Chat avec le recteur de l’ULG: les #25ans sans travail, la faute aux unifs ?

LIEGE. Le recteur de l'universitŽ. Photo. Elodie LedureLes #25ans, tous diplômés mais sans travail ? C’était le premier cliché de notre grande enquête sur la génération 25 ans. Nous en avons débattu ces lundi – toutes nos informations sont à retrouver par ici et mardi – avec un débat entre Gregor Chapelle, directeur d’Actiris, et Bernard Delvaux, patron de la Sonaca.

Est-ce que l’enseignement supérieur prépare suffisamment les étudiants au monde de l’emploi ? Est-ce que les universités doivent former des travailleurs ou former des citoyens ? Est-ce que les jeunes sortent suffisamment armés de leurs études pour affronter le monde de l’emploi ? Ne faut-il pas adapter les parcours de formation pour les rendre plus proches des réalités du terrain ?

Bernard Rentier, le recteur de l’ULG, a répondu dans notre chat. En voici le résumé.L’université doit-elle former des citoyens ou des travailleurs ?

Le débat de ” l’employabilité ” est chaud. L’Université procure une formation, la plus large et polyvalente possible, pour permettre un accès à un emploi, pas nécessairement dans le domaine précis des études. Ce n’est évidemment pas le cas pour les études à spécialisation pointue (dentiste, vétérinaire, etc). L’université n’a guère de prise sur l’emploi dans le privé, si ce n’est un pouvoir d’influence, d’information et de communication. Mais nous avons des témoignages éclairés de chefs d’entreprise ou de responsables RH qui confirment que les meilleurs éléments ne sont pas nécessairement ceux qui ont la formation la plus affutée par rapport aux besoins immédiats dès l’entrée en fonction.

Les étudiants sont-ils correctement formés ?
Incontestablement, les étudiants qui sortent de l’université sont suffisamment armés pour affronter le marché de l’emploi: un an après qu’ils aient commencé à chercher un emploi, 89% (des diplômés ULg) ont un emploi. Les 89% sont un fait, calculé sur base d’enquêtes, et après un an. Mais on en compte 50% déjà après 2 mois ! Par ailleurs, 51% ont un emploi où ils sont reconnus pour leur niveau universitaire.

Faut-il avertir les étudiants avant qu’ils entreprennent des études ? Faut-il, pour certaines filières bouchées, imposer des quotas ou des incitants négatifs ?
Nous faisons des enquêtes de suivi de diplômés depuis 3 ans pour informer les futurs étudiants sur les débouchés de diverses formations. Nous fournissons la formation, évidemment pas l’emploi.Je ne suis pas en faveur de l’université pour tous, je l’ai assez souvent dit. Il faut revaloriser les métiers en pénurie correspondant à une formation non universitaire.

Concernant les quotas ou les incitants négatifs, non. Nous offrons des filières. Personne ne comprendrait qu’on les supprime, dans une université “complète”. Nous ne sommes pas là pour dissuader les gens de les suivre, si c’est ce qu’ils ont envie d’avoir comme formation. Nous pouvons juste les informer sur les chances de débouchés, pour leur gouverne. Si ils persistent, ils savent alors quels sont les risques mais ils savent aussi que leur formation leur sera utile, d’une manière ou d’une autre, même s’ils doivent exercer un métier qui ne correspond pas exactement.

Pour conclure, voici un commentaire posté par un de nos internautes pendant le chat

LemFred: “Tenir compte du marché de l’emploi pour faire son choix d’accord, surtout pour ceux qui font des choix un peu à l’aveuglette, qui n’ont pas d’idée précise. Mais pour les vraies passionnés, ceux qui ont une idée précise en tête, il serait dommage de les conditionner à choisir autre chose que ce qu’ils aiment tout simplement parce qu’il y aura davantage d’emploi. Les emplois sont rares c’est vrai mais il y a aussi un problème du côté des employeurs : réclamer de l’expérience à tout-va ne facilite pas la tâche des étudiants fraîchement diplômés. C’est notamment le cas dans le domaine de la culture ou de la communication.

Des offres, il y en a. Mais il faudrait qu’on ait l’expérience en claquant des doigts ou en espérant qu’un employeur moins exigeant prenne le risque de nous embaucher. (…) C’est peut-être là que l’Université aurait un rôle à jouer: dans l’insertion professionnelle. Proposer peut-être davantage de stage ou donner davantage d’opportunité de mettre un pied dans le domaine professionnel. Je sais que ce n’est pas sa vocation au départ. On me l’a assez répété. Elle enseigne, elle ne donne pas de travail. Mais elle pourrait être plus pro-active.”

Bernard Rentier: “Tout-à-fait d’accord avec vous. A 100%. Certains sont tellement passionnés qu’il créent leur propre emploi…”


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