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	<title>les grands procès</title>
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		<title>Bruno Werner condamné à la perpétuité</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Le pédagogue allemand a été déclaré coupable de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants Le verdict était couru d’avance : le jury de la cour d’assises de Liège a déclaré Bruno Werner, 63 ans, coupable de l’assassinat de son épouse Irène, de sa fille Helena et de son fils Borbe, tous trois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120218-01U4U3 --><!-- date=2012-02-18--></p>
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<div><strong>Le pédagogue allemand a été déclaré coupable de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants</strong></div>
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<div id="attachment_1278" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120218-01U4U3_1-e1329751108855.jpg"><img class="size-full wp-image-1278" title="t-20120218-01U4U3_1.jpg" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120218-01U4U3_1-e1329751108855.jpg" alt="" width="200" height="159" /></a><p class="wp-caption-text">La cour n&#39;a reconnu aucune circonstance atténuante à l&#39;accusé. © Belga</p></div>
</div>
</div>
<p>Le verdict était couru d’avance : le jury de la cour d’assises de Liège a déclaré Bruno Werner, 63 ans, coupable de l’assassinat de son épouse Irène, de sa fille Helena et de son fils Borbe, tous trois massacrés à coups de hache, le 25 octobre 2007, dans la fermette que la famille occupait à Hombourg (Plombières). La peine, prononcée quelques heures plus tard, fut celle qu’avait logiquement requise l’avocat général : la réclusion à perpétuité.</p>
<p> Bruno Werner va donc réintégrer pour de longues années – il avait été libéré neuf mois avant son procès – cet univers carcéral qu’il abomine. Durant sa détention préventive à Verviers, il avait été un client particulièrement difficile pour l’administration pénitentiaire. Il l’avait bombardée de lettres et de plaintes : <em>« Il n’avait pas tort sur tout, mais le ton hautain et méprisant de ses écrits le desservait »,</em> a expliqué le directeur de la prison – dans l’une de ses missives, Werner avait notamment suggéré que l’établissement soit géré par la Société protectrice des animaux. Il eut des problèmes avec les surveillants, avec ses codétenus qui, tour à tour, réclamèrent leur transfert dans une autre cellule. Il avait assigné l’Etat belge dont il exigeait qu’il lui octroie une cellule individuelle. Il écrivit au palais royal, à l’ambassade d’Allemagne, alerta la presse.</p>
<p>Passée la période d’abattement dans laquelle l’avait plongé son geste fou, Bruno Werner s’était du reste révélé étonnamment vindicatif, tracassier et procédurier. Il déposa plainte contre le parquet, le juge d’instruction et les policiers chargés de son dossier.<span id="more-1279"></span></p>
<p>Les experts psychiatres chargés de l’examiner eurent pareillement droit à sa morgue : émettant les plus grands doutes sur leurs compétences, il les avait surnommés <em>« les Laurel et Hardy de l’expertise psychiatrique belge ».</em> Il avait fini par se brouiller avec tout le monde. Même avec le visiteur de prison Manfred R. – il n’était pas assez prompt à dégoter les ouvrages spécialisés dont il lui passait commande – et avec ce prêtre catholique dont il était devenu le correspondant.</p>
<p>Il avait, à force de plaintes, obtenu qu’un policier germanophone fût incorporé à l’équipe des enquêteurs. Mais, au moment du renvoi de son affaire devant la cour d’assises, il allait expressément choisir la procédure en français, écartant l’offre qui lui était faite d’être jugé par un jury germanophone.</p>
<p>L’administration pénitentiaire eut pareillement maille à partir avec Gisella, la demi-sœur de Bruno Werner, qui multiplia, elle aussi, les plaintes en tous lieux. Elle fut interdite de visites à la prison de Verviers durant deux mois, puis durant toute une année parce qu’elle faisait fi du règlement pénitentiaire – sur les objets prohibés, notamment. Durant l’instruction d’audience, on apprit qu’elle avait versé 15.000 euros à un détenu qui se faisait fort <em>« de faire avancer le dossier de son frère »</em>, à une époque où il lui semblait qu’on lanternait l’affaire. L’idée, avait-elle expliqué, c’était <em>« d’aspirer le dossier vers un magistrat bruxellois haut placé »</em>. Ce qui, avait-elle ajouté, lui paraissait très envisageable, <em>« eu égard à mon expérience africaine »</em>…</p>
<div class="signature">STEPHANE DETAILLE</div>
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			<media:description type="html">La cour n&#039;a reconnu aucune circonstance atténuante à l&#039;accusé. © Belga</media:description>
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		<title>« L’effondrement d’une cathédrale bâtie sur le sable »</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a ce carnage. Ce massacre d’une barbarie inouïe. Et, dans le box, il y a cet homme inattendu : Bruno Werner, intellectuel brillant, pédagogue de haut vol, théoricien révéré de la gestion des conflits humains. « Un homme qui avait rendez-vous avec un autre destin », dira Me Magnée, son avocat.  Quatre jours [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120217-01U357 --><!-- date=2012-02-17--></p>
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<div id="attachment_1283" class="wp-caption alignleft" style="width: 360px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120217-01U357_1-e1329751599201.jpg"><img class="size-full wp-image-1283" title="t-20120217-01U357_1.jpg" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120217-01U357_1-e1329751599201.jpg" alt="" width="350" height="388" /></a><p class="wp-caption-text">L&#39;avocat de la défense, Me Xavier Magnée a contesté la préméditation. © Belga</p></div>
</div>
<p>Il y a ce carnage. Ce massacre d’une barbarie inouïe. Et, dans le box, il y a cet homme inattendu : Bruno Werner, intellectuel brillant, pédagogue de haut vol, théoricien révéré de la gestion des conflits humains. <em>« Un homme qui avait rendez-vous avec un autre destin », </em>dira Me Magnée, son avocat.</p>
<p> Quatre jours durant, on aura vainement tenté de concilier l’horreur des faits et la personnalité hautement éduquée de leur auteur. Un exercice obligé puisque la matérialité des faits est incontestable. Et que la responsabilité de l’accusé l’est tout autant : <em>« L’acte est fou, </em>lance l’avocat général Pascale Schils, <em>mais lui, il ne l’est pas. »</em></p>
