Bruno Werner condamné à la perpétuité

Le pédagogue allemand a été déclaré coupable de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants

La cour n'a reconnu aucune circonstance atténuante à l'accusé. © Belga

Le verdict était couru d’avance : le jury de la cour d’assises de Liège a déclaré Bruno Werner, 63 ans, coupable de l’assassinat de son épouse Irène, de sa fille Helena et de son fils Borbe, tous trois massacrés à coups de hache, le 25 octobre 2007, dans la fermette que la famille occupait à Hombourg (Plombières). La peine, prononcée quelques heures plus tard, fut celle qu’avait logiquement requise l’avocat général : la réclusion à perpétuité.

 Bruno Werner va donc réintégrer pour de longues années – il avait été libéré neuf mois avant son procès – cet univers carcéral qu’il abomine. Durant sa détention préventive à Verviers, il avait été un client particulièrement difficile pour l’administration pénitentiaire. Il l’avait bombardée de lettres et de plaintes : « Il n’avait pas tort sur tout, mais le ton hautain et méprisant de ses écrits le desservait », a expliqué le directeur de la prison – dans l’une de ses missives, Werner avait notamment suggéré que l’établissement soit géré par la Société protectrice des animaux. Il eut des problèmes avec les surveillants, avec ses codétenus qui, tour à tour, réclamèrent leur transfert dans une autre cellule. Il avait assigné l’Etat belge dont il exigeait qu’il lui octroie une cellule individuelle. Il écrivit au palais royal, à l’ambassade d’Allemagne, alerta la presse.

Passée la période d’abattement dans laquelle l’avait plongé son geste fou, Bruno Werner s’était du reste révélé étonnamment vindicatif, tracassier et procédurier. Il déposa plainte contre le parquet, le juge d’instruction et les policiers chargés de son dossier. lire la suite

« L’effondrement d’une cathédrale bâtie sur le sable »

L'avocat de la défense, Me Xavier Magnée a contesté la préméditation. © Belga

Il y a ce carnage. Ce massacre d’une barbarie inouïe. Et, dans le box, il y a cet homme inattendu : Bruno Werner, intellectuel brillant, pédagogue de haut vol, théoricien révéré de la gestion des conflits humains. « Un homme qui avait rendez-vous avec un autre destin », dira Me Magnée, son avocat.

 Quatre jours durant, on aura vainement tenté de concilier l’horreur des faits et la personnalité hautement éduquée de leur auteur. Un exercice obligé puisque la matérialité des faits est incontestable. Et que la responsabilité de l’accusé l’est tout autant : « L’acte est fou, lance l’avocat général Pascale Schils, mais lui, il ne l’est pas. »

Ce que personne, du reste, ne songerait à nier : d’emblée, la défense avait annoncé qu’elle n’envisageait ni de réclamer l’internement de l’accusé, ne de prétendre qu’il avait pu agir sous l’emprise de cette « force irrésistible » évoquée par l’article 71 du Code pénal.

Mais voilà. Il est tout aussi évident que Bruno Werner a agi dans « un état émotionnel paroxystique » : une sorte de transe qui, sans annihiler sa responsabilité, a pu – c’est la thèse de son avocat – brouiller la conscience qu’il avait de ses actes.

C’est un peu court, de l’avis du ministère public : « Le droit pénal, dira Mme Schils, est justement là pour sanctionner ceux qui ne savent pas faire barrage à leurs pulsions ». Elle admet que Bruno Werner a agi dans un état d’extrême tension mais sans jamais perdre le contrôle de ses actes : il lave la hache après chaque meurtre, il prend soin de se changer avant de se livrer à la police. lire la suite

Plutôt tuer qu’être deviné

Bruno Werner se prenait pour un raté et vivait dans la peur d'être percé à jour. © Belga

Le pédagogue Bruno Werner animait deux séminaires sur des thématiques qui l’avaient toujours passionné : Se disputer de façon productive et La gestion des conflits dans un contexte émotionnel. Le conférencier ne faisait rien de tout cela. Il aurait été incapable de tirer quelque bénéfice que ce soit d’une dispute : la moindre algarade le mortifiait. Il ne gérait pas davantage les conflits : il évitait les confrontations. Il se terrait pour se soustraire aux regards de ceux dont il redoutait qu’ils le percent à jour.

