David Murgia : «Je grandis dans un secteur dévasté»

David Murgia est un jeune acteur belge de 25 ans qui monte. Gagnant du Magritte espoir masculin en 2013 pour son rôle dans le film “La tête la première”, il brille sur scène dans le spectacle qu’il a créé avec Ascanio Celestini “Discours à la nation”.


Interview de David Murgia au Théatre National par Le_Soir

David Murgia reste humble malgré tout. «Je ne me considère pas comme une personne de 25 ans célèbre, lance-t-il. Mon parcours s’est construit grâce à une grosse dose de hasard, de chance et une autre dose de provocation et surtout de la visibilité. C’est un peu comme au Monopoly: plus t’as des hôtels, plus t’arrives à acheter des hôtels, moins t’as de maisons, moins t’as de maisons. Il y a quelque chose d’ingrat dans la profession. »

Après quatre ans à l’Ecole d’acteurs du Conservatoire de Liège, il fait ses premiers pas dans la profession avec le dramaturge suédois Lars Norén. Il a la chance de travailler avec son frère, Fabrice pour sa première grande création Le chagrin des ogres. «Les projets se sont ensuite enchaînés avec Armel Roussel, la Colline, la Tête à claques…» Le monde du cinéma ne tarde pas à le repérer. Il apparaît dans Sœur Sourire, Rundskop ou dernièrement dans Je suis supporter du Standard.

A 25 ans, le jeune homme brun aux origines italiennes est aussi engagé. Il ne cesse de s’indigner de la situation précaire du métier. «Je grandis dans un secteur culturel extrêmement dévasté. Les comédiens et metteurs en scène qui ont quarante ans de plus que moi me disent qu’on a en effet vécu dans des époques très différentes. Dans les années 1960, c’était une espèce d’émancipation, ils travaillaient, ils créaient à foison… Alors que nous, on s’échine aujourd’hui à trouver 3.000 euros pour faire une petite étape, on crève pour conserver notre statut.»

Malgré ses succès et ses projets qui s’enchaînent, il ne cache pas son incompréhension face à l’attitude de l’Onem qui le convoque toutes les semaines. «J’ai vécu une année pleine de prix mais également une année où la politique d’activation de l’Onem m’a oppressé. Je ne fais pas ça pour parler de moi. La culture devient de moins en moins importante, ce n’est pas très encourageant.»

Pas défaitiste ni pessimiste pour autant, il tente à sa façon de changer les choses. «Mes histoires servent à réfléchir au monde dans lequel on vit. Ce n’est pas un métier qu’on fait pour devenir riche, pour devenir célèbre, c’est un métier qu’on fait pour raconter des histoires aux gens.»

C’est la mission qu’il s’est donnée: il monte sur scène pour s’exprimer. Il part actuellement en tournée au Chili, en France, en Suisse et en Allemagne avec le collectif qu’il a créé avec quelques camarades du Conservatoire de Liège et leur pièce Le signal du promeneur. Puis, il repartira sur la route avec Discours à la nation cette fois. Jusqu’à sa prochaine création, parce que pour David Murgia, créer, c’est résister: «C’est comme ça que je me sens en vie.»