<p>Ce que personne, du reste, ne songerait à nier : d’emblée, la défense avait annoncé qu’elle n’envisageait ni de réclamer l’internement de l’accusé, ne de prétendre qu’il avait pu agir sous l’emprise de cette <em>« force irrésistible »</em> évoquée par l’article 71 du Code pénal.</p>
<p>Mais voilà. Il est tout aussi évident que Bruno Werner a agi dans <em>« un état émotionnel paroxystique »</em> : une sorte de transe qui, sans annihiler sa responsabilité, a pu – c’est la thèse de son avocat – brouiller la conscience qu’il avait de ses actes.</p>
<p>C’est un peu court, de l’avis du ministère public : <em>« Le droit pénal,</em> dira Mme Schils, <em>est justement là pour sanctionner ceux qui ne savent pas faire barrage à leurs pulsions »</em>. Elle admet que Bruno Werner a agi dans un état d’extrême tension mais sans jamais perdre le contrôle de ses actes : il lave la hache après chaque meurtre, il prend soin de se changer avant de se livrer à la police.<span id="more-1284"></span></p>
<p>Xavier Magnée se récrie, donne lecture de larges extraits de doctes ouvrages de psychiatrie pour décrire <em>« le processus »</em> qui a lentement, sournoisement, conduit Bruno Werner dans cet état de tension extrême : ce stress intenable qui ne pouvait connaître d’autre exutoire que <em>« cet orage émotionnel »</em> d’une violence inouïe. Qui ne pouvait avoir d’autre épilogue qu’<em>« une action libératoire, fût-elle abominable »</em>.</p>
<p>Bruno Werner, dit Me Magnée, était <em>« une cathédrale bâtie sur le sable »</em> : une sommité scientifique dont l’épais vernis de savoir tapissait la faille qui, depuis l’enfance, lézardait son austère personnalité. Une blessure narcissique profonde qu’un événement – l’échec encouru dans l’accompagnement d’un adolescent problématique que lui avait confié l’association Kaspar X – allait rouvrir sans crier gare.</p>
<p>Le pédagogue en avait conçu un tel dépit qu’il avait cessé toute activité professionnelle. <em>« Il en était là, le donneur de leçons, le prétentieux merle,</em> dit l’avocat : <em>au chômage ! ».</em> Et d’autant plus conscient de sa faillite que la réussite de son épouse – elle entamait une carrière artistique prometteuse – servait de repoussoir à son propre échec. Il se retrouvait inutile, improductif, humilié au sein d’une famille qui se portait bien. Même Helena – <em>« dont le caractère longtemps recroquevillé semblait trahir la prémonition de son destin tragique »</em> – paraissait s’épanouir depuis qu’elle était scolarisée en Suède. Les siens n’avaient même plus besoin de lui. Il n’était qu’un raté. Blessé, mortifié, abandonné.</p>
<p>Son projet criminel, cent fois refoulé, n’avait cessé de prospérer comme une plante vénéneuse sur ce terreau toxique, mortifère. Il ne l’avait pas prémédité, comme l’avait soutenu l’avocat général. Il l’avait combattu pendant des mois. Il luttait encore, ce matin-là, à l’heure où Helena s’éveillait à l’étage. Il était à bout. Il n’en pouvait plus. Vaincu, il avait rendu les armes. Et empoigné sa hache. <em>« Il n’avait rien prémédité », </em>dit Me Magnée. C’était des meurtres. Pas des assassinats.</p>
<p><strong>Bruno Werner avait réclamé sa libération</strong></p>
<p>Jeudi en début d’après-midi, le président Gorlée a rendu un arrêt dans lequel il a déclaré non fondée une requête dans laquelle Bruno Werner avait, le matin même, sollicité de la cour qu’elle déclare irrecevables les poursuites le concernant et qu’elle prononce sa libération immédiate. Dans les conclusions qu’il avait déposées à l’appui de cette requête, l’accusé estimait en effet que l’exclusion de son avocat, Me Victor Hissel nuisait gravement à ses droits. A noter que Me X. Magnée ne soutenait pas cette initiative de son client.</p>
<div class="article">STEPHANE DETAILLE</div>
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		<title>Plutôt tuer qu’être deviné</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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<div id="attachment_1288" class="wp-caption alignleft" style="width: 171px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120216-01U1FE_1.jpg"><img class="size-full wp-image-1288" title="t-20120216-01U1FE_1.jpg" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120216-01U1FE_1.jpg" alt="" width="161" height="164" /></a><p class="wp-caption-text">Bruno Werner se prenait pour un raté et vivait dans la peur d&#39;être percé à jour. © Belga</p></div>
</div>
<p>Le pédagogue Bruno Werner animait deux séminaires sur des thématiques qui l’avaient toujours passionné : <em>Se disputer de façon productive</em> et <em>La gestion des conflits dans un contexte émotionnel</em>. Le conférencier ne faisait rien de tout cela. Il aurait été incapable de tirer quelque bénéfice que ce soit d’une dispute : la moindre algarade le mortifiait. Il ne gérait pas davantage les conflits : il évitait les confrontations. Il se terrait pour se soustraire aux regards de ceux dont il redoutait qu’ils le percent à jour.</p>
<p> Ceux qui l’ont fréquenté – tout un défilé d’intellectuels allemands nourris de légumes bio et d’idéaux altruistes – ont décrit un homme intelligent, lisse, calme, doux, poli, réservé et réfléchi. Difficile à cerner, pour tout dire : il ne laissait jamais rien paraître des émotions qui pouvaient l’habiter. <em>« Il assumait tout avec une certaine lourdeur,</em> raconte sa demi-sœur Gisela. <em>Il a traversé des épisodes dépressifs dont il a toujours prétendu se sortir seul. Sa maîtrise de soi donnait le change alors même qu’il s’enlisait dans son mal-être. »</em></p>
<p>Il se tenait lui-même en piètre estime. <em>« Toute ma vie durant,</em> a-t-il répété lundi, <em>j’ai eu le sentiment d’être un raté. »</em> L’héritage probable d’une <em>« profonde blessure narcissique »</em> infligée dès l’enfance, ont expliqué les psychiatres. Alors, il se cachait, épouvanté à l’idée que les autres puissent découvrir ce qu’il était vraiment : ce raté-là. Sa grande intelligence et la perception très fine qu’il avait de la réalité l’avaient efficacement servi dans son œuvre de dissimulation.<span id="more-1289"></span></p>
<p>Mais cette stratégie lui coûtait une énergie considérable. Le soumettait à une tension de tous les instants. Il se carapatait sans crier gare quand elle devenait intenable : en 2006, il avait séché sans explication plusieurs séminaires qu’il devait animer. <em>« Dont l’un, qui devait durer une semaine, avait attiré un public venu de partout pour lequel nous avions réservé des hôtels »,</em> se souvient l’organisateur.</p>
<p><strong>« Son silence l’enfermait »</strong></p>
