#25, génération angoissée? “L’avenir, j’y crois, ça c’est clair”

Difficultés à trouver un emploi, un logement, peur de s’engager là où leurs parents ont bien souvent échoué, à savoir la vie de couple, dérèglement climatique… Les jeunes ont toutes les raisons d’être angoissés. Mais le sont-ils? Voici les réponses de nos six avatars.

ficheidentitegeraldineGéraldine, 25 ans en 2014, Carolo et ambitieuse : J’ai peur de l’avenir, de la crise. Pourtant, j’ai de la chance, j’ai un job mais je sais que cela peut tourner très vite. Je suis une grande stressée. Je veux bien faire, et toujours plus. L’avenir de la planète m’angoisse moins, peut-être parce que je ne suis pas assez engagée. C’est plus par rapport à mon parcours. Où je serai dans cinq ou dix ans? On est dans un monde où il y a moins de frontières. Je serai peut-être encore à Bruxelles, ou à Londres, à Tokyo… Je n’en sais rien en fait. Tout n’est pas tracé d’avance, notre carrière encore moins que la génération d’avant, on ne sait pas trop où on va. C’est à la fois angoissant, mais aussi excitant, c’est ça l’aventure. On n’est plus obligé de rester en Belgique.”



ficheidentitequentinQuentin, 25 ans en 2014, ouvrier et préoccupé
: “Je ne sais pas quelle est ma plus grande angoisse. D’être français, peut-être ? Si un jour la Belgique change et qu’on devient français, cela m’angoisserait! (Rires). Je suis quelqu’un qui réfléchit beaucoup et je ne m’étais jamais posé la question de ma plus grande angoisse. J’ai juste peur de ne pas savoir faire les bons choix. On a toujours plein de problèmes, on ne les voit pas séparément et donc il faut savoir faire avec, régler le problème avec les données qu’on a. Je vois l’avenir de manière imprécise. Je me lève en me disant que j’ai plein de choses à faire mais c’est stressant car il y a trop à faire. Tout seul, c’est impossible, tout le monde est acteur et doit faire ce qu’il peut, aider les autres dans la rue, partager une expérience, une compétence et avancer main dans la main. Pour des projets plus concrets ça viendra petit à petit avec l’évolution des mentalités. Mais aujourd’hui, tout le monde reste dans son coin. Quand ça redémarrera, cela ira.

 

 

ImpressionMarie-France, 25 ans, cherche vainement un emploi: “Je n’ai pas besoin de psy ni quoi que ce soit, et je ne pense pas qu’on soit une génération plus angoissée qu’une autre. C’est vrai qu’on s’en fait un peu pour la planète, parce qu’il faut y faire attention. Mais nos parents auraient surtout dû y faire plus attention ! Sinon, ma seule crainte, c’est l’emploi. C’est le seul truc qui me trotte tout le temps dans la tête, c’est le seul truc auquel il m’arrive de penser le soir quand je suis dans mon lit. Mais 2013 est terminée. Inutile de ressasser le passé. Je regarde l’avenir maintenant.

 

 

 

 

ImpressionGwendoline, 25 ans et maman :“Oui, nous sommes une génération plus angoissée. Si je devais faire le classement de mes angoisses, je dirais que je suis d’abord angoissée à l’idée de perdre mon boulot. Ensuite, j’ai peur de tomber malade. J’ai également très peur qu’il arrive quelque chose à ma fille. Je suis aussi angoissée à l’idée de ne pas trouver de mari ! J’ai peur de ne jamais avoir ma propre maison, aussi… Je ne suis pas sûre d’avoir les même angoisses que les autres jeunes de ma génération, parce qu’ils n’ont pas tous des enfants, donc ils n’ont pas tous les mêmes préoccupations que moi. Mais même si l’on est une génération angoissée, j’ai l’impression que l’on se laisse vivre avec. On sait que l’on va tous finir pas avoir le cancer, mais ça ne nous empêche pas de fumer… Peut-être sommes-nous assez fatalistes, tout compte fait ! Mais je crois que de façon générale, on est une génération qui essaye d’être optimiste. »

ImpressionSophie, 25 ans en 2014, Bruxelloise et engagée : “On nous fait croire que l’économie doit croître et que la croissance, c’est le bonheur. Mais ce n’est pas le cas ! Simplement une économie plus stable nous rendrait plus heureux. Mais, c’est clair, on nous en demande beaucoup. On a tellement accès à l’information… Je me sens parfois angoissée oui, c’est quotidien. Mais je crois qu’il faut rester lucide et filtrer toutes ces informations. A propos de l’avenir du pays, je crois qu’on doit plus se parler. Rencontrer l’autre, discuter. En Flandre, il y a vraiment cette peur qui vit, et à cause de cela, les gens votent plus aux extrêmes. Ça me fait peur aussi mais je me dis que la solution pour contredire cette peur et cet extrémisme, c’est juste de se rencontrer, de se parler. C’est dommage que les gens qui habitent à Courtrai n’aillent pas plus souvent en Wallonie. Même ici à Bruxelles, dans la périphérie, il se passe des choses impensables !”

ficheidentiteleilaLeila, 25 ans en 2014, infirmière et Belge d’adoption : “Je ne sais pas si l’on est plus angoissé qu’avant. Nos parents avaient sans doute leurs propres angoisses. Mais on a peut-être plus d’informations qui nous parviennent sur la crise, l’état de la planète, ce qui nous fait nous poser plus de questions. Je ne dirais pas que cela m’angoisse, je dirais plutôt que ça pose question. L’avenir, j’y crois, ça c’est clair. Mais pour trouver un bien immobilier rien qu’à soi, on se pose franchement des questions. Même avec deux salaires et un emploi stable, si l’on veut rester dans la ville de Bruxelles -car j’aime beaucoup cette ville-, je pense que ça ne sera pas si facile. Je me disais que dans les cinq ans, je pourrais acheter quelque chose mais je ne pense pas. Cet aspect-là me semble un peu plus inquiétant…