Alice, 25 ans en 2014, ancienne anorexique: "Je ne trouvais pas ma place"

GetContent[1]Alice (prénom d’emprunt) est une jeune femme de 25 ans. Lorsqu’elle était âgée de 17 ans, elle est tombée dans l’anorexie. Elle devra se faire hospitaliser deux mois. Mais tout n’est pas réglé alors elle rechute deux fois à l’université pendant le blocus et se fait hospitaliser à chaque fois trois semaines. «L’anorexie n’était pas une source d’angoisse, c’était un outil pour pallier mes angoisses, précise-t-elle. Je n’étais pas bien. Angoissée? Je n’en sais rien. Je ne trouvais pas ma place»

Son anorexie ne s’est pas déclenchée avec les diktats de la mode: «Je n’étais pas grosse, je n’ai jamais été grosse. Pour moi c’était un moyen de m’exprimer, de dire que j’étais là. J’ai rencontré des anorexiques qui voulaient maigrir à tout prix. Pour moi, ce que je faisais était utile alors que ce qu’elles faisaient était inutile. Je n’acceptais pas qu’elles fassent souffrir leur corps juste pour mincir. L’anorexie est un soulagement très immédiat – en faisant du sport à l’excès, en me faisant vomir – ça me servait à évacuer ma souffrance. Le problème était plus profond mais c’était l’outil que j’avais trouvé».

Aujourd’hui, Alice parle de l’anorexie au passé même si elle avoue continuer à recourir de temps en temps à cet «outil». «Ça reste une fragilité pour moi. Quand ça ne va pas, je retrouve cette sensation de soulagement immédiat mais aujourd’hui je ne me laisserai pas tomber aussi bas. Par exemple je reperds 3 kilos mais ça ne va pas plus loin parce que je n’ai pas envie de retourner par où je suis passée. L’anorexie m’a bouffé toute mon adolescence. Ça m’a coupé socialement. Parce que la table par exemple, c’est quelque chose qui rassemble les jeunes. Or moi je ne mangeais pas, je ne buvais pas. Donc ça exclut de la vie sociale. Et puis je tournais au ralenti: j’avais très peu d’énergie alors je faisais le minimum. Après, c’est très dur de recommencer à manger parce que l’estomac s’habitue. Il garde cela en mémoire». Au total, il lui faudra cinq ans pour «réapprendre à (aimer) manger. Je n’en suis pas très fière mais à un moment donné c’était la seule manière de pouvoir vivre ma vie».

En 2012, Alice termine ses études (un diplôme d’une université et d’une haute école). Après un CDD de trois mois, qui ne la valorise pas (tant sur le plan humain qu’au niveau professionnel), elle se lance à la recherche d’un emploi. Une quête qui durera cinq mois. Cela peut sembler peu au vu de la crise économique mais Alice le ressent comme un échec: «Je pense que c’est pire encore que l’anorexie. Ici, je me suis vraiment sentie inexistante, bonne à rien alors que j’avais fait cinq ans d’études et que jusqu’à présent j’avais toujours tout réussi dans la vie. Là j’ai vraiment connu l’angoisse: ne pas pouvoir se lever le matin, avoir envie que le plafond vous écrase. J’ai l’idée que sans métier, on n’est rien. Un métier donne un statut, un revenu et il permet de se désolidariser de ses parents. De prendre son envol. Si on veut sortir par exemple, il faut de l’argent. Mais c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. On ne nous prépare pas à ça: on nous dit faites des études pour trouver un travail mais ce n’est plus vrai. C’était une période plus courte que l’anorexie mais là j’étais vraiment angoissée et je n’en voyais pas le bout».

À la fin 2013, Alice trouve un stage de six mois au terme desquels on lui propose à présent de l’engager. Une belle preuve de ses compétences. «Trouver un boulot n’a pas tout résolu mais je suis valorisée dans ce que je fais», sourit-elle.