<p>Il y avait eu, surtout, cet échec cuisant avec cet adolescent en difficulté que Bruno Werner avait pris en charge pour le compte de l’association Kaspar X. Le gosse s’appelait Dennis G. Il était intelligent et manipulateur. Il avait pris le dessus sur son éducateur. Il l’avait dominé. Il l’avait écrasé. Il l’avait ridiculisé. Un jour de juillet 2006, ils en étaient venus aux mains. Le gamin avait eu le dessus – <em>« Il était plus fort que moi », </em>dit Bruno Werner – et il n’avait pu lui résister. Cet épisode l’avait démoli.</p>
<p><em>« C’est un événement majeur,</em> explique un psychologue. <em>Pour Bruno Werner, ce n’est pas seulement un échec : c’est l’effondrement brutal de toute cette philosophie de vie qu’il a construite autour de principes qu’il a lui-même théorisés en sa qualité de pédagogue. Ce jeune l’a littéralement cassé. Il en concevra un immense désarroi dont il ne s’ouvrira à personne : toujours cette peur d’être démasqué. »</em></p>
<p>Il avait fait le pire des choix : il avait cessé de travailler. Il était devenu chômeur. Un statut que sa personnalité tourmentée ne pouvait en aucun cas assumer sereinement. Il culpabilisait. Il s’était fait une montagne de la gêne financière très vénielle que les siens subissaient. Il vivait dans une peur folle : le jour viendrait où l’un d’eux – sa femme, sa fille, son fils – le percerait à jour. Alors, il les fuyait. Il s’enfermait dans le silence. <em>« Et son silence l’enfermait,</em> dit un psy. <em>Il a vécu tous ces mois-là dans une tension extrême. »</em></p>
<p>Cette peur viscérale d’être démasqué, disent les psychiatres, l’avait peu à peu conduit, hébété, à cette extrémité inouïe : plutôt les tuer que les décevoir. Plutôt ça – cette horreur ! –, que d’avoir pour miroir le regard d’un être aimé qui l’aurait deviné. <em>« Il est troublant de constater qu’il les a tués tous trois en les frappant par-derrière,</em> dit un psychiatre. <em>Jusqu’au bout, il aura eu ce souci obsessionnel d’éviter la confrontation. »</em></p>
<div class="article">STEPHANE  DETAILLE</div>
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		<title>Le procès continue sans Me Hissel</title>
		<link>http://blog.lesoir.be/grandsproces/2012/02/14/le-proces-continue-sans-me-hissel/</link>
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		<pubDate>Tue, 14 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Mardi matin, Me Victor Hissel a quitté, bien malgré lui, la cour d’assises de Liège, choisissant finalement d’obtempérer à l’injonction qui venait de lui être faite par son bâtonnier de se déporter de la défense de Bruno Werner, accusé de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants. La présence de Victor Hissel aux [...]]]></description>
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<div id="picture">
<div id="attachment_1272" class="wp-caption alignleft" style="width: 360px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120215-01U042_1-e1329303712954.jpg"><img class="size-full wp-image-1272" title="t-20120215-01U042_1.jpg" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120215-01U042_1-e1329303712954.jpg" alt="" width="350" height="273" /></a><p class="wp-caption-text">Victor Hissel salue Bruno Werner, qu&#39;il assistait depuis trois ans. @ Belga</p></div>
</div>
<p>Mardi matin, Me Victor Hissel a quitté, bien malgré lui, la cour d’assises de Liège, choisissant finalement d’obtempérer à l’injonction qui venait de lui être faite par son bâtonnier de se déporter de la défense de Bruno Werner, accusé de l’assassinat de son épouse et de ses deux enfants.</p>
<p>La présence de Victor Hissel aux assises de Liège avait pu surprendre, dès lors qu’il fait actuellement l’objet d’une procédure disciplinaire : à la suite de la condamnation de Me Hissel pour détention d’images à caractère pédopornographique, le bâtonnier Eric Lemmens avait saisi le conseil de discipline du barreau devant lequel l’avocat liégeois a comparu, jeudi dernier.</p>
<p>A ce jour, toutefois, Me Hissel n’a fait l’objet d’aucune sanction – le conseil de discipline ne se prononcera qu’en mars prochain : l’avocat n’est ni radié, ni suspendu. Rien, en principe, ne s’opposait donc à ce qu’il assure la défense de Bruno Werner.</p>
<p>Ce mardi, toutefois, son bâtonnier a usé d’une prérogative que lui octroie le Code judiciaire pour imposer à Me Hissel de se déporter, excipant de <em>« raisons impérieuses » </em>(lire ci-dessous) dont l’avocat contestait manifestement la pertinence.</p>
<p>L’incident, d’abord confiné dans quelque local du palais de justice, devint public lorsque Me Hissel, déterminé à se maintenir, vint prendre place sur le banc de la défense, face au président Gorlée, plutôt chagriné par ce contretemps qui mettait à mal le planning de son audience – il était déjà 10 h 30 !<span id="more-1273"></span></p>
<p>Il fallait informer les jurés de la situation. On entendit le bâtonnier Lemmens, qui fut bref. Puis Me Hissel : <em>« Cela fait trois ans que j’assiste Bruno Werner, </em>dit-il. <em>Et à aucun moment, on ne m’a laissé entendre que je ne pourrais pas continuer de le faire durant son procès. On ne saurait m’interdire de l’assister sans attenter aux droits de la défense. »</em> Le président consulta l’avocat général – d’avis que les intérêts de la défense étaient préservés, dès lors que l’accusé était toujours assisté de Me Xavier Magnée – et Werner lui-même : un peu ahuri, il confirma Me Hissel dans le mandat qu’il lui avait confié.</p>
<p><strong>Micmac</strong></p>
<p>La situation devint passablement confuse, et discrètement cocasse, quand on vit débouler dans le prétoire les avocats de Me Hissel : Mes Misson, Berbuto et Bredael. Un micmac.</p>
<p>Me Berbuto évoqua le principe d’une action en référé contre l’injonction du bâtonnier.</p>
<p>Le président Gorlée, lui, perdait visiblement patience : il n’avait pas à connaître de cette affaire. Il était prioritairement soucieux du <em>timing</em> de son audience.</p>
<p>Mais il accepta de suspendre l’audience, le temps que Me Hissel consulte ses conseils. Qui mirent manifestement ce conciliabule à profit pour le convaincre d’obtempérer : dix minutes plus tard, Victor Hissel, l’œil fuligineux, quittait la salle et la défense de Werner.</p>
<p>Ses avocats ont finalement renoncé à introduire une action en référé contre la décision du bâtonnier.</p>
<p>Leur client, ont-ils annoncé, a été contraint de déférer à cette injonction <em>« sans préjudice de l’exercice ultérieur de tous ses droits »</em>.</p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE,WAUTERS,LAURENCE</div>
<h2 class="signature"><strong>L’audience </strong></h2>
<p><strong>Lui, si réservé,  elle, si vive </strong></p>
