Lorsqu’une secrétaire, quinquagénaire et féministe, interpelle une jeune journaliste…

La scène que je vais vous décrire s’est déroulée le 18, ou le 19 novembre dernier. Mais elle vient de me revenir en mémoire, au moment où nous enquêtons sur la génération #25ans. Un billet de Catherine Joie.

Ce jour-là, j’avais rendez-vous avec le directeur d’un centre d’étude, pour une interview qui entrait dans le cadre d’un article pour Le Soir. L’homme en question avait quelques minutes de retard. Sa secrétaire – qui doit avoir la cinquantaine – m’a fait entrer dans son bureau, pour que je puisse l’y attendre.

Cinq minutes plus tard, le directeur en question arrive. Sa secrétaire l’accueille, le débarrasse de son manteau, et lui propose un café – qu’il accepte avec plaisir. Sans sucre et sans lait, d’après mes souvenirs. C’est alors que le directeur quitte la pièce, pour chercher un dossier qui lui sera utile pour l’interview. Je me retrouve donc seule avec sa secrétaire, qui se tourne vers moi et me sort, de but en blanc : « Ne vous détrompez pas, je n’ai pas perdu mes valeurs féministes ! Je me suis battue pour lorsque j’étais plus jeune, mais je crois qu’aujourd’hui j’ai fait mon temps dans ce combat… »

Entre les lignes, je comprends que cette quinquagénaire chercher à se justifier pour avoir plié ses valeurs féministes en offrant un café à son patron. Pourtant, si elle ne m’avait pas adressé son commentaire, je pense que la scène à laquelle je venais d’assister ne m’aurait jamais interloquée, tant elle me semblait banale…

Plusieurs questions se sont alors imposées à moi : n’était-ce pas simplement une personne qui proposait un café à une autre personne, ou fallait-il y comprendre autre chose ? Etait-ce une preuve de machisme, ou un manque de féminisme ? Aurais dû-je, comme cette femme me le laissait entendre, être choquée de voir une secrétaire aux petits soins pour son patron ? Est-ce pertinent de croire que l’on peut « avoir fait son temps », lorsqu’il s’agit de défendre des valeurs ? Le combat féministe n’appartient-il qu’aux jeunes ? Et enfin, ma génération, celle qui a 25 ans, défend-elle encore le féminisme?

Un mois s’est écoulé depuis la « scène du café », et je m’interroge toujours. Je me permets donc de m’adresser à vous, en vous demandant : « Et vous, quel est votre avis sur la question ? »