rocheux.

Roisin squatte l’une de ces presqu’îles frontalières, entre les deux Honnelle – la grande et la petite – qui baguenaudent dans cette partie des Hauts-Pays. C’est une campagne croquignolette, secrète, toute en ronde-bosse, jonchée de boqueteaux pensifs, où le poète Verhaeren revenait chaque été en villégiature.

lire la suite