Benoît Lutgen: “Une génération #25 face à des défis complexes mais passionnants”

6891716_PhoDoc2_lutgen_officiel_jpg_0L27LYRXDepuis quelques semaines, nous enquêtons pour dresser le portrait des jeunes de 25 ans : qui sont-ils ? Que craignent-ils ? De quoi rêvent-ils ? Mais nous avons aussi voulu savoir ce que d’autres pensaient de cette génération des « 25 ans » : qui sommes-nous pour les hommes et femmes politiques ? Vous avez pu lire ces différents points de vue dans Le Soir papier du 4 janvier et vous pouvez les relire en intégralité par ici. Nous vous livrons ici la lettre ouverte de Benoît Lutgen, président du CDH. 

Chaque génération qui monte doit relever des défis nouveaux. Certaines ont dû reconstruire après des guerres, d’autres inventer de nouvelles institutions. Les défis qui se présentent à la génération actuelle sont complexes, sans aucun doute. Ils peuvent être aussi passionnants. A une double condition. La première c’est que chacun puisse participer à relever ces défis et prendre part à un nouveau projet de société. La deuxième, c’est d’offrir un choix, une alternative au pessimisme ambiant, à la peur de l’inconnu. Car cette peur pousse au repli sur soi et au conservatisme plutôt que d’aller de l’avant.

La génération qui monte ne vivra pas forcément moins bien comme on l’entend souvent dire mais elle vivra différemment. Ici encore, il y a un choix à poser : subir ce nouveau mode de vie ou le construire. Tous les jours des projets sont mis sur pied pour se nourrir, se déplacer, se loger, consommer, apprendre, découvrir autrement. Ils dessinent déjà cette nouvelle configuration sociale.

Quand on parle d’une génération, on parle d’une catégorie sociologique. A vrai dire personne ne se définit fondamentalement par appartenance à une catégorie sociologique. Ce qui compte, ce sont les projets, les opportunités, les aspirations, les talents, l’envie de donner sens à sa propre vie. Et c’est à cela aujourd’hui qu’il faut faire droit, à la plus légitime des aspirations de la jeunesse, celle de devenir des hommes et des femmes debout, libres, créatifs, fraternels, responsables de leur destin !

Offrir la possibilité de faire ces choix, c’est d’abord faire confiance. Autant les aînés méritent le respect autant ils doivent en retour donner aux jeunes de pouvoir tirer les conclusions des erreurs passées et d’emprunter de nouvelles voies. C’est un premier challenge, dans notre société où se côtoient 4 ou peut-être 5 générations : faire société et en même temps dépasser, s’affranchir de repères, d’institutions, de valeurs qui ne parviennent plus à structurer la vie en société. Mais n’est-ce pas le propre de toute nouvelle génération de faire un tri entre ce qu’elle veut bien emprunter à celles qui l’ont précédée et à construire ce qu’elle voudrait léguer aux suivantes ?

Concrètement, nous devrons travailler ensemble sur plusieurs leviers porteurs d’avenir :

 

  1. De nouvelles activités économiques, de nouveaux modes d’organisation du travail, de la “carrière” doivent être imaginés. Une nouvelle économie fondée sur le lien, l’échange, le talent recèle des gisements d’emplois plus proches, plus humains, plus épanouissants. Des réformes notamment fiscales sont nécessaires pour les créer.
  2. Nous devrons renforcer les liens de solidarité alors que notre système de sécurité sociale est sous pression. A cet égard, je suis frappé de la multiplication de ces initiatives informelles qui passent notamment par les réseaux sociaux, tous ces ‘bons plans’ que l’on partage pour être un papa ou une maman au top, pour bien aménager sa maison, pour entretenir sa forme ou préserver sa santé, pour dénicher un coup de main
  3. Le défi le plus spectaculaire sera de réorganiser le temps et l’espace. Nous n’avons pas fini d’explorer le potentiel offert par les nouvelles technologies pour mieux nous déplacer, repenser notre habitat, créer de nouveaux quartiers et retrouver ainsi du temps pour être plus disponibles à nos proches, aux projets qui nous tiennent à cœur, à la construction de nos vies, à partager.

 

En un mot, la génération doit aussi inventer un avenir qui ne se réduit pas à la somme de choix individuels ou de court terme. Des choix collectifs doivent être posés car deux attitudes sont possibles : le fatalisme, la résignation d’une part ou l’enthousiasme, l’espoir et l’envie d’aller de l’avant d’autre part. Pour permettre cette deuxième attitude, nous devons faire évoluer nos écoles, les formations pour révéler tous les talents, les ouvrir sur le monde et créer un projet de société où chacun est respecté, respecte les autres et peut prendre sa place.

Benoît LUTGEN, président du CDH