<p>Il y a ces lésions génitales très légères – « de simples rougeurs », dira-t-il – que le médecin légiste avait observées lors de l’examen du corps d’Helena Drexler, la fille de l’accusé. Oui, elles étaient compatibles, dit-il, avec des attouchements commis par un tiers. Mais c’était une hypothèse parmi plusieurs autres. Aucune trace de sperme ni aucun profil génétique masculin n’avaient d’ailleurs pu être identifiés dans les prélèvements opérés durant l’autopsie.<br />
Si l’hypothèse d’un attouchement avait été considérée avec une certaine attention, c’est que divers témoins avaient vu dans l’attitude d’Helena le comportement typique d’une jeune fille victime d’abus sexuels intrafamiliaux. Elle était solitaire. Son mal-être était palpable. Elle se recroquevillait au moindre effleurement.<br />
Bruno Werner, lui, nie farouchement avoir jamais touché sa fille. Elle avait hérité de son caractère, c’est tout : timide, réservé, silencieux. « Helena, raconte l’enseignante qui fut sa titulaire, quand l’adolescente fréquentait encore un lycée d’Aix-la-Chapelle, était d’une timidité quasi pathologique. Elle était pratiquement inaudible lorsqu’elle devait prendre la parole devant un groupe. »<br />
Sa mère, Irène Drexler, était un tout autre personnage. Une femme déterminée, pragmatique, directe, vive et expansive – Borbe, le fils de la maison, était pareil –, chaleureuse et cordiale : « C’est elle qui prenait les décisions dans le couple qu’elle formait avec Bruno Werner, raconte une amie. Elle le faisait gentiment. Et je crois que Bruno s’accommodait très bien de ce mode de fonctionnement. »<br />
Le couple avait l’air de bien s’entendre. Dépareillé – elle si vive, lui si réservé – mais solide. Ils s’étaient mariés sur le tard, bien après la naissance des enfants. « Et, connaissant Irène, ce n’était pas pour des raisons fiscales, dit une amie : elle n’aurait jamais épousé Bruno Werner si elle ne l’avait pas aimé profondément. »</p>
<p>Stéphane Detaille</p>
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			<media:description type="html">Victor Hissel salue Bruno Werner, qu&#039;il assistait depuis trois ans. @ Belga</media:description>
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		<title>« Si j’avais su le pourquoi, j’aurais pu le gérer »</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[A chaque question du président, Bruno Werner hoche lentement sa tête de moine en carême : une construction blême, expressive, toute en os, inconfortablement perchée au sommet d’un long cou décharné sur lequel une pomme d’Adam protubérante coulisse comme un ludion. Il entend être compris. Il rectifie calmement les dates, corrige poliment les approximations, liste [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120214-01TY23 --><!-- date=2012-02-14--></p>
<div id="picture">
<div id="attachment_1261" class="wp-caption alignleft" style="width: 276px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120214-01TY23_1.jpg"><img class="size-full wp-image-1261" title="t-20120214-01TY23_1.jpg" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/t-20120214-01TY23_1.jpg" alt="" width="266" height="164" /></a><p class="wp-caption-text">Bruno Werner répond du massacre de sa famille. © Belga</p></div>
</div>
<p>A chaque question du président, Bruno Werner hoche lentement sa tête de moine en carême : une construction blême, expressive, toute en os, inconfortablement perchée au sommet d’un long cou décharné sur lequel une pomme d’Adam protubérante coulisse comme un ludion.</p>
<p>Il entend être compris. Il rectifie calmement les dates, corrige poliment les approximations, liste méthodiquement les choses. Sa naissance à Stahe – à 30 km d’Aix-la-Chapelle –, dans une famille expulsée de Silésie. Le décès de sa mère, six mois plus tard. Sa relation d’une absolue sécheresse avec la seconde épouse de son père. La maison paternelle dont on avait expurgé jusqu’au souvenir de sa mère biologique – jamais un mot, pas une photo, rien. Il en avait souffert. <span id="more-1262"></span></p>
<p>L’école avait été son refuge. Il travaillait bien. Il était devenu pédagogue : il formait les enseignants du supérieur à la didactique et à la méthodologie. Il avait coupé les ponts avec les siens. Il vivait alors dans l’une de ses communautés étudiantes où l’on jardinait des légumes bio et les idéaux de Mai 68.</p>
<p>C’est là qu’il avait fait la connaissance d’Irène Drexler. <em>« Elle rêvait,</em> dit-il,<em> d’une fermette avec un grand terrain où élever des moutons. »</em> Ils l’avaient trouvée à Hombourg, de ce côté-ci de la frontière. « Das Gut Kolberg » : une ferme qui menaçait ruine sur un terrain de 7.000 m2. Ils y avaient beaucoup travaillé.</p>
<p>Puis les enfants étaient nés. Helena, en 1988. Borbe, deux ans plus tard. Ils avaient peiné, les premières années. Les séminaires de communication que Bruno Werner animait ne rapportaient pas gros.</p>
<p>Leur situation s’était améliorée par la suite. Irène avait fait deux héritages. Elle travaillait désormais au sein de l’équipe pédagogique du Ludwig museum, à Aix. Lui, Bruno, avait trouvé un emploi au sein d’une association qui prenait en charge des adolescents en difficulté : il percevait 4.000 euros par mois pour héberger et assurer la guidance individuelle d’ados en perdition.</p>
<p>Ils avaient fini par acheter cette maison en Suède : <em>« le pays de rêve »</em> dont les Werner révéraient le modèle social. Ils y passaient leurs vacances. Irène avait une âme d’artiste : elle dessinait d’étonnants insectes que tout le monde admirait – elle avait exposé à Aix et à Rotterdam – mais que personne n’achetait.</p>
<p>Il ne la jalousait pas, non. C’est lui qu’il méprisait. Il se prenait pour un perdant. <em>« Toute ma vie,</em> dit, <em>a été habitée par ce sentiment-là. »</em> Il avait vécu, avec l’un des ados dont il avait la charge, une expérience destructrice qui l’avait mortifié au-delà de tout. Le gosse avait pris l’ascendant sur lui. Il l’avait démoli. Un jour de juillet 2006, il l’avait même battu. Quelque chose en lui s’était écroulé. Il avait plaqué son job d’éducateur. Il était devenu chômeur. <em>« J’étais au bout du rouleau,</em> dit-il. <em>Désespéré. »</em> Il sentait qu’une chose vénéneuse était à l’œuvre en lui. Il sombrait, tyrannisé par <em>« une peur folle »</em>.</p>
<p>– <em>« Vous aviez peur de quoi ? »,</em> s’enquiert le président.</p>
<p>– <em>« Je l’ignore</em>, dit-il. <em>Si j’avais été maître de moi, si je n’avais pas été fou, il n’y avait rien que je n’aurais pu régler. Notre situation financière n’était en rien ce désastre dont je m’étais convaincu. »</em></p>
<p>Il s’était vu dans le trou. Il avait vendu la voiture. Les magasins le terrorisaient. Les courses l’épouvantaient. Il ne payait plus les factures. Il se privait de tout. Il perdait pied. Il devenait fou. Il ne parlait plus. Il ne vivait plus.</p>
