Charles Michel: « Lettre ouverte à la Génération Y »

Depuis quelques semaines, nous enquêtons pour dresser le portrait des jeunes de 25 ans : qui sont-ils ? Que craignent-ils ? De quoi rêvent-ils ? Mais nous avons aussi voulu savoir ce que d’autres pensaient de cette génération des « 25 ans » : qui sommes-nous pour les hommes et femmes politiques ? Vous retrouverez ces différents points de vue dans Le Soir papier de ce week-end. Mais en attendant, nous vous livrons en intégralité la lettre ouverte de Charles Michel, président du MR.

“Mesdames et messieurs,

Il n’y a pas si longtemps, j’usais les bancs de l’école et de l’université avec les jeunes de ma génération. J’ai aujourd’hui quelques heures de vol au compteur et j’aimerais partager avec vous quelques réflexions personnelles.

Né au milieu des années 70, j’appartiens donc à cette « génération Peter Pan » (ou « génération Y »). Notre génération préfèrerait s’épanouir, créer, échanger, partager sur les réseaux sociaux plutôt que de consentir à sacrifier sa vie personnelle à sa vie professionnelle ou à convoiter de hautes responsabilités. Je ne suis peut-être pas le bon exemple à cet égard… Mais ce choix n’est-il pas dicté par l’insécurité professionnelle et le stress que cela engendre au quotidien ? Cette prétendue désinvolture n’est-elle pas une compensation symbolique pour ceux qui, comme nous, n’ont jamais connu le plein emploi des Golden Sixties ? La situation n’est pas rose. Elle n’est pas noire non plus. Une enquête réalisée il y a six mois par Solidaris/RTBF/Le Soir auprès des « cadets » de notre génération révélait que 80% des adolescents étaient « satisfaits » de leur vie tant à l’école que dans le cadre familial. Ils aspirent aussi, pour deux tiers d’entre eux, à un changement en profondeur de la société.

Je désire être totalement honnête avec vous. J’ai trois choses à vous dire : la première n’est pas très réjouissante mais les deux autres le sont bien davantage.

Commençons par la première : dans le contexte actuel, trouver un emploi n’est pas facile. Ceux qui, pour vous séduire électoralement, vous promettent un emploi se trompent ou vous mentent. Même avec un diplôme, on n’a aucune certitude de décrocher un travail. Les politiques d’enseignement, d’emploi et d’économie sont des leviers cruciaux pour encourager la prospérité. En Wallonie et à Bruxelles, le taux de chômage des moins de 25 ans est cruel pour les gouvernements régionaux (35% de chômage à Bruxelles, 34% en Wallonie). L’argument de la crise économique mondiale ne peut suffire à justifier cet échec. Comment expliquer, en effet, que le taux de chômage en Wallonie (13,4%) est deux fois plus élevé qu’en Flandre (6,5%) ou dans d’autres régions d’Europe ?

L’accès au logement a continuellement empiré. En 10 ans, le prix moyen des logements a doublé alors que le salaire brut moyen n’a progressé que de 36 %. Dans un tel contexte, je déplore la récente décision en Wallonie d’augmenter (à partir du 1er janvier prochain) les droits d’enregistrement à payer lors de l’achat d’une maison ou d’un appartement en diminuant les montants qui permettaient d’obtenir un taux réduit. C’est un coup dur pour les jeunes et pour tous ceux qui veulent accéder à la propriété.

Réutilisant les vieilles recettes qui ne fonctionnent pas, de nombreux partis politiques essayent de « relancer » l’économie en taxant lourdement les gens et en leur redistribuant de l’argent pour les encourager à consommer. Cela ne marche pas, cela endette le pays, cela augmente les impôts et cela pénalise les travailleurs. En tant que libéral, je ne désire pas pousser les gens à consommer tout ce qu’ils gagnent mais à s’accomplir individuellement, à épargner et à faire des projets à long terme. En effet, la seule vraie richesse, celle dont découlent toutes les autres, c’est l’homme. C’est là le meilleur investissement qu’on puisse faire. Dès lors, une société qui ne mise pas tout sur sa jeunesse est une société destinée à décliner.

