#25, génération malin? "Je n’ai jamais eu de mal à trouver du boulot"

En Belgique, ils sont plus de 20.000 à la recherche d’un job du haut de leurs 25 ans, soit un sur sept. Sans fatalisme, nos avatars commentent le secteur de l’emploi pour les jeunes en Belgique.

ficheidentitegeraldineGéraldine, 25 ans en 2014, Carolo et ambitieuse : “Je trouve qu’on est bien formé à la Louvain School of Management. Mon diplôme est valorisé puisque j’avais trouvé un CDI en mai avant d’avoir terminé mes études. En plus, j’avais choisi de faire le double diplôme master en management international. Il me donne l’opportunité de faire partie d’un réseau, de rencontrer plein de gens à l’international lors d’événements, etc. Grâce à ça, je peux aussi partir travailler à l’étranger. Je parle trois langues: anglais, français, néerlandais. J’ai fait un échange à Anvers en troisième bac, un Erasmus Belgica de quatre mois et un autre à Dublin sur la même durée. Cela a a joué à fond pour trouver un boulot. A Bruxelles, les entreprises sont très néerlandophones alors que dans la rue les gens parlent français. J’ai quand même l’impression que les langues sont toujours la faiblesse de mon CV. Je les ai sur papier mais en interview, je ne vais pas parler “fluent”. ”



ficheidentitequentinQuentin, 25 ans en 2014, ouvrier et préoccupé
: “Officiellement, je travaille 39 heures semaines mais le weekend j’aide mon père plombier car il est submergé de travail.
Je fais ça de manière complémentaire. Ma formation me prend trois soirs par semaine, je me lève tous les jours à 5h15 et je rentre à 23h chez moi. J’ai pris le rythme pendant mes études où j’avais trois trains à prendre chaque matin… Je travaille depuis l’année dernière, après avoir galéré pendant des mois. Aujourd’hui, on vire aussi facilement un mec qui est un intérim que quelqu’un qui a un CDI depuis quinze ans, le tout avec des motifs bidons. Je viens de terminer une formation en gestion pour pouvoir rebondir sur un régime indépendant temps plein. Je vais me faire de l’expérience et faire des choses plus dans mes cordes. Je trouve vraiment stressant la possibilité de me faire virer, mais d’un autre côté je refuserais de faire un métier que je n’aime pas pendant trente ans. Là, je bosse en équipe et je les adore. C’est très enrichissant professionnellement parlant.”

ImpressionMarie-France, 25 ans, cherche vainement un emploi : “Être chômeur, c’est déprimant. Au bout d’un moment, on devient blasé. Certains croient que c’est facile à vivre mais ce n’est pas le cas. Moi qui suis très exigeante avec moi-même, j’ai l’impression d’être une moins que rien, même si je sais que je ne le suis pas. J’ai eu mon diplôme en 2008. 2008, n’est-ce pas l’année de la crise où tout a commencé à foirer?
Pourtant, je ne pense pas réclamer la lune. En 2011, j’ai travaillé 11 mois comme steward urbain à Mouscron. Je gagnais 1.100 euros. Moi qui ai toujours vécu avec peu d’argent, j’ai vu ce salaire comme une fortune qui tombait du ciel. Et aujourd’hui, je reçois 1.000 euros d’allocations mensuelles, vu que ma sœur est à ma charge. Contrairement à ce que certains pourraient penser, je suis prête à accepter un travail qui me rapporterait la même chose que mes allocations actuelles, uniquement parce que j’ai besoin de faire quelque chose de ma vie.
Alors j’envoie des CV, mais personne ne répond. La plupart du temps, on me reproche un manque d’expérience. Tu la trouves où l’expérience si tout le monde en réclame pour t’engager ? Je suis donc retournée auprès de ma conseillère au Forem. Sauf que les gens du Forem, ils n’en n’ont rien à faire de toi. On est des numéros pour eux. Quand je suis reçue, on commence par me dire : vous êtes qui encore, vous ? Quel accueil! Mais j’ai peut-être été malchanceuse en ne tombant jamais sur de bons conseillers…
En fin de compte, la conseillère du Forem m’a dit que je ne ciblais pas assez mes recherches d’emploi. Elle m’a alors conseillé de suivre une formation de réorientation. J’ai fait cette formation avec Manpower, qui est un partenaire du Forem. Là, c’était plus du coaching. Nous étions 11 demandeurs d’emploi, tous différents mais l’entente était bonne. Et ça m’a fait du bien d’échanger avec d’autres personnes dans la même situation que moi. On nous y a appris à nous aimer nous-mêmes, en nous faisant toujours répéter la même phrase : la personne la plus importante du monde, c’est moi. La reprise de confiance en soi, c’est très important. Bref, c’est une belle expérience.
A peine cette formation terminée, j’ai été convoquée à l’Onem. Comme je suis jeune, j’ai des comptes à rendre à l’Onem tous les six mois, alors qu’il y en a qui touchent leurs allocations depuis 10 ans et que personne ne les ennuie. Et je suis convoquée le 20 janvier prochain. Potentiellement, ils peuvent me couper mes allocations pendant 6 mois… Mais j’espère que l’évaluation sera positive vu la formation de réorientation que je viens de terminer.”

