L’égalité des sexes: la bonne idée de débat familial pour Noël (ou pas)


Aaaah, les grands repas de famille du réveillon de Noël.. En quelques heures, nous finirons sans doute tous l’estomac aussi gavé que celui du palmipède s’étant retrouvé par mégarde sur notre toast, le grand-père ronflant dans le divan et l’ambiance frôlant alors l’hystérie d’un tournoi provincial de scrabble. Halte là! Pour relancer la soirée, rien de tel qu’un petit débat… Et pour mêler toutes les générations, quoi de mieux que de parler directement de ceux et celles qui les composent: des hommes et des femmes!

 

Notre point de départ: on ne pouvait parler de notre génération sans aborder ses valeurs. Sommes-nous, nous jeunes de 25 ans, nés avec l’avortement – passez-moi l’oxymore – et familiers du mariage homo, réellement plus tolérants que nos parents? Peut-on croire, comme on le voudrait, que dans notre génération, plus personne n’est raciste, homophobe ou misogyne? D’ailleurs, l’égalité des sexes est-elle réellement acquise? Et comment se traduirait-elle au quotidien?

Notre problème: il est évidemment difficile de mesurer à quel point nous sommes plus ou moins “égalitaires” dans nos couples.

Notre proposition: Nous avons alors eu l’idée d’organiser une table ronde rassemblant trois générations d’une même famille. Le jeune couple de 25 ans, Lison et Lionel, les parents de la cinquantaine et les grand-parents se sont donc prêtés au jeu: alors qui fait la cuisine, le bricolage ou les devoirs des enfants?

Nos résultats: La première étape? Énumérer une série de tâches et demander qui s’en charge dans le couple. La conclusion est sans appel: en ce qui concerne la cuisine, les courses, la lessive et le nettoyage, les trois femmes lèvent la main ainsi que Lionel, le jeune. Il précise d’emblée qu’il n’y a qu’une seule chose qu’il ne fait pas: le repassage. Les jeunes amoureux ont fait un “deal”: elle repasse, lui récure les WC. Pour les autres générations ce sont aussi seules les femmes qui touchent au fer à repasser. En ce qui concerne les travaux de jardin, comme tondre la pelouse, ça s’équilibre un peu. S’occuper des problèmes de voiture reste une tâche attitrée aux hommes. Pour ce qui est du bricolage, c’est aussi l’homme qui manie le marteau et la visseuse dans les deux premières générations… mais la jeune génération fait une nouvelle fois bande à part. Il semble que ça soit davantage Lison qui sorte la caisse à outils! Enfin, les factures passent par les mains masculines pour les jeunes et les parents, tandis que c’est la grand-mère qui s’en occupe! Les hommes participent également aux révisions des enfants.

En ce qui concerne l’éducation des enfants, ce sont les femmes qui réduisent leur temps de travail, voire l’abandonnent. Ingrid, la grand-mère ne travaillait pas à la naissance des enfants, puis est progressivement passée à mi-temps et à temps-plein quand les enfants ont grandi. Anne, quant à elle, est mère, avec sa cinquantaine, au foyer depuis la naissance de sa troisième fille, qui a aujourd’hui 14 ans. Dans le jeune couple par contre, Lionel se voit très bien prendre en charge les enfants, aller les conduire et les chercher à l’école, faire les devoirs, etc. Lison travaillant comme infirmière, elle a des horaires irréguliers. Lionel, dans la comptabilité, a lui la possibilité de modeler son emploi du temps et pense déjà au télétravail…

Notre conclusion:  Confronter trois générations sur le terrain de la répartition des tâches ménagères et de l’égalité hommes-femmes confirme certains stéréotypes. Pourtant, il semble évident que si, en  pratique, le père et le grand-père ne participaient que très peu aux tâches domestiques, ils sont évidemment en théorie convaincus du progrès que représente l’égalité hommes-femmes. ” Une revendication justifiée” selon le grand-père. Pour le père de Lison, “s’il fallait débloquer les choses dans les années 60, aujourd’hui les choses se font petit à petit. Mais les avancées sont là“. Du côté des femmes, c’est peut-être la grand-mère qui se dit en fait la plus féministe, même si elle précise que sa mère l’était bien plus. A 50 ans, Anne pour sa part admet volontiers être “de la vieille école” et avoir choisi d’être à la maison pour ses filles. Lison quant à elle, n’a jamais perçu de frein à sa formation ou à sa carrière parce qu’elle est une femme. Se battre pour l’égalité ne lui semble donc plus vraiment d’actualité.

Si la bûche se fait attendre, vous avez donc de quoi lancer le débat. La première question pourrait d’ailleurs être: qui est en train de la préparer en cuisine?

Joyeux Noël!