<p>Bruno Werner ne se souvient guère du massacre . Juste des bribes de cauchemar. Il dit qu’après chaque meurtre, il courait en tous sens dans la cour. Comme un fou. Et qu’à chaque fois, oui, il lavait sa hache. Il les avait tués. Helena, Borbe, Irène. Dans cet ordre-là.</p>
<p>– <em>« Qu’est-ce qui vous a pris ? »,</em> demande le président.</p>
<p>– <em>« Je l’ignore,</em> dit-il. <em>Et je le regrette : si j’avais su “le pourquoi”, j’aurais pu le gérer rationnellement. »</em></p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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			<media:description type="html">Bruno Werner répond du massacre de sa famille. © Belga</media:description>
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		<title>Trois vies fauchées, pour préserver quels secrets ?</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Feb 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Bruno Werner]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Un jour de l’automne 2007, Bruno Werner, un pédagogue allemand, a tué à coups de hache son épouse et ses deux enfants, dans la fermette que la famille occupait à Hombourg (Plombières). Son procès débute ce lundi à Liège. Pour les gens du cru, c’étaient des bobos. Ou quelque chose d’approchant. Des intellos à vélo [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120211-01TU2Y --><!-- date=2012-02-11--></p>
<div id="picture">
<div id="attachment_1269" class="wp-caption alignleft" style="width: 360px"><a href="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/bruno.jpg"><img class="size-full wp-image-1269" title="BELGIUM LIEGE ASSIZES GERMAN BRUNO WERNER MURDER" src="http://blog.lesoir.be/grandsproces/files/2012/02/bruno.jpg" alt="" width="350" height="356" /></a><p class="wp-caption-text">Bruno Werner explique son carnage en évoquant des problèmes financiers. © Belga</p></div>
</div>
<div class="chapeau">
<p>Un jour de l’automne 2007, Bruno Werner, un pédagogue allemand, a tué<br />
à coups de hache son épouse et ses deux enfants, dans la fermette que la famille occupait à Hombourg (Plombières). Son procès débute ce lundi à Liège.</p>
</div>
<p>Pour les gens du cru, c’étaient des bobos. Ou quelque chose d’approchant. Des intellos à vélo – pédagogues, tous les deux – qui avaient choisi, comme beaucoup d’autres Allemands, d’aménager de ce côté-ci de la frontière, dans cette région dont les paysages préservés devaient flatter l’idée qu’ils se faisaient de l’authenticité.</p>
<p>Les Werner avaient acquis, rue du Cheval Blanc, à Hombourg (Plombières), une fermette isolée – <em>« Das Gut Kolberg »</em> – où ils menaient une vie conforme à leurs aspirations d’ex-soixante-huitards – c’était leur génération – en compagnie de leurs deux enfants réglementaires : un fils, une fille, tous deux déjà grands. Lui, le père, il élevait des moutons. Elle, sa femme, était peintre du dimanche : elle avait du talent. Il était taciturne et renfermé – un ours, en fait –, elle était vive et enjouée. Ils vivaient en marge du village. Des gens discrets, sinon fermés : ils étaient là depuis plus de vingt ans et personne, dans le voisinage, ne les connaissait vraiment. C’étaient <em>« les Allemands »</em>.</p>
<p>Puis il y avait eu ce drame épouvantable. Un cauchemar, façon <em>Shining</em>. Le 25 octobre 2007, à 15 h 18, Bruno Werner, 58 ans, avait appelé le 101 : il venait, disait-il, de tuer son épouse, Maria Irène Drexler, 61 ans, leur fille Helena, 19 ans, et Borbe, leur fils de 17 ans.<span id="more-1267"></span></p>
<p>Les policiers l’avaient trouvé, adossé à sa voiture, devant la fermette qui brûlait. Hébété. Il n’avait pas dit un mot. Le corps d’Irène gisait près de la barrière, à l’entrée de la propriété. Le cadavre de Borbe était devant la maison. Helena, on l’avait retrouvée dans l’étable. Il avait jeté une couverture sur les trois corps, comme on tendrait un voile pudique sur une chose innommable.</p>
<p>Bruno Werner s’était livré à un carnage. Une abomination. Il avait massacré les siens à coups de hache. Des dizaines de coups qui avaient disloqué les crânes et réduit leurs os à l’état d’esquilles. Puis il avait bouté le feu à la ferme : son œuvre de destruction devait être absolue.</p>
<p>Il avait d’abord tué Helena, sa fille revenue la veille de Suède où elle suivait les cours de l’école Solvik, à Järna.</p>
<p>Ils étaient seuls, à cette heure-là : Irène s’était rendue à son travail, à Aix-la-Chapelle – elle faisait partie de l’équipe pédagogique du Ludwig museum. Borbe aussi s’était absenté. Bruno Werner avait tenté d’occuper à des tâches ménagères ses mains qui l’épouvantaient. Une voix hurlait en lui que c’était le jour. L’idée de tuer Helena l’avait assailli cent fois, ce matin-là. Il avait lutté pied à pied. En vain. Helena laçait ses chaussures dans le vestibule de l’entrée quand il l’avait assassinée.</p>
<p>Il était midi. Il avait attendu le retour de Borbe. Il avait fait mille fois les cent pas, fumé des cigarettes à la chaîne. Il s’était porté à la rencontre de son fils quand il était revenu, vers 14 h 30. Borbe était mort dans la cour. Irène était revenue juste après. Il l’attendait à la barrière. Elle avait crié quelque chose quand il l’avait frappée avec la hache. Mais il ne savait plus quoi. Il avait fait des boules avec de vieux papiers et le courrier du jour – dont cette mise en demeure déposée, quelques heures plus tôt par l’huissier Demarteau – et il avait mis le feu à la maison.</p>
<p>Bruno Werner a raconté aux enquêteurs qu’il avait ce plan-là depuis des mois. Peut-être depuis mars, quand il avait perdu son emploi. Il avait accumulé les dettes – un trou de 20.000 euros, selon lui –, il était menacé d’une procédure en recouvrement. Il n’avait rien dit à sa famille. Pire : il s’était englué dans le mensonge, redoutant à chaque seconde que survienne l’événement – un exploit d’huissier, le coup de fil d’un créancier – qui le percerait à jour. Qui jetterait une lumière crue sur ce qu’il était vraiment : <em>« Un raté »,</em> dit-il. Il était seul. Il était sans force. Il avait voulu en finir avec ce cauchemar : il les avait tués.</p>
<p>La situation financière des Werner était pourtant loin d’être désespérée. La fermette de Hombourg était payée. Le couple possédait en Suède une autre habitation où la famille passait les vacances d’été. Il avait des économies – des titres pour un montant de 94.000 euros –, et des rentrées mensuelles avoisinant les 2.000 euros.</p>
<p>Les dettes ? Elles n’atteignaient même pas les 10.000 euros.</p>