Le choix d’une formation, d’une spécialisation, d’un recyclage doit se faire en fonction de nos goûts, nos intérêts, nos aspirations et nos projets mais doit toujours être un choix responsable. Si l’on peine à trouver un emploi correspondant à notre diplôme, c’est moins la société qu’il faut accuser que ce choix que nous posons. Demandons-nous toujours si ce diplôme répond à une demande dans la société. Toutes les formations ne conduisent pas à l’emploi. Il existe des filières mieux rémunérées que d’autres, des filières plus épanouissantes que d’autres, des filières en pleine évolution, des filières du futur, des filières qui recherchent activement des personnes qualifiées, etc. Ainsi, dans les pays asiatiques, la plupart des jeunes se tournent vers les formations scientifiques et techniques car ils ont compris qu’une grande partie des enjeux du futur se jouera sur ce terrain là.

La seconde chose que j’aimerais vous dire contrebalance la première : la fatalité n’existe pas. Certains affirment que la dégradation est inéluctable, que le danger est partout, que la crise va tous nous ruiner, que nous allons manquer prochainement des ressources les plus élémentaires, que nous sommes trop nombreux, que l’humanité est coupable de tout,… Ces prophètes du malheur se nourrissent des peurs qu’ils créent chez les autres. Ils dramatisent exprès les choses et noircissent le tableau. Les pessimistes existent depuis la préhistoire et, si on les avait écoutés, l’homme serait demeuré au stade primitif. En réalité, l’homme, depuis toujours, est confronté à des défis de tout ordre mais il possède l’énergie, l’imagination, la créativité, l’intelligence, bref la « jeunesse » pour y faire face.

La troisième chose va peut-être vous surprendre : jamais dans l’histoire, une génération n’a disposé autant d’opportunités que la nôtre. Cela signifie que jamais les jeunes n’ont été plus LIBRES qu’aujourd’hui. D’abord, grâce aux combats de nos prédécesseurs, nous vivons dans une démocratie où les libertés fondamentales sont garanties et respectées. Ensuite, nous sommes la « génération digitale » : jamais nous n’avons bénéficié d’un tel accès à l’information et disposé d’autant de moyens de communication : nous pouvons communiquer avec des personnes du monde entier et nous informer sur tout de manière instantanée à toute heure du jour et de la nuit. Par ailleurs, les libéraux se battent depuis des siècles pour un vieux rêve qui s’est concrétisé il y a quelques décennies et qui se matérialise chaque jour davantage : l’Union européenne et, corollairement, l’ouverture des frontières qui nous permet de voyager, de rencontrer des gens, d’apprendre des langues, d’étudier, de travailler, d’habiter, de créer notre vie partout en Europe et, dans une moindre mesure, dans le monde. Enfin, la vertigineuse accélération du progrès scientifique et la fulgurante évolution technologique transforment radicalement notre monde et ouvrent largement le champ des possibles : nouvelles techniques médicales, agricoles, nanotechnologies, supraconducteurs, nouvelles énergies, etc. A l’heure où il est déjà fort difficile d’imaginer à quoi ressembleront nos téléphones portables d’ici trois ans, il est aujourd’hui quasiment impossible de prédire à quoi notre monde ressemblera dans dix ans.

A quoi ressemblera le monde de demain ? Il sera ce que NOUS en ferons.

Mesdames et messieurs, l’ambition libérale ce n’est pas de « protéger » les jeunes pour les conduire par la main ou pour les « clientéliser ». Mais c’est plutôt  d’augmenter la quantité et la qualité des outils dont nous avons besoin pour réussir et pour rendre chacun plus libre : un enseignement de haute qualité, des formations qualifiantes, des services publics de qualité, une solidarité qui va de pair avec la responsabilité, une fiscalité qui encourage le travail, un accès au logement facilité (en poursuivant la politique de bonus logement que nous avons initiée en 2010, en réduisant les droits d’enregistrement, en ne les faisant payer qu’une fois grâce à la « portabilité ou « système sac à dos », etc.), une politique de l’emploi qui soutient les jeunes (en supprimant le « salaire jeune » c’est-à-dire ce bas salaire appliqué aux jeunes de moins de 21 ans, en réorientant les primes à l’embauche en faveur de ceux qui ont fait l’effort de terminer leurs études, en accompagnant les demandeurs d’emplois tels que les jeunes diplômés, etc. ), une économie qui crée de la prospérité.

En un mot, nous voulons une société qui permet à chacun d’être maitre de son existence et qui, à travers des combinaisons quasiment infinies, offre le choix de construire librement la vie dont il rêve.

 

Charles MICHEL, président du MR

A relire Paul Magnette : “La description qu’on fait de la génération Y est trop belle pour être vraie” et Emily Hoyos : « La société n’aide pas cette génération à prendre sa place »

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