François-Xavier, jeune agriculteur, a son destin en main : reprendre l’exploitation familiale

Lorsque François-Xavier entrouvre la porte du hangar de la ferme, le rayon de lumière qui vient percer l’obscurité dévoile une montagne de pommes de terre, au bord de l’avalanche. « C’est la moitié de notre production de l’année, explique-t-il. L’autre partie se trouve dans le hangar d’à côté. » « Celles-ci sont spécialement produites pour les vendre aux fast-foods, parce qu’elles permettent de faire des longues frites. L’autre moitié de notre production, ce sont des « bintjes », des pommes de terre plus classiques », précise Bernard, le père de François-Xavier, venu le rejoindre dans le hangar.

A trois, avec la maman de François-Xavier, ils font tourner leur exploitation agricole à Arquennes, dans la commune de Seneffe. « On se répartit les tâches de façon assez naturelle, poursuit François-Xavier. Papa préfère stocker les pommes de terre, alors que je m’occupe plutôt de l’arrachage. » Au-delà du travail quotidien dans les champs, Bernard implique son fils dans toutes les décisions à prendre, concernant la gestion de la ferme et les investissements à faire. A bientôt 25 ans, François-Xavier s’apprête à reprendre le flambeau. « D’ici deux ou trois ans, quand il sera prêt, précise son père. Je lui remettrai d’abord un tiers des parts, puis un petit peu plus. Les choses se feront petit à petit. »

« Forcément, je ressens un peu de pression, répond François-Xavier. Une exploitation familiale, ce sont des gros capitaux. Le prix des machines aujourd’hui est totalement fou ! On veut agrandir la ferme, vu que je vais reprendre les affaires. Papa a fait construire un nouveau hangar cette année. C’est un investissement qui va courir sur les quinze prochaines années ! Alors évidemment, j’ai un peu de pression… »

 « Je ne ressentais pas l’envie d’aller à l’université »

« C’est vrai qu’il aurait été plus facile que François-Xavier n’accepte pas de reprendre la ferme. Mais j’aurais sans doute été triste s’il ne l’avait pas fait… Maintenant, le plus dur est de lui apprendre tous les rouages du métier. J’aurais bien voulu qu’il étudie l’agronomie, mais il n’en avait pas envie. Alors je fais de mon mieux pour lui apprendre ce que je sais, en essayant de le rendre aussi passionné que moi », explique Bernard.

Jusqu’à ses 19 ans, François-Xavier a suivi une formation agricole dans l’enseignement secondaire. Ensuite, il a complété son parcours avec quelques cours du soir en agronomie, à Nivelles, pour se familiariser aux aides à l’investissement notamment. « Je ne ressentais pas l’envie d’aller à l’université, pour étudier l’agronomie. Je n’ai jamais été bon à l’école, dit-il en souriant. Mais j’imagine que j’y aurais gagné en ouverture d’esprit. Je me serais peut-être posé plus de questions, j’aurais imaginé le travail à la ferme autrement. Mais je ne regrette pas mon choix, et pour le moment, j’essaye de faire le même travail que Papa, mais en plus grand ».

Entre sa sortie de l’école secondaire et son entrée dans la vie active, François-Xavier a vécu quatre mois aux Etats-Unis, pour travailler son anglais et réfléchir à son avenir professionnel. « Quand je suis rentré en Belgique, je n’avais pas de doute. Je savais que je voulais travailler à la ferme. Je ne veux pas d’une vie où l’on termine ses journées de boulot à 17 heures, tous les jours. Je veux travailler au rythme des saisons, même si c’est un métier difficile qui génère beaucoup de stress. Evidemment, j’ai conscience de vivre dans un certain confort, vu que je n’ai jamais dû chercher d’emploi. » François Xavier n’en cherchera probablement d’ailleurs jamais  d’autre : « Je veux faire le même métier toute ma vie, conclut-il. Dans ma tête, mon avenir est tracé. »