<p>Bruno Werner n’en était pas moins à la torture. Il avait peur de faire les courses. Les magasins le terrorisaient. Des agneaux étaient morts, à Hombourg, car il n’avait pu se résoudre à acheter des compléments alimentaires. Il ne payait plus les factures. Il se privait. Il ne parlait plus. Sans doute vivait-il lui-même cette situation – ce chômage infamant, cette soudaine gêne financière – comme une blessure insupportable. Il avait tout gâché.</p>
<p>Il était parti de haut : il avait commencé sa carrière comme collaborateur scientifique à la Haute Ecole technique d’Aix-la-Chapelle. Jusqu’en 2006, il avait animé des séminaires sur la communication et la gestion des conflits. Un comble : sa propre incapacité à communiquer ruinait sa crédibilité, sapait sa légitimité. Il y avait là, il le savait, comme une imposture qu’il assumait mal. Il n’avait plus la force de donner le change : en 2006, il avait séché plusieurs des ateliers qu’il devait animer. L’association de thérapie familiale Kontrast qui l’avait recruté en 1998 l’avait remercié six ans plus tard : Bruno Werner communiquait trop peu avec l’équipe.</p>
<p>Il avait retrouvé un travail : l’accompagnement d’adolescents problématiques pris en charge par l’association Kaspar X. Il avait connu avec l’un d’eux – Dennis G. – une expérience destructrice. Dennis G. avait pris l’ascendant sur lui, il l’avait dominé, il l’avait écrasé. Un jour de juillet 2006, l’adolescent l’avait molesté et il n’avait pas été capable de lui résister. Mortifié, il avait démissionné. Il était chômeur.</p>
<p><em>« L’échec subi dans l’accompagnement de cet adolescent lui a montré les limites de ses principes,</em> ont dit les experts psychiatres. <em>Ce fut pour lui un grave traumatisme narcissique. »</em></p>
<p>Des blessures comme celles-là, il en avait reçu toute sa vie. Il s’était tu sur celle-là comme il s’était tu sur toutes les autres : <em>« Le silence,</em> diront les psys, <em>est l’arme qu’il oppose à ceux qui menacent de le deviner. »</em> De le voir tel qu’il se regardait lui-même : un imposteur, un incapable, un invertébré. Alors il se terrait.</p>
<p>Est-ce vraiment cela ? Est-ce vraiment là, dans la fange de cet insondable mal-être, qu’il faut chercher la genèse de cette tragédie ? C’est possible. Même si l’enquête a exploré, sans conclure, une thèse autrement malsaine suggérée par les constats des légistes. Sur le corps d’Helena, le médecin avait observé des lésions génitales internes et externes compatibles avec des attouchements. Aucun profil génétique masculin ne put être identifié mais l’hypothèse d’abus sexuels intrafamiliaux fut considérée avec d’autant plus d’attention qu’elle avait été spontanément évoquée par plusieurs proches de la jeune femme.</p>
<p>Helena, racontaient-ils, ne tolérait aucun contact physique : elle se recroquevillait, elle se raidissait au premier effleurement. Elle non plus, elle ne parlait pas. Elle aussi, elle se terrait. Elle n’évoquait jamais sa famille, a raconté une amie. Elle semblait craindre son père. De la maison de Hombourg, elle disait qu’elle était froide comme un igloo. Un de ses professeurs et sa logeuse, en Suède, avaient soupçonné l’existence d’abus intrafamiliaux. Bruno Werner a farouchement contesté avoir jamais touché sa fille. Au juge d’instruction qui le sondait à ce propos, il avait un jour reproché de projeter sur lui ses propres fantasmes incestueux.</p>
<div class="article">
<div class="titre"><strong>En BREF</strong></div>
<p><span style="text-decoration: underline;">L’accusé </span></p>
<p>Bruno Werner, 63 ans, est accusé d’un incendie volontaire et d’un triple assassinat sur les personnes de son épouse Maria Irène Drexler, 61 ans, de sa fille Helena, 19 ans, et de son fils Borbe, 17 ans. Les faits sont survenus à Hombourg (Plombières), le 25 octobre 2007.</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Le procès </span></p>
<p>Il débute ce lundi devant la cour d’assises de Liège. Il devrait durer cinq jours. Il sera présidé par Philippe Gorlée. L’avocat général sera Pascale Schils. L’accusé sera défendu par Mes Victor Hissel et Xavier Magnée.</p>
</div>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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	</item>
		<item>
		<title>Geeraerdt condamné à 25 ans</title>
		<link>http://blog.lesoir.be/grandsproces/2012/01/24/geeraerdt-condamne-a-25-ans/</link>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Michel Geeraerdt]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Assises de Bruxelles La cour a suivi l’avocat général Michel Geeraerdt, 53 ans, a été condamné, mardi, à vingt-cinq ans de réclusion pour un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme de 34 ans qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, à Dilbeek. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120125-01RZ37 --><!-- date=2012-01-25-->
<div class="avantTitre">Assises de Bruxelles La cour a suivi l’avocat général</div>
<p>Michel Geeraerdt, 53 ans, a été condamné, mardi, à vingt-cinq ans de réclusion pour un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme de 34 ans qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, à Dilbeek.</p>
<p><span id="more-1260"></span>
<p> Michel Geeraerdt encourait la perpétuité. La cour, comme le jury l’avait fait la veille, a suivi les réquisitions de l’avocat général Bernard Dauchot qui avait réclamé une peine de vingt-cinq ans, rappelant notamment que le code pénal assimile ce crime – un meurtre commis pour assurer l’impunité d’un vol – à un assassinat. Il ne lui avait reconnu d’autres circonstances atténuantes que son casier judiciaire vierge et les regrets qu’il avait formulés à l’endroit des proches de la victime. Me Joëlle Noël, l’avocate de l’accusé, avait plaidé pour une peine mesurée : quinze ans.</p>
<p> Michel Geeraerdt, qui n’était guère plus qu’un voleur de poules – sa spécialité, c’était le vol d’outillages dans les abris de jardin –, avait résolu de tenter « un coup fumant », fin 2009. Son idée : tendre un guet-apens à deux antiquaires bruxellois qu’il avait contactés sous couleur de leur vendre des objets appartenant, disait-il, à sa soeur âgée. Il leur avait fixé rendez-vous, le 15 décembre 2009, à deux heures d’intervalle, dans une villa isolée située à Dilbeek, 515, chaussée de Ninove : une maison qu’il croyait inoccupée. Il comptait les braquer tour à tour et s’enfuir avec l’argent liquide qu’ils n’auraient pas manqué d’emporter avec eux. </p>
<p> Lorsqu’il s’était lui-même introduit dans la maison par effraction, ce matin-là, il avait eu la surprise de découvrir Daniel Thomson Pacheco, l’occupant de la villa, dans une chambre à coucher de l’étage. Il l’avait abattu. <i>« Un accident »</i>, disait-il. Il n’a pas été cru. </p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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	</item>
