Zoom sur… le printemps arabe de 2011 ou la jeunesse révolutionnaire

Ce n’est pas un hasard si Tarek Bouazizi avait 26 ans lorsqu’il s’est aspergé d’essence devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid.

t1larg.tunisia.fruit.seller.bouazizi.afp.getty.file.handout On ne saura jamais ce que Tarek Al Bouazizi, étendu et moribond sur son lit d’hôpital, a ressenti lorsqu’il reçut en visite l’ex président tunisien Ben Ali. L’initiateur du printemps arabe décédera une semaine plus tard, à 26 ans, des suites de ses blessures. Source : publication officielle du gouvernement de Ben Ali.

Comment a-t-on vu le monde depuis 25 ans ? Chaque jour, nous pointons un événement qui a marqué nos vies et décrivons comment notre génération l’a vécu.

Exaspéré, ce vendeur de fruits et légumes ambulant avait, une dernière fois, tenté de plaider sa cause auprès des autorités qui venaient, encore, de lui confisquer sa marchandise. Il circulait sans autorisation, c’est vrai, mais il était seul pour subvenir aux besoins de sa famille. Il ne demandait qu’à se régulariser et récupérer son stock. En guise de réponse, il s’était fait chasser et insulter. Au point de perdre tout espoir. Lorsque Tarek Bouazizi alluma la flamme, c’est à l’Afrique du Nord presque tout entière qu’il mit le feu.

 

 

Et pour cause, l’histoire de celui que sa mère surnommait Basboussa est loin d’être anecdotique. Bien malgré lui, le jeune Tunisien était le témoin représentatif d’un terreau générationnel arabe favorable à la révolution.

Une génération héritière, tant en Tunise qu’en Egypte, d’une transition démographique et d’un taux d’alphabétisation qui la distinguent singulièrement de la précédente. Plus nombreuse, mieux éduquée et plus critique face aux inégalités, elle aspire à davantage de dignité, au partage des richesses et l’instauration d’une démocratie.

Une jeunesse moins spirituelle aussi quand il s’agit de s’expliquer les difficultés quotidiennes. “À partir du moment où un Casablancais, un Beyrouthin ou un Damascène a les mêmes contraintes qu’un Européen pour boucler les fins de mois, il devient impossible de continuer à subir des régimes aussi despotiques“, explique le démographe Youssef Courbage dans le Café Pédagogique.

On prête enfin à cette jeunesse d’avoir particulièrement bien assimilé le pouvoir mobilisateur des réseaux sociaux, capables de nuancer les efforts de propagande assurés par le pouvoir dans les médias traditionnels (Al Jazeera exceptée). Par ailleurs, pour communiquer librement, les révolutionnaires passaient également par des serveurs “proxy” pour contourner les blocages des gouvernements sur internet.

 

 

Il va sans dire que cette jeunesse arabe, qui sera bientôt rejointe dans sa lutte par l’ensemble des générations, ne pouvait plus supporter beaucoup plus longtemps les carrières interminables de ses dirigeants, dont Zine el-Abidine Ben Ali, président de Tunisie depuis 1987, et Hosni Moubarak, président égyptien depuis 1981, étaient les meilleurs archétypes. Tous deux tombèrent en 2011.

Ailleurs, l’histoire fut moins romantique, comme en Libye ou en Syrie, où les révolutions se sont d’abord transformées en guerres civiles avant de prendre la forme de conflits armés internationaux sur fond de guerres géostratégiques.

 

La Place Tahrir, en plein centre du Caire, envahie par les révolutionnaires.

 

Il n’empêche, la révolution de Jasmin et le Printemps arabe qui la suivit sont des chocs majeurs tant sur les plans humain, sociétal, culturel et religieux qu’aux niveaux politique et géopolitique. Qui nous questionneront longtemps encore sur la relation explosive entre un pouvoir trop bien assis et la jeunesse, critique, qui le subit. Et puis aussi sur les rapports ambivalents qu’entretiennent encore “le monde arabe” et “l’occident”. Mais on s’égare… :)