À #25ans, on peut aussi vivre dans la rue…

Être « hors normes » à 25 ans ne signifie pas uniquement jouir d’un destin exceptionnel, d’une réussite spectaculaire. Être « hors normes », c’est aussi parfois se retrouver hors des clous, en périphérie de la société, hors de toutes les cases dans lesquelles, habituellement, on range notre génération. Sans que ça soit un choix, une ambition d’avenir, une place convoitée. A 25 ans, on peut par exemple, vivre dans la rue…

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Dylan (prénom d’emprunt) n’a en fait pas encore 25 ans, il en a seulement 23. Quand nous nous installons dans une sandwicherie un matin pour prendre un petit déjeuner, il est sorti depuis deux heures du refuge où il a passé la nuit et pris sa douche. Il a seulement un sac à dos avec lui, et boite quand il marche, son pied entouré d’une attelle. Devant son café fumant, Dylan tente de raconter son histoire. Son discours est confus. Quand nous lui demandons de revenir sur son parcours, sur le pourquoi de sa situation actuelle, il donne de but en blanc une réponse dont on ne comprend pas directement le sens :  « J’ai eu des appartements et j’ai hébergé des gens qu’il ne fallait pas héberger. J’ai aussi fait des colocations. Ça, c’est quelque chose à jamais faire ! » Ce n’est qu’au fil de l’entretien que nous parviendrons partiellement à rassembler les pièces du puzzle. Dylan a passé toute son enfance, dès ses 4 ans, dans des centres, des institutions pour mineurs. A 18 ans, quand il termine des humanités professionnelles dans la vente, il touche le CPAS et se met en quête d’un appartement. N’avait-il pas envie d’entamer des études ? « Si, je voulais faire des études en informatique, pour faire de la programmation, explique-t-il. Mais le centre ne voulait pas » Nous n’en saurons pas beaucoup plus…

A 18 ans, Dylan n’a donc pas de famille ou d’amis chez qui se loger. Il trouve un premier appartement, mais au gré de mauvaises rencontres, les ennuis commencent et s’enchaînent. « J’ai voulu faire plaisir à quelqu’un et cette personne s’est foutue de moi. J’ai signé le bail avec elle, et j ai presque tout payé, les garanties, etc. Le pire c’est que je n’étais même pas en couple avec elle, elle avait un gars. Moi, j’ai vraiment fait ça pour protéger la gamine. J’ai fini par partir, car je n’en pouvais plus, et elle ne voulait pas me rendre mon argent. » Dylan trouve un autre logement qu’il loue seul cette fois, mais où il héberge plusieurs personnes : « J’ai hébergé des gens qu’il ne fallait pas héberger et j’ai perdu mon appartement car une personne foutait la merde. Le proprio nous a mis dehors. Il y a eu un incendie aussi, mais je ne suis pas trop au courant de ce qui s’est passé. » Depuis août dernier, Dylan est donc à la rue. « Je m’y attendais. Je m’y attends toujours », lâche-t-il, insaisissable.

Dylan vit au jour le jour. Son avenir, à court ou long terme, il n’a aucune idée de la forme qu’il prendra. « J’sais pas » nous répète-t-il. « Ce que j’espère, c’est tout simple : j’aimerais gagner à l’Euromillion, ou au Win for life. Ça, ça m’aiderait bien ! Trouver un travail aussi. Ça serait mieux en fait. Mais c’est très difficile pour moi d’en trouver un ». Et pour trouver un appartement, c’est la même galère. Quand ils ne sont pas trop chers, c’est le propriétaire qui signifie au jeune sans abri qu’il ne souhaite pas le lui louer. « En même temps il y en a beaucoup qui ne payent pas leur loyer, admet le jeune. Mais il faut payer son loyer ! Moi je le paye tout le temps ». Alors, en attendant, il compose avec la réalité de la vie « dehors » : avec les insultes, les traîtrises des frères de misère, qui volent dans son sac quand il se repose, qui ne rendent pas l’argent prêté, ou qui parfois « te défoncent la gueule ». Mais il y a aussi des gens qui aident réellement. Dylan n’est d’ailleurs pas amer par rapport au système et à notre société : « ils font quand même pas mal de choses, par rapport à beaucoup d’autres pays. Il y en a où c’est zéro, pas de CPAS. Si t’es dans la rue, tu te débrouilles ! »

Quant à sa « génération », Dylan ne sait pas trop comment la définir… Oui, génération web, ça lui parle. Génération angoisse aussi. « Je me demande ce que notre génération va devenir », soupire-t-il. Mais au fond, cette génération, la perçoit-il comme vraiment sienne ? Pas tellement, en fait. «Je me sens plutôt en dehors».

Les autres témoignages sont à lire dans le supplément #25