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		<title>C’était un meurtre&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Michel Geeraerdt]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Assises de Bruxelles Michel Geeraerdt déclaré coupable Hier, vers 21 h 30, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles ont déclaré Michel Geeraerdt coupable d’un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, alors qu’il s’était [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120124-01RXDC --><!-- date=2012-01-24-->
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<div class="avantTitre">Assises de Bruxelles Michel Geeraerdt déclaré coupable</div>
<p>Hier, vers 21 h 30, les jurés de la cour d’assises de Bruxelles ont déclaré Michel Geeraerdt coupable d’un vol aggravé d’un meurtre sur la personne de Daniel Thomson Pacheco : un homme qu’il avait abattu d’une balle dans le crâne, le 15 décembre 2009, alors qu’il s’était introduit par effraction dans l’habitation de la victime, à Dilbeek. Michel Geeraerdt a toujours prétendu que c’était un accident : trébuchant dans l’escalier, il avait – involontairement, dit-il – pressé sur la détente du pistolet 7,65 qu’il étreignait dans sa main, tuant à bout portant Daniel Thomson Pacheco qui le précédait, une ou deux marches plus bas.</p>
<p><span id="more-1259"></span>
<p> Cette version, l’avocat général Dauchot s’était employé – avec succès, donc – à l’anéantir, quelques heures plus tôt, en reprenant à son compte la plupart des arguments développés vendredi par les avocats des parties civiles (<i>Le Soir</i> d’hier). Comme eux, il regardait l’accusé comme un homme méticuleux – voyez le soin qu’il avait mis à préparer <i>« son nécessaire de braqueur »</i> –, organisé, calculateur : tout, sauf <i>« un simplet inoffensif »</i>.</p>
<p> La défense, faut-il le dire ?, avait livré de l’accusé un portrait autrement émollient, en piochant dans son parcours de vie quantité d’éléments propres à lui rendre <i>« sa vraie dimension humaine »</i> : celle, somme toute, d’un <i>« looser »</i> que les vicissitudes d’une existence trop longtemps chaperonnée par une mère étouffante avaient mené – à 50 ans ! – sur les sentiers raboteux de la petite délinquance.</p>
<p> « C’est plausible ! »</p>
<p> Un voleur de tondeuses à gazon : voilà ce que Michel Geeraerdt était devenu. Un gagne-petit que ses misérables ambitions situent à cent lieues du personnage calculateur décrit par l’accusation. <i>« Il n’a jamais eu le projet de tuer,</i> avait martelé son avocate, Me Joëlle Noëlle. <i>Sinon, pourquoi aurait-il emporté dans son sac ces cordages, ce rouleau d’adhésif, ces bâillons ? »</i></p>
<p> Pourquoi, avait-elle poursuivi, ne pas ajouter foi aux propos de son client quand il raconte la conversation surréaliste qu’il a avec Daniel T. Pacheco, lorsqu’il fait irruption dans sa chambre à coucher ? <i>« Elle a forcément eu lieu,</i> dit-elle : <i>comment l’accusé aurait-il pu savoir autrement que la victime travaillait à la banque de La Poste et occupait une maison appartenant à la marraine de sa compagne ? »</i></p>
<p> Pourquoi ne pas suivre l’accusé quand il prétend que, oui, ce fut un accident ? <i>« C’est plausible »,</i> avait-elle lancé. Elle avait décrit sa carrure de grizzli engagée dans l’étroit boyau de l’escalier – 70 cm seulement séparent les deux murs –, sa pointure 45 ripant sur des marches de 22 cm de profondeur, la pente casse-pipe – 44 degrés, c’est raide –, le stress qui devait forcément affecter ses capacités motrices. Oui, il était tombé – il avait même failli se ramasser à l’identique, lors de la reconstitution. Et c’est parce qu’il avait fait cette chute qu’il ne portait sur lui aucune trace de sang : sa glissade l’avait soustrait <i>« au cône d’aspersion »</i> décrit par le légiste.</p>
<p> Sa connaissance des armes ? <i>« Parlons-en, </i>dit Me Noël. <i>Il ne sait même pas ce qu’est une glissière. »</i> La défense avait encore noté ceci : l’accusé avait renoncé à attendre les antiquaires auxquels il avait tendu ce guet-apens : si, comme l’avait prétendu l’accusation, il avait tué Daniel T. Pacheco pour éliminer <i>« un témoin gênant »</i>, pourquoi aurait-il renoncé à mettre son plan à exécution jusqu’au bout ?</p>
<p> Mais voilà : ce raisonnement-là, le jury ne l’a pas suivi.</p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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		<title>« J’ai glissé, chef ! »</title>
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		<pubDate>Sun, 22 Jan 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Michel Geeraerdt]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Justice Michel Geeraerdt aux assises de Bruxelles C’est un meurtre, point final. Pour les avocats des parties civiles, Mes Philippe Forton et Frédéric Clément de Cléty, il n’est pas douteux que l’accusé, Michel Geeraerdt, a délibérément, résolument, froidement abattu Daniel Thomson Pacheco, le 15 décembre 2009, dans cette maison de Dilbeek où il venait de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120123-01RWAH --><!-- date=2012-01-23-->
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<div class="avantTitre">Justice Michel Geeraerdt aux assises de Bruxelles</div>
<p>C’est un meurtre, point final. Pour les avocats des parties civiles, Mes Philippe Forton et Frédéric Clément de Cléty, il n’est pas douteux que l’accusé, Michel Geeraerdt, a délibérément, résolument, froidement abattu Daniel Thomson Pacheco, le 15 décembre 2009, dans cette maison de Dilbeek où il venait de s’introduire par effraction. </p>
<p><span id="more-1257"></span>
<p> Il l’a tué pour assurer son impunité. Il était venu sans cagoule et il avait éliminé un témoin susceptible de l’identifier. </p>
<p> On aurait peut-être pu, disent-ils, ajouter foi à la thèse de l’accident si Michel Geeraerdt n’en avait lui-même ruiné la crédibilité en la truffant d’incohérences, d’approximations et de mensonges. Or, il a menti sur toute la ligne : il a prétendu que le tir était parti alors qu’ils s’étaient, <i>« Monsieur Daniel »</i> et lui, déjà bien engagés dans l’escalier. Une version inconciliable avec les constats des experts (<i>Le Soir</i> de vendredi) selon lesquels Michel Geeraerdt se trouvait encore sur le palier quand il avait fait feu. On n’a, du reste, retrouvé aucune trace de l’accusé dans la mare de sang qui baignait l’escalier : il en aurait immanquablement laissé si, comme il l’a prétendu, il était tombé, provoquant ce tir accidentel. Non, il n’était pas tombé : il avait abattu Daniel Thomson Pacheco d’une balle à bout portant puis il avait rejoint le rez-de-chaussée en empruntant l’autre escalier.</p>