 Ceux qui l’ont fréquenté – tout un défilé d’intellectuels allemands nourris de légumes bio et d’idéaux altruistes – ont décrit un homme intelligent, lisse, calme, doux, poli, réservé et réfléchi. Difficile à cerner, pour tout dire : il ne laissait jamais rien paraître des émotions qui pouvaient l’habiter. « Il assumait tout avec une certaine lourdeur, raconte sa demi-sœur Gisela. Il a traversé des épisodes dépressifs dont il a toujours prétendu se sortir seul. Sa maîtrise de soi donnait le change alors même qu’il s’enlisait dans son mal-être. »

Il se tenait lui-même en piètre estime. « Toute ma vie durant, a-t-il répété lundi, j’ai eu le sentiment d’être un raté. » L’héritage probable d’une « profonde blessure narcissique » infligée dès l’enfance, ont expliqué les psychiatres. Alors, il se cachait, épouvanté à l’idée que les autres puissent découvrir ce qu’il était vraiment : ce raté-là. Sa grande intelligence et la perception très fine qu’il avait de la réalité l’avaient efficacement servi dans son œuvre de dissimulation. lire la suite

Le procès continue sans Me Hissel

Victor Hissel salue Bruno Werner, qu'il assistait depuis trois ans. @ Belga

Mardi matin, Me Victor Hissel a quitté, bien malgré lui, la cour d’assises de Liège, choisissant finalement d’obtempérer à l’injonction qui venait de lui être faite par son bâtonnier de se déporter de la défense de Bruno Werner, accusé de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants.

La présence de Victor Hissel aux assises de Liège avait pu surprendre, dès lors qu’il fait actuellement l’objet d’une procédure disciplinaire : à la suite de la condamnation de Me Hissel pour détention d’images à caractère pédopornographique, le bâtonnier Eric Lemmens avait saisi le conseil de discipline du barreau devant lequel l’avocat liégeois a comparu, jeudi dernier.

A ce jour, toutefois, Me Hissel n’a fait l’objet d’aucune sanction – le conseil de discipline ne se prononcera qu’en mars prochain : l’avocat n’est ni radié, ni suspendu. Rien, en principe, ne s’opposait donc à ce qu’il assure la défense de Bruno Werner.

Ce mardi, toutefois, son bâtonnier a usé d’une prérogative que lui octroie le Code judiciaire pour imposer à Me Hissel de se déporter, excipant de « raisons impérieuses » (lire ci-dessous) dont l’avocat contestait manifestement la pertinence.

L’incident, d’abord confiné dans quelque local du palais de justice, devint public lorsque Me Hissel, déterminé à se maintenir, vint prendre place sur le banc de la défense, face au président Gorlée, plutôt chagriné par ce contretemps qui mettait à mal le planning de son audience – il était déjà 10 h 30 ! lire la suite

« Si j’avais su le pourquoi, j’aurais pu le gérer »

Bruno Werner répond du massacre de sa famille. © Belga

A chaque question du président, Bruno Werner hoche lentement sa tête de moine en carême : une construction blême, expressive, toute en os, inconfortablement perchée au sommet d’un long cou décharné sur lequel une pomme d’Adam protubérante coulisse comme un ludion.

Il entend être compris. Il rectifie calmement les dates, corrige poliment les approximations, liste méthodiquement les choses. Sa naissance à Stahe – à 30 km d’Aix-la-Chapelle –, dans une famille expulsée de Silésie. Le décès de sa mère, six mois plus tard. Sa relation d’une absolue sécheresse avec la seconde épouse de son père. La maison paternelle dont on avait expurgé jusqu’au souvenir de sa mère biologique – jamais un mot, pas une photo, rien. Il en avait souffert. lire la suite

Trois vies fauchées, pour préserver quels secrets ?