ImpressionGwendoline, 25 ans et maman : “Je n’ai jamais eu de mal à trouver du boulot. Pourtant, je n’ai pas de diplôme du supérieur. Je ne pense pas qu’il soit correct de dire qu’il est difficile de trouver un job aujourd’hui. Il y a du travail, mais il faut simplement accepter de ne pas toujours en trouver dans son domaine de prédilection. Je ne pense pas non plus que l’on soit une génération mollassonne qui ne cherche pas de travail. J’ai déjà été au chômage et je sais que ce n’est pas gai. Gagner des cacahuètes, rester à la maison… Ce n’est vraiment pas idéal. Alors je préfère faire n’importe quoi comme boulot plutôt que d’être au chômage. Par contre, je suis d’accord de dire que pour être sûr de toucher un gros salaire, il faut avoir un « gros » diplôme. Mais personnellement, je n’ai jamais pensé uniquement en termes de salaire. Je cherche d’abord un épanouissement personnel dans mon expérience professionnelle.”

ImpressionSophie, 25 ans en 2014, Bruxelloise et engagée : “Je travaille pour Bruno de Lille (secrétaire d’État à la région de Bruxelles-capitale, chargé de la mobilité, de la fonction publique, de l’égalité des chances et de la simplification administrative, Groen), à Bruxelles. C’est mon premier job, j’ai étudié les romanes, j’ai pris de longues vacances, puis j’ai commencé à chercher du boulot. Et ce n’était pas facile du tout ! Je me disais « avec mon diplôme, ça va aller de soi, je vais savoir comment m’y prendre, les interviews, ça va bien se dérouler »… et ce n’était pas du tout le cas. Je trouve qu’on ne nous apprend pas assez à écrire des bonnes lettres de motivation, à faire la différence en entretien, etc. On ne sait pas comment se vendre. Il y a des formations par-ci par-là mais ce n’est pas suffisant. Il faut en effet arrêter de nous promettre n’importe quoi, il faut nous dire : « Voilà la situation est telle, et voici les outils pour mieux gérer le stress, trouver un emploi, etc. ». Ces outils, aujourd’hui, on ne les a pas, tout ça parce que le système de l’enseignement n’a pas évolué comme nous. C’est la même chose pour les langues d’ailleurs. Je trouve ça très important que les gens soient multilingues. Ici à Bruxelles, c’est absurde qu’il y ait encore des écoles flamandes et francophones. Pourquoi n’y a-t-il pas d’écoles bruxelloises où les enfants ont cours en français et en néerlandais ? Un enseignement multilingue bruxellois, ça simplifierait beaucoup de choses… J’ai finalement trouvé ce job grâce à ce que je faisais dans mon temps libre. J’étais déjà co-présidente de Yong groen Bruxelles, car j’avais envie de voir changer les choses à Bruxelles. C’est ça qui m’a distinguée d’autres candidats qui avaient les mêmes, voire de meilleurs diplômes que moi. Les jeunes sous-estiment parfois que ce qu’ils font à côté de leurs études est aussi important que leurs études ! Chez moi c’est la politique, mais ça peut très bien être les arts, la musique, la pâtisserie. Tout cela peut vraiment être un atout sur le marché du travail.”

ficheidentiteleilaLeila, 25 ans en 2014, infirmière et Belge d’adoption : “Je pense qu’il existe une véritable volonté de se former chez les jeunes. La société nous pousse d’ailleurs à la formation : il faut être bilingue – si pas trilingue -, qualifié, voire spécialisé. Je le vois par exemple dans mon boulot : les générations précédentes s’arrêtaient avec le diplôme de base d’infirmière. Nous, on fait la plupart du temps une spécialisation supplémentaire pour aller un peu plus loin que la formation de base. Parfois, il y a peut-être un certain excès, qui conduit à être sur-diplômé… Je parle l’anglais, un peu de néerlandais, et j’apprends l’espagnol. Mais au quotidien, dans mon hôpital bruxellois, je constate que l’anglais m’est beaucoup plus utile que le néerlandais. J’ai également été animatrice pendant des années au patro et j’ai donné des cours de gymnastique rythmique. Ce contact avec la jeunesse a peut-être plu dans mon CV. J’ai enfin fait du volontariat au Vietnam. C’est un aspect qui intéresse aussi l’employeur”.