<p> Les palinodies de l’accusé, disent les avocats, sont frappées au coin du mensonge : il déclare tantôt que Daniel Thomson Pacheco se trouvait dans son lit lorsqu’il avait fait irruption à l’étage, tantôt qu’il était déjà debout, occupé à regarder la télé dans sa chambre à coucher. Et comment croire qu’un familier des armes – l’accusé était membre d’un club de tir – ait pu, à son insu, tenir en main un pistolet prêt à faire feu ?</p>
<p> « Il avait d’autres choix »</p>
<p> Il y a, aussi, ce détail qui chiffonne Me Clément de Cléty : pourquoi donc Michel Geeraerdt avait-il voulu à toute force ramener <i>« monsieur Daniel »</i> au rez-de-chaussée – là même où il était censé tendre un guet-apens aux deux antiquaires ! – alors que la logique commandait qu’il le neutralisât en le ligotant à son lit ou sur l’un ou l’autre des sièges de l’étage ? Une décision incompréhensible dans le chef d’un homme que les deux avocats ont présenté comme <i>« ordonné, calculateur et méthodique »</i>.</p>
<p> Reste, aussi, que Michel Geeraerdt aurait pu faire d’autres choix en découvrant que la villa était occupée. Il aurait pu fuir. Au lieu de quoi, il était resté. Il avait liquidé un homme sans plus d’état d’âme. Et, rattrapé par la justice, il s’était mis en devoir de trousser cette histoire invraisemblable que Me Clément de Cléty allait brocarder en reprenant à son compte cette réplique célèbre : <i>« J’ai glissé, chef ! »</i></p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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		<item>
		<title>Un 7,65, ça ne part pas tout seul</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 22:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Affaire Michel Geeraerdt]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque judiciaire]]></category>

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		<description><![CDATA[Assises de Bruxelles La version de Michel Geeraerdt laisse les experts perplexes C’était un accident, dit l’accusé. Un dramatique accident. Il s’était engouffré dans l’escalier de service de la villa, son 7,65 pointé sur Daniel Thomson Pacheco qui marchait devant. Il avait trébuché. Le coup était parti tout seul. A bout portant. La balle avait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- archid=t-20120120-01RR1D --><!-- date=2012-01-20-->
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<div class="avantTitre">Assises de Bruxelles La version de Michel Geeraerdt laisse les experts perplexes</div>
<p>C’était un accident, dit l’accusé. Un dramatique accident. Il s’était engouffré dans l’escalier de service de la villa, son 7,65 pointé sur Daniel Thomson Pacheco qui marchait devant. Il avait trébuché. Le coup était parti tout seul. A bout portant. La balle avait traversé la boîte crânienne de <i>« Monsieur Daniel »</i>, avait ricoché sur un mur, percuté celui d’en face avant de retomber, enfin inerte, dans l’une des pantoufles de la victime. Les enquêteurs l’avaient retrouvée là, indécemment calfeutrée dans ce pitoyable écrin : la mule douillette de l’homme qu’elle venait de tuer.</p>
<p><span id="more-1255"></span>
<p> Un accident ? Les experts sont perplexes. L’escalier, c’est vrai, est piégeux : la profondeur des marches (22 cm) et leur largeur (70 cm) rendent la descente passablement périlleuse. Que Michel Geeraerdt, l’accusé, s’y soit cassé la pipe, c’est possible. Que le coup soit parti tout seul, c’est une autre affaire : l’arme – un pistolet FN semi-automatique que l’accusé avait hérité de son frère – est munie d’une double sécurité.</p>
<p><i> « Avant de pouvoir faire feu,</i> explique un expert,<i> il faut l’armer en faisant glisser la culasse vers l’arrière pour faire monter une balle du chargeur dans la chambre. Il faut placer le levier de la sécurité extérieure en position basse – faute de quoi la détente est bloquée –, exercer une pression suffisante sur la crosse pour neutraliser la sécurité de poignée et presser la détente avec une force de 27 newtons au moins. »</i></p>
<p> Le coup de feu aurait</p>
<p> été tiré sur le palier</p>
<p> La version livrée par l’accusé impliquerait donc que l’arme était prête à faire feu au moment de ce faux-pas tragique dans l’escalier. Ce qui revient à considérer qu’à cette seconde précise, une balle se trouvait déjà dans la chambre, prête à être percutée, que le levier de sécurité était abaissé et que – dans le mouvement désordonné qu’il fit pour retrouver l’équilibre en tentant d’agripper la rampe – Michel Geeraerdt avait serré la crosse au point d’enfoncer la sécurité de poignée et exercé sur la détente la pression qu’il faut pour déclencher le tir.</p>
<p> L’accusé ignorait, dit-il, que le 7,65 était prêt à faire feu. Il raconte que, la veille, il avait exhumé l’arme du tiroir où il l’avait remisée. Il ne l’avait jamais utilisée. Les mécanismes, à l’en croire, étaient un peu grippés – les experts, eux, ont décrit une arme parfaitement entretenue et lubrifiée. Il avait voulu, explique-t-il, s’assurer que le chargeur contenait des munitions. Quand il avait actionné la culasse pour faire monter une balle dans le canon, elle était restée coincée entre la chambre et la fenêtre d’éjection. Il l’avait extraite à grand-peine, avec un tournevis. La seconde balle était restée bloquée de la même façon. Alors, il les avait éjectées toutes – l’analyse des balles retrouvées chez lui a montré qu’elles portaient en effet les marques laissées par l’extracteur – avant de les replacer dans le chargeur. Il suppose qu’une des balles était restée dans la chambre sans qu’il s’en aperçût. Et qu’il avait placé l’arme dans son sac sans s’inquiéter de la position du levier de sécurité. Une négligence étonnante dans le chef d’un familier des armes – Michel Geeraerdt avait été membre d’un club de tir et aurait été affecté à l’armurerie durant son service militaire.</p>
<p> Les circonstances accidentelles dans lesquelles le coup serait parti intriguent pareillement les enquêteurs.</p>
<p> Michel Geeraerdt explique avoir trébuché alors que les deux hommes étaient déjà bien engagés dans l’escalier. Mais voilà : les projections de sang ont maculé le mur à l’aplomb du palier, à une hauteur de 1,85 mètre. <i>« Il est beaucoup plus plausible</i>, estime le médecin légiste, <i>que le coup de feu a été tiré alors que l’accusé se trouvait sur le palier et la victime une ou deux marches plus bas. »</i> Et alors ? Alors rien. Hors le fait, bien sûr, qu’on trébuche rarement sur un palier.</p>
<div class="signature">DETAILLE,STEPHANE</div>
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