Eux aussi, ils ont #25ans

C’est quoi avoir 25 ans en 2014 ? Les avis sont multiples. Nous publions ci-dessous une contribution de LaPige.be qui alimente le débat. Leur titre: “Nous aussi, on a 25 ans”.

“Je tiens à apporter ma contribution au blog #25, qui propose de mettre la jeunesse (du Soir ou d’ailleurs) en avant. L’initiative est louable en soi mais (…) dommage qu’on s’intéresse tellement au passé afin de célébrer les jeunes d’aujourd’hui. Parce que ceux-là, ils en ont franchement plus rien à faire de leur adolescence. Ils regardent au contraire, sourcils froncés et poings fermés, plus que jamais vers l’avenir. Cet avenir tellement incertain.

Modèle et colère

Alors, les jeunes adultes d’aujourd’hui sont d’abord en colère. Il faut comprendre, leur vie est violente. Pas d’emploi stable, pas de relation stable, un modèle économique qui s’écroule sous leurs yeux hébétés et tout à réinventer. On leur a demandé de suivre un modèle et ils se rendent compte en cours de route qu’il ne fonctionne plus. Vous savez bien, du genre: étude, diplôme, boulot, mariage, pot de fleurs, maison, chien, enfants, vacances à Avoriaz, retraite.

Écoutez, écoutez bien, et vous entendrez. Moi j’ai entendu. J’ai entendu celle-là qui au détour d’une conversation finit par me dire qu’elle souhaite retirer ses diplômes de son CV afin de trouver plus facilement un travail. J’ai entendu celui-là qui au détour d’une conversation sur Facebook annonce qu’il a tenté de se suicider à cause d’une rupture amoureuse. Juste comme ça. J’ai entendu cet autre qui s’est fait arrêter parce qu’il manifestait pour un changement. J’ai entendu ceux-là, plus jeunes encore, commencer un débat en profondeur sur Marx, vers 4 h du matin, après une soirée pourtant bien arrosée.

Pas engagés

Pas engagés nos jeunes ? Sortez. Allez dans la manifestation, là juste au coin de votre rue, et vous verrez. Vous verrez des jeunes qui se lèvent à 5h du matin pour réinvestir l’espace public. Vous verrez des jeunes qui partent en grève, malgré le danger que cela fait peser sur leur emploi précaire. Je connais très peu de jeunes d’aujourd’hui qui votent encore pour des partis classiques. C’est vers ce qu’on appelle (bizarrement) les “petits” partis qu’ils se tournent.

Il y a évidemment du positif à être jeune aujourd’hui. Cette impression de jouir d’une liberté plus grande encore que celle de nos parents. Si ce modèle s’écroule alors je peux décider de ce que je veux être. De ce que je veux faire. Les jeunes adultes sont donc aussi un peu rebelles, peut-être parce qu’ils voient avec plus d’acuité les failles de cette société. Pas étonnant, puisqu’ils font partie des laissés-pour-compte. On fait l’amour puisqu’ils font la guerre. On a pas d’argent mais on mange bio. On ne fume pas, mais seulement des joints. On se drogue, oui, en effet, c’est la réalité. On boit. On rit, à contrecœur et parfois aussi de notre propre situation. On pleure. On râle. On est rempli de contradictions.

A tous ceux qui nous traitent d’”adulescent”, on a envie d’hurler qu’on n’est pas une cible marketing, que ce mot a été inventé pour la publicité. Faut arrêter de déconner, à 25 ou presque, on est définitivement adulte. Stop à cette infantilisation. C’est trop facile. On est adulte et il va falloir faire avec, car nous voilà, à taper à la porte des entreprises. C’était inévitable. Avec notre colère, avec nos peurs. Avec nos contradictions et notre côté rebelle sur les bords.

Avoir 25 ans ou presque pour moi aussi, c’est voir sa grand-mère mourir devant des yeux toujours plus hébétés. C’est perdre ce qu’il nous restait d’insouciance. C’est ressentir la tristesse dans ce qu’elle a de plus implacable. Et c’est penser à sa propre mort. Car à cet âge, si les premiers potes se marient et/ou parlent de couches-culottes, des proches commencent à mourir autour de nous. Et tout d’un coup, les mots ne viennent plus. On ne parle plus qu’en adjectifs. Injuste. Incompréhensible. Impuissant. Et la colère, encore elle. A cet âge-là en fait, c’est comme la vie vous disait : “Fini de rire”.

En fait, être jeunes aujourd’hui, c’est peut-être plus qu’on le croit pareil qu’hier. Reste à espérer que ceux qui ont eu 25 ans ne l’aient pas encore oublié.

Et pour vous, ça fait quoi d’avoir (presque) 25 ans?”

Camille Wernaers

Le débat continue ci-dessous…