Bruno Werner explique son carnage en évoquant des problèmes financiers. © Belga

Un jour de l’automne 2007, Bruno Werner, un pédagogue allemand, a tué
à coups de hache son épouse et ses deux enfants, dans la fermette que la famille occupait à Hombourg (Plombières). Son procès débute ce lundi à Liège.

Pour les gens du cru, c’étaient des bobos. Ou quelque chose d’approchant. Des intellos à vélo – pédagogues, tous les deux – qui avaient choisi, comme beaucoup d’autres Allemands, d’aménager de ce côté-ci de la frontière, dans cette région dont les paysages préservés devaient flatter l’idée qu’ils se faisaient de l’authenticité.

Les Werner avaient acquis, rue du Cheval Blanc, à Hombourg (Plombières), une fermette isolée – « Das Gut Kolberg » – où ils menaient une vie conforme à leurs aspirations d’ex-soixante-huitards – c’était leur génération – en compagnie de leurs deux enfants réglementaires : un fils, une fille, tous deux déjà grands. Lui, le père, il élevait des moutons. Elle, sa femme, était peintre du dimanche : elle avait du talent. Il était taciturne et renfermé – un ours, en fait –, elle était vive et enjouée. Ils vivaient en marge du village. Des gens discrets, sinon fermés : ils étaient là depuis plus de vingt ans et personne, dans le voisinage, ne les connaissait vraiment. C’étaient « les Allemands ».

Puis il y avait eu ce drame épouvantable. Un cauchemar, façon Shining. Le 25 octobre 2007, à 15 h 18, Bruno Werner, 58 ans, avait appelé le 101 : il venait, disait-il, de tuer son épouse, Maria Irène Drexler, 61 ans, leur fille Helena, 19 ans, et Borbe, leur fils de 17 ans. lire la suite

Geeraerdt condamné à 25 ans

Assises de Bruxelles La cour a suivi l’avocat général

Michel Geeraerdt, 53 ans, a été condamné, mardi, à vingt-cinq ans de réclusion pour un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme de 34 ans qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, à Dilbeek.

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C’était un meurtre…

Assises de Bruxelles Michel Geeraerdt déclaré coupable

Hier, vers 21 h 30, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles ont déclaré Michel Geeraerdt coupable d’un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, alors qu’il s’était introduit par effraction dans l’habitation de la victime, à Dilbeek. Michel Geeraerdt a toujours prétendu que c’était un accident : trébuchant dans l’escalier, il avait – involontairement, dit-il – pressé sur la détente du pistolet 7,65 qu’il étreignait dans sa main, tuant à bout portant Daniel Thomson Pacheco qui le précédait, une ou deux marches plus bas.

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« J’ai glissé, chef ! »

Justice Michel Geeraerdt aux assises de Bruxelles

C’est un meurtre, point final. Pour les avocats des parties civiles, Mes Philippe Forton et Frédéric Clément de Cléty, il n’est pas douteux que l’accusé, Michel Geeraerdt, a délibérément, résolument, froidement abattu Daniel Thomson Pacheco, le 15 décembre 2009, dans cette maison de Dilbeek où il venait de s’introduire par effraction.

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Un 7,65, ça ne part pas tout seul

Assises de Bruxelles La version de Michel Geeraerdt laisse les experts perplexes

C’était un accident, dit l’accusé. Un dramatique accident. Il s’était engouffré dans l’escalier de service de la villa, son 7,65 pointé sur Daniel Thomson Pacheco qui marchait devant. Il avait trébuché. Le coup était parti tout seul. A bout portant. La balle avait traversé la boîte crânienne de « Monsieur Daniel », avait ricoché sur un mur, percuté celui d’en face avant de retomber, enfin inerte, dans l’une des pantoufles de la victime. Les enquêteurs l’avaient retrouvée là, indécemment calfeutrée dans ce pitoyable écrin : la mule douillette de l’homme qu’elle venait de tuer.

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